Tordeuse du pin gris
- Nom commun anglais : Jack pine budworm
- Nom scientifique : Choristoneura pinus pinus Freeman
- Règne : Animalia
- Embranchement : Arthropoda
- Classe : Insecta
- Ordre : Lepidoptera
- Famille : Tortricidae
-
Liste partielle des synonymes :
- Choristoneura fumiferana (Clemens)
Renseignements généraux et importance
La tordeuse du pin gris est la plus commune et la plus répandue des tordeuses originaires d’Amérique du Nord qui s’alimentent sur les pins. Pendant de nombreuses années, on la considérait comme la « version pin » de la tordeuse des bourgeons de l’épinette (Choristoneura fumiferana) en raison de l’apparence et du cycle de vie pratiquement identiques à celle-ci, ainsi qu’en raison du chevauchement de leurs aires de répartition. Cependant, l’analyse génétique a révélé que la tordeuse du pin gris est plus distincte de la tordeuse des bourgeons de l’épinette que la tordeuse occidentale de l’épinette (C. occidentalis) et la tordeuse bisannuelle de l’épinette (C. occidentalis biennis). Une population de tordeuse du pin gris isolée et manifestement distincte dans le nord-est des États-Unis est désignée C. pinus maritima, mais son statut est peu connu.
Historiquement, les infestations de tordeuse du pin gris se manifestaient surtout dans les provinces des Prairies et les États américains bordant les lacs Michigan et Supérieur. Cependant, depuis les années 1980, les infestations sont devenues un phénomène récurrent dans le nord de l’Ontario et, parfois, plus loin à l’est. Parallèlement, des infestations à l’ouest des Grands Lacs ont diminué. Les infestations de tordeuse du pin gris se distinguent de celles des autres tordeuses dans le sens qu’elles ne durent que quelques années dans une région donnée et le moment de leur retour est fortement variable.
Aire de répartition et hôtes
L’aire de répartition de la tordeuse du pin gris coïncide avec celle de son principal hôte, soit le pin gris (Pinus banksiana). L’arbre et la tordeuse se trouvent tous deux dans une large bande allant du centre de l’Alberta jusqu’à la région plus au sud de la forêt boréale, ainsi que vers l’est jusqu’aux provinces Maritimes et vers le sud jusqu’aux États-Unis, plus précisément, les États du Midwest adjacents aux Grands Lacs.
Parmi les hôtes secondaires, notons le pin rouge (P. resinosa), le pin blanc (P. strobus) et, parfois, des espèces introduites, dont le pin sylvestre (P. sylvestris) et le pin mugo (P. mugo). Des signalements de la présence de la tordeuse du pin gris sur les épinettes pourraient s’expliquer peut-être par la tordeuse des bourgeons de l’épinette qui lui ressemble étroitement. Une telle confusion pourrait aussi s’expliquer par un effet de déversement lors d’infestations, car le pin gris est souvent présent dans des peuplements mixtes avec l’épinette noire.
Parties de l'arbre affectées
Nouveaux bourgeons, aiguilles et cônes de pollen
Symptômes et signes
Les œufs sont verts et sont pondus sur les aiguilles en masses de deux ou trois rangées superposées. Tout juste avant l’éclosion, la tête sombre de la larve en développement est observable dans chaque œuf fertile. Les jeunes larves ont la tête brun rougeâtre et le corps uniformément brun clair. Les larves matures atteignent une longueur de 20 à 24 millimètres, la tête est brun rougeâtre et le corps présente deux rangées de taches distinctes de couleur crème sur chaque segment dorsal. La tordeuse du pin gris est un papillon nocturne de taille moyenne dont l’envergure est de 18 à 24 millimètres, soit légèrement plus petite que la tordeuse des bourgeons de l’épinette. La couleur des ailes est également similaire à celle de la tordeuse des bourgeons de l’épinette, avec des marques blanches et brunes. Une différence notable est une couleur de base rougeâtre plutôt que gris fumé.
Les premiers signes de dommages au printemps sont moins évidents que chez les autres tordeuses. Les jeunes larves de tordeuse du pin gris ne minent pas les aiguilles, mais s’alimentent plutôt à l’intérieur de cônes de pollen immatures (microsporanges). Lorsqu’elles se déplacent dans la cime de l’arbre, des fils de soie peuvent être observés sur le feuillage. En effet, à mesure que les arbres produisent de nouvelles pousses, les larves arrachent les aiguilles à leur base et ces aiguilles finissent par s’enchevêtrer dans des fils de soie, conférant ainsi un aspect négligé aux pousses. Lorsque les aiguilles endommagées se dessèchent vers le milieu de l’été, les arbres présentent une couleur rouge brûlée.
Le dépouillement des cimes clairsemées des pins gris est fréquemment observé lors d’infestations. De grands « arbres loup » avec de multiples pousses dominantes sont le résultat de vieux arbres ayant survécu à des dommages répétés sur leurs pousses apicales au cours de plusieurs infestations antérieures.
Cycle de vie
La tordeuse du pin gris produit une génération par année. Entre la fin juillet et la mi-août, elle dépose sur les aiguilles des masses contenant 30 à 60 œufs. Les œufs éclosent au bout d’une à deux semaines. Les tordeuses nouvellement écloses ne s’alimentent pas, mais se déplacent plutôt vers l’intérieur de l’arbre pour trouver des zones protégées sur les branches et le tronc où elles passeront l’hiver.
Les larves émergent entre la mi-mai et la mi-juin, généralement deux à trois semaines avant le débourrement. Contrairement à la tordeuse des bourgeons de l’épinette, les larves de la tordeuse du pin gris sont incapables de miner les vieilles aiguilles. Leur survie durant cette période critique dépend de la disponibilité des cônes de pollen sur l’arbre hôte. Plusieurs petites larves se rassembleront dans un seul cône. À mesure que les nouvelles pousses se présentent, les tordeuses du pin gris se construisent un abri d’alimentation, se nourrissent des aiguilles nouvellement écloses et complètent leur développement en juillet. Elles se transforment souvent en pupes dans leurs abris.
Les papillons adultes émergent au bout de deux semaines. Les femelles émettent une phéromone qui attire les mâles avec lesquels elles s’accoupleront. Des conditions atmosphériques chaudes — typiques de la mi-été dans les forêts nordiques — favorisent une activité accrue des papillons à la tombée de la nuit. Les papillons sont transportés par des courants d’air convectif au-dessus du couvert forestier, où ils pourront être transportés sur plusieurs kilomètres.
Les infestations sont plus communes dans les forêts matures dominées par le pin gris. De telles infestations peuvent se synchroniser sur de larges superficies et l’ampleur de la défoliation est la plus prononcée dans les peuplements denses à couvert fermé. Les infestations de tordeuse du pin gris se distinguent d’autres infestations de tordeuses qui s’alimentent sur des conifères par leur courte durée et leur fréquence accrue. Cela s’explique par la dépendance de la tordeuse du pin gris aux cônes de pollen pour survivre au printemps. Le pin gris produit des cônes plus fréquemment que la plupart des conifères, mais la production de cônes diminue après une défoliation. Par conséquent, la survie de la tordeuse du pin gris est d’abord favorisée par l’abondance de cônes, mais à mesure qu’elle connaît une augmentation de ses populations et que celles-ci provoquent des défoliations, la production de cônes diminue, entraînant ainsi un effet néfaste sur la survie. Lorsque les populations diminuent, des prédateurs naturels (les parasitoïdes en particulier) jouent un rôle déterminant dans l’effondrement des infestations. En raison de la courte durée des infestations, la plupart des arbres se rétablissent et, en l’espace de quelques années, redeviennent vulnérables à une nouvelle infestation.
Le cycle historique d’infestations dans les provinces des Prairies était d’environ 10 ans et il était lié à l’historique des feux. Aux États-Unis, les cycles d’infestation sont plus variables et sont liés aux conditions édaphiques et d’humidité. Depuis 1980, des infestations se sont produites plus loin vers l’Est canadien. Cependant, les données sont insuffisantes pour déterminer des schémas temporels.
Dommages
Les infestations de tordeuse du pin gris peuvent toucher des centaines de milliers d’hectares de forêt dans une mosaïque changeante de dommages. La mortalité des arbres dominants est rare et répartie uniformément sur toute forêt défoliée. Les estimations issues des relevés sur la mortalité des arbres intermédiaires et supprimés sont beaucoup plus importantes. Les estimations comprennent les processus d’éclaircissement naturel chez ces classes de dimension. Ainsi, les relevés pourraient surestimer les effets des dommages provoqués par la tordeuse. Les infections secondaires attribuables au pourridié des racines (Armillaria) contribuent aussi aux estimations de mortalité. Le dépouillement de la cime est commun, mais de manière générale, il n’a aucune incidence sur la partie marchande de l’arbre. En cas de défoliation importante, la croissance radiale peut diminuer de 50 %, mais les arbres se reconstituent généralement en l’espace de quelques années.
Des dommages aux cônes peuvent survenir dans les vergers à graines aménagés. Cependant, la prédisposition naturelle du pin gris à produire de nouveaux cônes réduit l’importance de tels dommages.
La mortalité des arbres intermédiaires et supprimés, ainsi que l’accumulation d’aiguilles mortes sur le tapis forestier à la suite d’une infestation contribuent à la probabilité de feux de forêt. Le pin gris est une espèce adaptée au feu, qui pousse sur des terrains secs et dégagés, et qui dépend du feu pour se régénérer. De tels changements attribuables à la tordeuse pourraient favoriser le renouvellement des forêts.
Prévention et répression
L’épandage aérien d’insecticides en vue de réduire les dommages s’avère l’approche la plus commune lors d’infestations importantes. Par rapport à la tordeuse des bourgeons de l’épinette, la prévision des populations à l’aide de pièges à phéromone ainsi que les estimations de la densité des masses d’œufs sont des variables explicatives moins précises des futurs dommages occasionnés par la tordeuse du pin gris. Les phéromones et les insecticides sont définis comme produits de lutte antiparasitaire et sont réglementés au Canada. Les pesticides homologués pour lutter contre la tordeuse du pin gris dans des situations particulières peuvent changer d’une année à l’autre. Ainsi, pour connaître les produits actuellement homologués et pour obtenir des renseignements quant à leur usage contre ce ravageur, veuillez consulter la base de données Information sur les produits antiparasitaires de Santé Canada. Tout produit homologué devrait être appliqué en fonction de la taille de la population et seulement lorsque nécessaire et au stade de vie indiqué. Il est recommandé également de consulter un professionnel local en arboriculture. Les pesticides peuvent être toxiques pour les humains, les animaux, les oiseaux, les poissons et d’autres insectes utiles. Veuillez, par conséquent, appliquer les produits homologués uniquement en cas de besoin et conformément aux indications inscrites sur l’étiquette du fabricant. Dans certaines juridictions et dans certaines situations, seul un professionnel autorisé peut appliquer des pesticides. Il est recommandé de consulter les autorités locales compétentes pour déterminer les réglementations locales en vigueur.
Étant donné que la plupart des arbres survivent à la défoliation, une récolte accélérée ou replanifiée est souvent possible en fonction de l’approvisionnement local en bois et des objectifs d’aménagement forestier. Là où la mortalité a déjà eu lieu, il est possible de récupérer une certaine valeur commerciale en ayant recours à une coupe de récupération.
Les systèmes d’évaluation des dangers indiquent des approches sylvicoles pour réduire les impacts. Les vieilles forêts avec de faibles taux de repeuplement situées sur des terrains dégradés sont les plus vulnérables aux défoliations. Les forêts de pin gris devraient être bien approvisionnées et récoltés selon de plus courtes rotations.
Les stratégies de répression d’un ravageur particulier varient suivant plusieurs facteurs, notamment :
- le niveau de la population du ravageur (c’est-à-dire le nombre de ravageurs présents sur l’hôte ou les hôtes affectés);
- les dommages prévus ou toute autre conséquence négative résultant de l’activité du ravageur et du niveau de sa population sur l’hôte, les biens ou l’environnement;
- la compréhension du cycle de vie du ravageur, de ses divers stades de développement, de même que des divers agents biotiques et non biotiques qui affectent les niveaux de ses populations;
- le nombre de spécimens hôtes touchés (un seul arbre hôte, un petit groupe d’arbres hôtes, une plantation, une forêt);
- la valeur attribuée à l’hôte ou aux hôtes compte tenu des coûts rattachés aux approches de lutte contre le ravageur;
- la prise en considération des diverses approches de lutte de nature sylvicole, mécanique, chimique, biologique et naturelle, de même que les avantages et désavantages de chacune.
L’acquisition d’information sur chacun de ces facteurs est nécessaire aux prises de décisions relatives à l’application de l’une ou l’autre des stratégies de lutte contre un ravageur. Ces facteurs devront être soigneusement mis en balance par rapport aux coûts et avantages avant qu’on entreprenne toute action contre un ravageur particulier.
Photos
Papillon de la tordeuse du pin gris nouvellement émergé à côté de son enveloppe pupale vide attachée à une pousse de pin.
Thérèse Arcand
Pupe de tordeuse du pin gris attachée à des aiguilles de pin avec de la soie. Notez également la peau qui a été retirée lors de la dernière mue près de la pupe.
Thérèse Arcand
Larve de la tordeuse du pin gris sur une pousse de pin gris portant des fleurs mâles.
Thérèse Arcand
Références sélectionnées
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