Chenille à houppes du Douglas
- Nom commun anglais : Douglas-fir tussock moth
- Autre(s) nom(s) commun(s) : Chenille à houppes du sapin Douglas
- Nom scientifique : Orgyia pseudotsugata (McDunnough)
- Règne : Animalia
- Embranchement : Arthropoda
- Classe : Insecta
- Ordre : Lepidoptera
- Famille : Erebidae
-
Liste partielle des synonymes :
- Hemerocampa pseudotsugata McD.
- Hemerocampa vetusta (Bdv.)
Renseignements généraux et importance
La chenille à houppes du Douglas est un défoliateur indigène des conifères d'Amérique du Nord à l'ouest des Rocheuses. Des infestations périodiques se produisent à des intervalles d'environ dix ans et durent jusqu'à quatre ans. Les infestations sont plus prononcées dans les forêts intérieures semi-arides de la Colombie-Britannique et de l'ouest des États-Unis, en particulier à basse altitude (moins de 800 mètres). En Colombie-Britannique, 11 infestations ont été enregistrées depuis 1916, bien qu'aucune défoliation grave ne se soit produite lors de toutes les infestations. La plus grande infestation jamais enregistrée a défolié près de 26 000 hectares en 1983. La plus récente a commencé en 2018, avec environ 2 700 hectares défoliés en 2019.
Les infestations de chenille à houppes du Douglas ont tendance à être localisées mais très intenses, avec des groupes d'arbres gravement défoliés en une année et les arbres voisins les années suivantes. Les arbres cultivés en pleine terre dans les milieux urbains et semi-ruraux semblent particulièrement vulnérables. Lors de ces événements, les espèces d'arbres associées ainsi que les arbustes de sous-étage peuvent être endommagés. Les larves de chenilles à houppes du Douglas se nourrissent à la fois de nouveau et de vieux feuillage et peuvent complètement défolier un arbre, provoquant la mort de la cime et la mortalité de l'arbre après seulement un an de défoliation. Les infestations cessent aussi rapidement qu'elles ont commencé, en lien avec la mortalité causée par plusieurs ennemis naturels, notamment un virus spécifique qui devient épidémique lorsque les populations de chenilles à houppes deviennent très denses.
La chenille à houppes du Douglas est parfois confondue avec deux insectes forestiers : l’un indigène, la chenille à houppes blanches (Ostyia leucostigma), et l’autre introduit, la chenille à houppes rousses (O. antiqua). Ces trois espèces sont étroitement apparentées et partagent de nombreuses caractéristiques, notamment un stade de chenille aux couleurs spectaculaires et velues ainsi qu’une femelle incapable de voler.
Un impact non forestier important des infestations de chenilles à houppes du Douglas est l'apparition d’une réaction allergique chez de nombreuses personnes exposées aux poils urticants des larves. Les démangeaisons sont le symptôme le plus courant, mais ceux-ci varient en fonction de la sensibilité individuelle et de l’exposition répétée.
Aire de répartition et hôtes
La chenille à houppes du Douglas est présente à l'ouest des Rocheuses, du centre intérieur de la Colombie-Britannique jusqu'au nord du Mexique, et dans les forêts côtières de l'île de Vancouver jusqu'au nord de la Californie. Ses arbres hôtes préférés sont associés à différents écosystèmes forestiers dans cette vaste aire de répartition. En Colombie-Britannique et dans le nord-ouest du Pacifique des États-Unis, les principaux hôtes sont le Douglas (Pseudotsuga menziesii var. menziesii et P. menziesii var. glauca) et le sapin grandissime (Abies grandis). Plus au sud, le sapin blanc (A. concolor) est préféré, avec des attaques occasionnelles sur le sapin rouge (A. magnifica) et le sapin subalpin (A. lasiocarpa) à des altitudes plus élevées. Lors des infestations, les arbres associés tels que le pin ponderosa (Pinus ponderosa) et le mélèze de l’Ouest (Larix occidentalis) ainsi que les plantes du sous-étage peuvent être endommagés.
Parties de l'arbre affectées
Nouveau et vieux feuillage des arbres hôtes préférés.
Symptômes et signes
Les premiers signes d'attaque se produisent à la fin du printemps lorsque les larves de chenilles à houppes se nourrissent en partie du nouveau feuillage, ce qui rend le feuillage brun rougeâtre. Les petites larves mesurent moins de 6 millimètres de long, sont de couleur beige clair à gris foncé et sont couvertes de longs poils. Au fur et à mesure de leur croissance, les larves se nourrissent de toutes les aiguilles, les changements de couleur les plus intenses commençant au sommet de l'arbre et à l'extrémité des branches. Les larves matures mesurent jusqu'à 30 millimètres de long. Elles ont quatre touffes épaisses brun rougeâtre, ou houppes, au milieu du dos, et deux touffes noires en forme de crayon qui se projettent vers l'avant depuis l'arrière de la tête, ainsi qu'une touffe plus longue qui se projette vers l'arrière depuis l'arrière de l'abdomen. Des poils blancs partant de tubercules rouges couvrent le reste du corps.
Les larves se transforment en pupes à l'intérieur d'un cocon gris-brun d'environ 20 millimètres de long, constitué de soie et de poils. Les papillons femelles ont des ailes très réduites et vestigiales et ne volent pas. Les mâles, de couleur brun-gris, ont une envergure allant jusqu'à 32 millimètres et des antennes élaborées et plumeuses pour détecter la phéromone d'accouplement. Les masses d'œufs ont un diamètre d'environ 13 millimètres. Ces masses reposent sur les cocons des femelles et chacune contient environ 200 œufs blancs et ronds en une à trois couches recouvertes d'une sécrétion mousseuse entrecoupée de poils corporels qui durcissent pour protéger les œufs.
En cas d'infestation grave, l'arbre entier peut être défolié et, vu de profil, peut ressembler à un squelette de branches nues. Les dommages causés par la chenille à houppes du Douglas peuvent être confondus avec ceux causés par la tordeuse occidentale de l'épinette (Choristoneura occidentalis occidentalis), car les deux défoliateurs se retrouvent sur le Douglas dans des types de forêts similaires. Cependant, les deux insectes sont distincts en apparence et leurs dommages caractéristiques le sont aussi. La tordeuse occidentale de l’épinette limite son alimentation aux nouvelles pousses sur les extrémités des branches, tandis que la chenille à houppes du Douglas consomme à la fois le nouveau et le vieux feuillage.
Cycle de vie
La chenille à houppes du Douglas produit une génération par an. Elle hiverne au stade d'œuf. Les œufs éclosent à la fin du printemps, au moment où de nouvelles pousses apparaissent sur les arbres hôtes. Les larves restent sur la masse d'œufs pendant quelques jours, puis se dispersent à l'extrémité des branches. De là, elles se laissent porter sur des fils de soie, parfois sur plusieurs centaines de mètres, grâce à leurs longs poils qui les aident à se maintenir en l'air. Comme la femelle adulte ne vole pas, c'est le principal mécanisme de dispersion de l'espèce. Cela explique également, en partie, l'intensité caractéristique des populations sur les arbres individuels. Les petites larves se nourrissent du feuillage le plus frais et le plus nutritif.
En général, il y a cinq stades larvaires. Lorsque le feuillage frais est épuisé, les larves plus grosses terminent leur développement en consommant le vieux feuillage.
La pupaison a lieu à la fin de l'été et au début de l'automne. La plupart des larves entreprennent la pupaison sur les branches où elles se nourrissaient, mais certaines peuvent migrer vers des structures non hôtes, y compris des bâtiments. Les adultes émergent en une à deux semaines. Les papillons femelles incapables de voler émettent une phéromone qui attire les mâles mobiles. Une fois accouplées, les papillons femelles pondent tous leurs œufs blancs et sphériques (environ 200 œufs en Colombie-Britannique) en une seule masse.
Dommages
L’intensité des infestations de chenilles à houppes du Douglas et la capacité des larves à consommer toutes les aiguilles d’un arbre peuvent entraîner de graves dommages et la mort des arbres en un an. Des études examinant les impacts lors de l’infestation la plus grave survenue au début des années 1980 en Colombie-Britannique ont estimé que la mortalité cumulative et la destruction des cimes du Douglas ont entraîné une perte de près de 50 % dans les forêts touchées. Les arbres endommagés peuvent devenir plus vulnérable au dendroctone du Douglas (Dendroctonus pseudotsugae). En général, les pertes globales sont bien moindres et plus limitées en superficie que celles causées par d’autres ravageurs forestiers.
Prévention et répression
Les stratégies de répression d’un ravageur particulier varient suivant plusieurs facteurs, notamment :
- le niveau de la population du ravageur (c'est-à-dire le nombre de ravageurs présents sur l'hôte ou les hôtes affectés);
- les dommages prévus ou toute autre conséquence négative résultant de l'activité du ravageur et du niveau de sa population sur l'hôte, les biens ou l'environnement;
- la compréhension du cycle de vie du ravageur, de ses divers stades de développement, de même que des divers agents biotiques et non biotiques qui affectent les niveaux de ses populations;
- le nombre de spécimens hôtes touchés (un seul arbre hôte, un petit groupe d’arbres hôtes, une plantation, une forêt);
- la valeur attribuée à l'hôte ou aux hôtes compte tenu des coûts rattachés aux approches de lutte contre le ravageur;
- la prise en considération des diverses approches de lutte de nature sylvicole, mécanique, chimique, biologique et naturelle, de même que de les avantages et désavantages de chacune.
L’acquisition d’information sur chacun de ces facteurs est nécessaire aux prises de décisions relatives à l’application de l’une ou l’autre des stratégies de lutte contre un ravageur. Ces facteurs devront être soigneusement mis en balance par rapport aux coûts et avantages avant qu’on entreprenne toute action contre un ravageur particulier.
L'apparition explosive de populations à haute densité de chenilles à houppes du Douglas et la possibilité de mortalité des arbres au cours de la première année d'une infestation représentent un défi pour les programmes conventionnels de protection des forêts. Le déploiement systématique de pièges à phéromones dans les zones reconnues comme étant à risque, suivi d’un échantillonnage des masses d'œufs, sont des outils essentiels pour prévoir les infestations et appuyer les décisions d'intervention en matière de répression.
L'application aérienne d'insecticides chimiques a été utilisée jusqu'aux années 1970, lorsque des améliorations utilisant l'insecticide biologique, Bacillus thuringiensis var. kurstaki (Btk), ont mené à son utilisation en remplacement des produits de lutte chimique. La protection du feuillage n'était pas toujours satisfaisante avec le Btk, car la bactérie contenue dans le produit doit être mangée par l'insecte et peut prendre plusieurs jours à plusieurs semaines avant que la toxicité ne se manifeste. À ce stade, une défoliation grave peut déjà avoir eu lieu.
Un nucléopolyédrovirus (NPV) d'origine naturelle s'est avéré efficace pour réduire les populations à haute densité de chenilles à houppes du Douglas. Un isolat spécifique a d'abord été homologué aux États-Unis, puis au Canada, sous le nom de Virtuss. L'accent a été mis sur la manipulation des épizooties virales naturelles en combinaison avec le Btk pour réduire les populations lors d’infestations. Le virus NPV présente de nombreux avantages, notamment une spécificité à l'égard de la chenille à houppes du Douglas et de quelques espèces d'insectes étroitement apparentées. Une fois appliqué, les chenilles à houppes infectées produisent davantage d'inoculum, qui perpétue et propage le virus au cours de l'année du traitement et contribue à un réservoir de virus qui peut persister pendant plus d'un an. En appliquant le virus au début d'une infestation, une épizootie naturelle peut se propager plus tôt et à des densités d'insectes plus faibles que ce qui se produirait naturellement avec une protection substantielle du feuillage et un effondrement précoce des populations.
Les phéromones et les insecticides sont définis comme des produits antiparasitaires et sont réglementés au Canada. Les produits homologués pour lutter contre la chenille à houppes du Douglas dans des situations particulières peuvent changer d'une année à l'autre. Ainsi, pour connaître les produits actuellement homologués et pour obtenir des renseignements quant à leur usage contre ce ravageur, veuillez consulter la base de données Information sur les produits antiparasitaires de Santé Canada. Tout produit homologué devrait être appliqué en fonction de la taille de la population et seulement lorsque nécessaire et au stade de vie indiqué. Il est recommandé également de consulter un professionnel local en arboriculture. Les pesticides peuvent être toxiques pour les humains, les animaux, les oiseaux, les poissons et d’autres insectes utiles. Veuillez, par conséquent, appliquer les produits homologués uniquement en cas de besoin et conformément aux indications inscrites sur l’étiquette du fabricant. Dans certaines juridictions et certaines situations, seul un professionnel autorisé peut appliquer des pesticides. Il est recommandé de consulter les autorités locales compétentes pour déterminer les réglementations locales en vigueur.
Photos
Vue latérale d'une larve mature de la chenille à houppes du Douglas se nourrissant des aiguilles de douglas.
Dion Manastyrski Centre de foresterie du Pacifique, Victoria (Colombie-Britannique) / Pacific Forestry Centre, Victoria, British Columbia
Références sélectionnées
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