Tordeuse à tête noire de l'Ouest
- Nom commun anglais : Western blackheaded budworm
- Nom scientifique : Acleris gloverana (Walsingham)
- Règne : Animalia
- Embranchement : Arthropoda
- Classe : Insecta
- Ordre : Lepidoptera
- Famille : Tortricidae
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Liste partielle des synonymes :
- Acleris variana Fernald
- Peronea variana (Fernald)
Renseignements généraux et importance
La tordeuse à tête noire de l'Ouest est un défoliateur indigène des conifères d'Amérique du Nord, des montagnes Rocheuses à l'ouest jusqu'aux forêts maritimes du Pacifique. Jusqu’aux années 1970 elle était considérée comme une variante ouest de la tordeuse à tête noire de l'épinette, Acleris variana. Les deux espèces ont des stades de vie et des habitudes presque identiques : les papillons adultes ont une couleur très variable et les mâles réagissent à la même phéromone sexuelle. Peu d'études ont été réalisées dans les prairies de l'Ouest ou dans les montagnes Rocheuses, où la transition de l'espèce se produirait. Aucune étude génétique ne permet de confirmer son statut d'espèce distincte; il peut donc s'agir d'une seule espèce présentant un gradient transcontinental dans les arbres hôtes préférés.
Les infestations de tordeuse à tête noire de l'Ouest se produisent à des intervalles d'environ 10 à 15 ans et durent de deux à quatre ans. Les infestations sont plus intenses dans les forêts humides de pruche de l'Ouest (Tsuga heterophylla) de la côte du Pacifique et dans la bande humide intérieure du sud-est de la Colombie-Britannique. Historiquement, des infestations importantes se sont produites aussi loin au sud que le nord-ouest du Pacifique des États-Unis et l'île de Vancouver au Canada, mais les infestations les plus récentes ont été centrées plus au nord dans les forêts côtières de Haida Gwaii et de la partie nord de l'Alaska. Les infestations sont souvent concomitantes à celles d'autres insectes éruptifs comme le diprion de la pruche (Neodiprion tsugae).
Aire de répartition et hôtes
Cet insecte se trouve depuis les montagnes Rocheuses vers l'ouest, du nord de la Californie et du Colorado au sud, jusqu'à l'Alaska au nord, y compris toute la Colombie-Britannique et le sud-ouest du Yukon. En Colombie-Britannique, il est plus abondant dans les forêts de pruches côtières et intérieures, où il se nourrit principalement de pruche de l’Ouest et de pruche subalpine (T. mertensiana), et occasionnellement d'épinette (Picea), de douglas-vert (Pseudotsuga menziesii). Les sapins (Abies) sont les hôtes plus courants aux États-Unis qu’au Canada.
Parties de l'arbre affectées
Feuillage
Symptômes et signes
Les œufs jaune pâle et ovales sont pondus individuellement sur la face inférieure des aiguilles. Les larves nouvellement écloses mesurent 1 millimètre de long et sont vert pâle avec une tête brun foncé ou noire. Les larves adultes mesurent 11 à 15 millimètres de long et sont uniformément vertes. La couleur de la capsule céphalique varie du brun rougeâtre uni au brun foncé et au noir. Les adultes sont des papillons de taille moyenne avec une envergure de 8,0 à 9,8 millimètres. Les motifs de couleur des ailes sont extrêmement variables, allant d'une simple couleur grise avec une bande médiane de couleur claire à une couleur ocre avec des bandes et diverses marques marbrées.
La défoliation apparaît soudainement. Le premier signe de dommage est une teinte rouge dans la couronne supérieure des arbres hôtes provenant des aiguilles détachées et utilisées pour construire des abris d'alimentation. La défoliation est plus grave chez les arbres plus jeunes et en régénération, avec toute la couronne devenant rouge et la cime complètement dénudée de toutes les aiguilles de la tige dominante.
Cycle de vie
La tordeuse à tête noire de l'Ouest produit une génération par an. Les œufs sont pondus individuellement sur la face inférieure des aiguilles près des bouts des branches dans la cime supérieure des arbres hôtes, de la fin de l'été au début de l'automne. L'insecte hiverne au stade d'œuf. Les œufs éclosent en mai ou juin et les larves creusent des trous dans les bourgeons frais. Lorsque les pousses croissent, les tordeuses rongent les aiguilles à la base et les tissent ensemble pour former des abris d’alimentation individuels. Lorsque la densité est élevée, les larves peuvent également se nourrir des aiguilles des années précédentes, en particulier sur les pruches et les sapins. Les pupes se forment dans l'abri d’alimentation final à la fin août et les adultes émergent tout au long du mois de septembre. Les femelles émettent une phéromone sexuelle pour attirer les mâles.
Les papillons volent bien et peuvent se disperser sur de longues distances. Leur dispersion loin des forêts endommagées contribue à la courte durée des infestations.
On sait peu de choses sur les causes des infestations ou sur leur déclin. Il est probable que les mêmes facteurs qui influencent les infestations de tordeuse à tête noire de l'épinette, comme les ennemis naturels et les conditions climatiques variables, sont également importants pour la tordeuse à tête noire de l'Ouest dans les forêts de l’ouest.
Dommages
La mortalité des arbres n'est pas courante, sauf si une défoliation grave dure plus de deux ans ou est aggravée par la présence simultanée d'autres défoliateurs comme le diprion de la pruche. Les dommages les plus importants se produisent dans les peuplements juvéniles où une certaine mortalité ou une mortalité des pousses terminales se produit. Les arbres les plus hauts des peuplements juvéniles sont les plus vulnérables. La pruche de l'Ouest se remet rapidement de la mort de sa pousse terminale en raison de sa croissance indéterminée ou continue tout au long de la saison. Les taux de croissance diminuent lorsqu'elle est défoliée, mais les arbres survivants se rétablissent en quelques années.
Prévention et répression
Les stratégies de répression d’un ravageur particulier varient suivant plusieurs facteurs, notamment :
- le niveau de la population du ravageur (c'est-à-dire le nombre de ravageurs présents sur l'hôte ou les hôtes affectés);
- les dommages prévus ou toute autre conséquence négative résultant de l'activité du ravageur et du niveau de sa population sur l'hôte, les biens ou l'environnement;
- la compréhension du cycle de vie du ravageur, de ses divers stades de développement, de même que des divers agents biotiques et non biotiques qui affectent les niveaux de ses populations;
- le nombre de spécimens hôtes touchés (un seul arbre hôte, un petit groupe d’arbres hôtes, une plantation, une forêt);
- la valeur attribuée à l'hôte ou aux hôtes compte tenu des coûts rattachés aux approches de lutte contre le ravageur;
- la prise en considération des diverses approches de lutte de nature sylvicole, mécanique, chimique, biologique et naturelle, de même que de les avantages et désavantages de chacune.
L’acquisition d’information sur chacun de ces facteurs est nécessaire aux prises de décisions relatives à l’application de l’une ou l’autre des stratégies de lutte contre un ravageur. Ces facteurs devront être soigneusement mis en balance par rapport aux coûts et avantages avant qu’on entreprenne toute action contre un ravageur particulier.
Les peuplements juvéniles de moins de 20 ans sont les plus menacés, surtout s'ils ont été éclaircis pour augmenter l'espacement entre les arbres. Des pièges à phéromones et l’échantillonnage des œufs permettent de suivre l'augmentation des densités de population annuelles de tordeuse à tête noire de l'Ouest et de prévoir les infestations quelques années à l'avance. Pendant cette période, il convient de limiter l'éclaircis des peuplements juvéniles.
Des applications aériennes limitées d'insecticides ont été effectuées jusqu'aux années 1980. La brève période de défoliation rend les traitements à grande échelle difficiles à cibler. Les faibles taux de mortalité dans les peuplements matures les rendent également inutiles. Les phéromones et les insecticides sont définis comme des produits antiparasitaires et sont réglementés au Canada. Les produits homologués pour lutter contre la tordeuse à tête noire de l’Ouest dans des situations particulières peuvent changer d'une année à l'autre. Ainsi, pour connaître les produits actuellement homologués et pour obtenir des renseignements quant à leur usage contre ce ravageur, veuillez consulter la base de données Information sur les produits antiparasitaires de Santé Canada. Tout produit homologué devrait être appliqué en fonction de la taille de la population et seulement lorsque nécessaire et au stade de vie indiqué. Il est recommandé également de consulter un professionnel local en arboriculture. Les pesticides peuvent être toxiques pour les humains, les animaux, les oiseaux, les poissons et d’autres insectes utiles. Veuillez, par conséquent, appliquer les produits homologués uniquement en cas de besoin et conformément aux indications inscrites sur l’étiquette du fabricant. Dans certaines juridictions et certaines situations, seul un professionnel autorisé peut appliquer des pesticides. Il est recommandé de consulter les autorités locales compétentes pour déterminer les réglementations locales en vigueur.
Photos
Références sélectionnées
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