Dendroctone du Douglas
- Nom commun anglais : Douglas-fir beetle
- Autre(s) nom(s) commun(s) : Dendroctone du sapin Douglas
- Nom scientifique : Dendroctonus pseudotsugae (Hopkins)
- Règne : Animalia
- Embranchement : Arthropoda
- Classe : Insecta
- Ordre : Coleoptera
- Famille : Curculionidae
Renseignements généraux et importance
Le dendroctone du Douglas est un scolyte indigène de l'ouest de l'Amérique du Nord. Il est présent dans toute l'aire de répartition naturelle de son hôte principal, le douglas vert (Pseudotsuga menziesii), de l'ouest de l'Alberta et le centre de la Colombie-Britannique au Canada, vers le sud en passant par le nord-ouest du Pacifique jusqu'au centre de la Californie aux États-Unis, et vers le sud le long des montagnes Rocheuses jusqu'aux forêts montagnardes du nord du Mexique.
Comme la plupart des scolytes apparentés du genre Dendroctonus, le dendroctone du Douglas colonise les arbres âgés, affaiblis et récemment renversés par le vent. Les dendroctones adultes sont incapables de surmonter les défenses des arbres à croissance vigoureuse pour établir leurs couvées. Les forêts matures comptent normalement suffisamment d'arbres abattus et moribonds pour abriter des populations endémiques de scolytes. Le douglas vert pousse souvent dans des forêts mixtes avec des classes d'âge variables. Les arbres hôtes vulnérables sont dispersés dans le territoire. La répartition des arbres tués par les dendroctones du Douglas est plus inégale que celle des autres scolytes qui s'attaquent aux conifères tels que l'épinette et le pin. L'épinette et le pin poussent tous deux dans des peuplements plus denses et plus uniformes. Cependant, lorsqu'il y a une abondance d’hôtes appropriés en raison de perturbations (tempêtes de vent, aménagement forestier ou stress biotique dû à des insectes défoliateurs ou à la pourriture des racines), les populations de dendroctones du Douglas peuvent augmenter au point où les attaques massives d'adultes surmontent les défenses de l'arbre. Cela conduit à des infestations qui tuent à la fois les arbres stressés et les arbres sains.
Aire de répartition et hôtes
Ce coléoptère est présent dans toute l'aire de répartition du douglas vert dans l'ouest de l'Amérique du Nord. Il s'étend des forêts de piémont de l'ouest de l'Alberta à la Colombie-Britannique jusqu'à la côte du Pacifique au nord, au sud le long de la côte jusqu'en Californie, à l'est à travers l'intérieur des États du nord-ouest du Pacifique, et au sud le long des montagnes Rocheuses, du Montana à l'ouest du Texas aux États-Unis. Les forêts montagnardes fragmentées du nord du Mexique semblent abriter des sous-espèces distinctes de douglas vert et de dendroctone du Douglas.
Le douglas vert est le principal hôte. Le dendroctone du Douglas peut être trouvé dans toutes les variétés de l'arbre hôte qui sont géographiquement distinctes : côtière, intérieure ou des montagnes Rocheuses, et mexicaine. Il s’attaque également au douglas à gros cônes (P. macrocarpa) dans le sud de la Californie. Le mélèze occidental (Larix occidentalis) et la pruche de l’Ouest (Tsuga heterophylla) sont parfois attaqués. Cependant, il ne s’agit pas de ses hôtes préférés.
Parties de l'arbre affectées
Symptômes et signes
Les populations de dendroctone du Douglas persistent normalement dans un état endémique, incapables de surmonter les défenses des arbres sains. Elles se limitent aux grands arbres renversés par le vent, endommagés et moribonds, dont le taux de croissance est relativement faible. Les arbres brûlés par le feu sont également plus susceptibles d'être attaqués. Il est prouvé que la défoliation par les insectes (par exemple, la chenille à houppes du Douglas [Orgyia pseudotsugata]) prédispose les arbres aux attaques du dendroctone du Douglas. Une forte association a été observée entre la colonisation réussie par les dendroctones et la présence de pourritures des racines, telles que Armillaria ostoyae et Phellinus weirii. Ces deux conditions réduisent également la vigueur des arbres et augmentent le chablis, ce qui fournit plus de matière pour le couvain des dendroctones. Dans les situations où il y a une abondance d’hôtes vulnérables, les populations de dendroctones augmenteront jusqu'à une infestation. La colonisation réussie des arbres vivants nécessite toujours des attaques massives par de nombreux dendroctones.
La détection précoce est problématique car la décoloration du feuillage peut se produire seulement l'année suivant l'attaque. Les adultes du dendroctones du Douglas ont tendance à attaquer les arbres les moins vigoureux, de sorte qu'il n'y a souvent pas d'écoulement de résine sur les sites d'attaque. Les adultes mesurent de 4,0 à 7,0 millimètres de long. Ils sont d'un brun très foncé, avec des couvertures alaires rougeâtres (élytres). Les attaques se produisent d'abord au niveau du milieu supérieur du tronc des arbres et progressent à la fois vers le haut et vers le bas à partir du site d’attaque d'origine. La première preuve d'une attaque réussie est une poussière de forage rougeâtre sur l'écorce de l'arbre près des trous d'entrée. Les courants de résine qui s'écoulent de ces trous d'entrée permettent de faire un diagnostic. Les coléoptères introduisent les champignons de coloration bleue (Ophiostoma pseudotsugae et Leptographium abietinum) dans l’arbre qui décolorent l'aubier, interrompent le transport de l'eau et aident le dendroctone à surmonter les défenses des arbres vivants. Les femelles pondent jusqu'à 40 œufs elliptiques, blanc nacré, de 1,0 à 1,5 millimètre de long. Les œufs sont pondus dans des galeries creusées par le dendroctone qui sont généralement droites et parallèles au fil du bois, et qui mesurent au moins 20 à 30 centimètres de long. Les larves sont blanches, sans pattes et avec une tête brune. Les larves peuvent mesurer jusqu'à 6 millimètres de long à maturité. Les larves creusent des tunnels dans le phloème pour s'éloigner de leurs sites de ponte, produisant des groupes de tunnels en forme d'éventail de part et d'autre des galeries de ponte. Les loges pupales se forment à l'extrémité des tunnels d'alimentation. Les pupes sont blanches et présentent des caractéristiques rudimentaires de la forme adulte.
La décoloration du feuillage, qui va du vert au jaune-vert pâle, peut se produire à la fin de la saison des attaques initiales. Cependant, la plupart des attaques ne sont pas évidentes avant le printemps suivant. Les aiguilles deviennent rouges et restent sur les arbres pendant deux ans avant de tomber.
Cycle de vie
Il y a une génération de dendroctones du Douglas par an, mais souvent deux couvées. L'insecte passe généralement l'hiver sous forme d'adultes immatures et dormants ou d'adultes matures en diapause physiologique. La plupart des adultes émergent et se mettent à voler au printemps lorsque les températures sont supérieures à 18 °C. Cela peut se produire dès le mois d'avril ou jusqu'en juillet, selon l'endroit. Les vols d'adultes qui émergent plus tard en été peuvent être des dendroctones qui ont hiverné à un stade de développement antérieur et qui ont achevé leur développement au début de l'été. Il peut également s'agir d'adultes émergeant de la première série de galeries pour initier une deuxième couvée.
Les galeries d'œufs sont creusées par la femelle adulte. Lorsque la femelle creuse les galeries, les mâles se joignent à elle et remplissent les zones inférieures de la galerie avec des excréments, bloquant ainsi l'entrée aux autres dendroctones. Les œufs sont pondus en groupes, plus précisément dans des rainures situées de part et d'autre de la galerie. Après l'éclosion, les larves creusent individuellement des tunnels dans le phloème, perpendiculairement à la galerie d'œufs. À moins que les populations ne soient très denses, les tunnels d'alimentation se croisent rarement. La pupaison a lieu dans des loges situées à l'extrémité des galeries.
Les premières attaques de la saison sont d'abord lentes, puis progressives. Les premières femelles colonisatrices libèrent une phéromone d'agrégation (frontaline). Combinée aux résines volatiles des arbres émanant du site d'attaque, cette phéromone attire les mâles et d'autres dendroctones femelles. Les dendroctones adultes portent également sur leur corps des champignons de coloration bleue qui infectent l'arbre et entravent ses réactions défensives, facilitant ainsi d'autres attaques de dendroctones. Au fur et à mesure que l'attaque de masse progresse, les substances volatiles d’agrégation sont masquées par une communication sonique et chimique entre les couples de dendroctones qui repoussent d'autres attaques.
Dommages
Le dendroctone du Douglas sélectionne les arbres plus âgés et moribonds et les chablis pour leur couvée. Ils sont considérés comme des décomposeurs primaires, accélérant le remplacement des arbres endommagés et sénescents. La nature dispersée de la mortalité des arbres entraîne peu de changements dans les charges de combustible locales. Cela signifie que la probabilité d'incendies de forêts n'est pas différente des niveaux de base. Cependant, les infestations peuvent avoir un effet significatif sur les arbres plus âgés, ce qui a pour effet net de modifier les caractéristiques de la forêt, qui passe d'une canopée fermée à des conditions plus ouvertes, de type parc.
Prévention et répression
Les stratégies de répression d’un ravageur particulier varient suivant plusieurs facteurs, notamment :
- le niveau de la population du ravageur (c'est-à-dire le nombre de ravageurs présents sur l'hôte ou les hôtes affectés);
- les dommages prévus ou toute autre conséquence négative résultant de l'activité du ravageur sur l'hôte, les biens ou l'environnement;
- la compréhension du cycle de vie du ravageur, de ses divers stades de développement, de même que des divers agents biotiques et non biotiques qui affectent les niveaux de ses populations;
- le nombre de spécimens hôtes individuels touchés (un seul arbre hôte, un petit groupe d’arbres hôtes, une plantation, une forêt);
- la valeur attribuée à l'hôte ou aux hôtes compte tenu des coûts rattachés aux approches de lutte contre le ravageur;
- la prise en considération des diverses approches de lutte de nature sylvicole, mécanique, chimique, biologique et naturelle, de même que de les avantages et désavantages de chacune.
L’acquisition d’information sur chacun de ses facteurs est nécessaire aux prises de décisions relatives à l’application de l’une ou l’autre des stratégies de lutte contre un ravageur. Ces facteurs devront être soigneusement mis en balance par rapport aux coûts et avantages avant qu'on entreprenne toute action contre un ravageur particulier.
Les mesures préventives incluent principalement la coupe d'assainissement. Il est important de disposer des résidus des billes de bois et des rémanents de coupe ainsi que de couper les souches aussi bas que possible pendant les opérations d'abattage. Les dommages mécaniques causés aux arbres résiduels dans les zones exploitées doivent être réduits au minimum. Les arbres dont les tiges ou les racines sont endommagées devraient être enlevés. L'abattage des arbres individuels ou en petits blocs a permis de réduire les problèmes liés au dendroctone. Il s'est également avéré efficace de restreindre la construction de routes à la fin de l'été, après la fin de la période de vol du dendroctone pour la saison.
La détection précoce par des relevés aériens n'est pas fiable et souligne l'importance des systèmes d'évaluation des risques et des relevés au sol dans les forêts vulnérables. Les forêts les plus vulnérables sont celles comportant des grands arbres âgés dont la croissance a ralenti. Les sites ayant subi des incendies de faible intensité, des perturbations du sol et des sécheresses contiennent des arbres plus vulnérables. Les forêts présentant un pourrissement important des racines ou une défoliation récente par des insectes présentent également un risque plus élevé. La pression exercée par les dendroctones (la densité et la proximité des arbres récemment tués par les dendroctones) est le meilleur indicateur de nouvelles attaques en raison des caractéristiques communes du territoire mentionné ci-dessus et de la capacité de dispersion limitée des dendroctones adultes.
Les arbres-pièges (abattus ou annelés) peuvent être utilisés pour lutter contre les populations de dendroctones. Ces arbres doivent être enlevés en avril, avant l'émergence des dendroctones. L'efficacité des arbres-pièges peut être améliorée par l'utilisation de phéromones, qui attirent davantage de dendroctones sur le site du piège. Les troncs piégés doivent être décortiqués et les rémanents brûlés pour tuer les couvées. L'accessibilité limitée des sites en début de saison limite cette approche de lutte.
Des produits imitant les communications chimiques (phéromones) utilisées par les dendroctones pour attirer (agrégation) ou repousser (antiagrégation) d'autres dendroctones ont été utilisés pour lutter contre les populations de cet insecte. Les résultats obtenus suggèrent qu'il faut faire très attention à l'emplacement des pièges car ils peuvent augmenter les taux d'attaque au lieu de les réduire. Les phéromones sont définis comme des produits antiparasitaires et sont réglementés au Canada. Les produits homologués pour être utilisés contre le dendroctone du Douglas dans des situations particulières peuvent changer d'une année à l'autre. Ainsi, pour connaître les produits actuellement homologués et pour obtenir des renseignements quant à leur usage contre ce ravageur, veuillez consultez la base de données Information sur les produits antiparasitaires de Santé Canada. Tout produit homologué devrait être appliqué en fonction de la taille de la population et seulement lorsque nécessaire et au stade de vie indiqué. Il est recommandé également de consulter un professionnel local en arboriculture. Les pesticides peuvent être toxiques pour les humains, les animaux, les oiseaux, les poissons et d’autres insectes utiles. Veuillez, par conséquent, appliquer les produits homologués uniquement en cas de besoin et conformément aux indications inscrites sur l'étiquette du fabricant. Dans certaines juridictions et dans certaines situations, seul un professionnel autorisé peut appliquer des pesticides. Il est recommandé de consulter les autorités locales compétentes pour déterminer les réglementations locales en vigueur.
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