Scolyte européen de l’orme
- Nom commun anglais : European elm bark beetle
- Autre(s) nom(s) commun(s) : Petit scolyte européen de l'orme, petit scolyte de l'orme
- Nom scientifique : Scolytus multistriatus (Marsham)
- Règne : Animalia
- Embranchement : Arthropoda
- Classe : Insecta
- Ordre : Coleoptera
- Famille : Curculionidae
-
Liste partielle des synonymes :
- Eccoptogaster multistriatus Marsh
- Ips multistriatus Marsham
Renseignements généraux et importance
Le scolyte européen de l'orme a été introduit en Amérique du Nord à partir d'Europe sur des grumes d'orme infestées de larves vivantes. Il a été découvert pour la première fois dans le Massachusetts, aux États-Unis, en 1909, puis en Ontario, au Canada, en 1946. Il est maintenant répandu dans tout le Canada, de la Nouvelle-Écosse à la Colombie-Britannique, et dans la plupart des États contigus des États-Unis. Le scolyte cause peu de dommages directs aux arbres sains. Les adultes localisent les arbres récemment morts et moribonds où ils percent l'écorce extérieure pour pondre leurs œufs. Les larves creusent des tunnels sous l'écorce, se nourrissant du phloème en décomposition et accélérant la décomposition de l'arbre mourant. La plus grande menace posée par le scolyte est qu'il est un vecteur important des agents pathogènes (Ophiostoma Ulmi et O. novo- ulmi) responsable de la maladie hollandaise de l'orme. Les agents pathogènes sont probablement d'origine asiatique et ont atteint l'Europe et l'Amérique du Nord au 20e siècle. Ophiostoma novo-ulmi qui est plus virulent et qui a été introduit plus récemment que O. ulmi, est devenu l'agent pathogène dominant responsable de la maladie hollandaise de l'orme au Canada. La maladie hollandaise de l'orme est une maladie vasculaire aux conséquences catastrophiques en Europe et en Amérique du Nord. Les spores produites par l'une ou l'autre des espèces de champignons pathogènes adhèrent aux adultes qui émergent des arbres infectés. Les spores sont inoculées aux arbres sains par de petites cicatrices causées par les adultes qui se nourrissent des rameaux d'arbres sains. Les arbres infectés et mourants sont ensuite sélectionnés par les adultes pour leur couvée, et la génération suivante de scolytes adultes devient également un vecteur contaminé. C'est l'agent pathogène et non le scolyte qui provoque la mort de l'arbre.
En Amérique du Nord, le scolyte européen de l'orme est l'un des trois scolytes connus comme étant vecteur de l'un ou l'autre des agents pathogènes responsables de la maladie hollandaise de l'orme. Il a supplanté l’espèce indigène de scolyte de l'orme (Hylurgopinus rufipes) et est devenu le principal vecteur dans les parties situées au sud de leurs aires de répartition communes. Il coexiste désormais avec le scolyte asiatique de l'orme (S. schevyrewi), introduit plus récemment, dans une grande partie de son aire de répartition, en particulier dans les régions situées à l’ouest.
Aire de répartition et hôtes
Cet insecte est originaire de toute l'Europe, y compris de l'ouest de la Russie et de la Turquie. Il s’est établit au sud de la région de la forêt boréale du Canada, de la Nouvelle-Écosse à la Colombie-Britannique, ainsi que dans la majeure partie des États-Unis contigus, déplaçant le scolyte de l'orme indigène dans une grande partie de leur aire de répartition commune. L'insecte est également considéré comme étant introduit au Liban, en Iran, en Égypte et en Algérie, ainsi qu'en Australie, en Nouvelle-Zélande et peut-être dans les régions tempérées d'Amérique du Sud.
L'hôte principal au Canada et aux États-Unis est l'orme d'Amérique (Ulmus americana), mais toutes les espèces d'ormes indigènes et introduites en Amérique du Nord sont attaquées par le coléoptère, y compris l'orme liège (U. thomasii), l'orme rouge (U. rubra), l’orme de Sibérie (U. pumila), orme de Chine (U. parvifolia) et orme du Japon (Zelkova serrata) qui lui est étroitement apparenté. Le scolyte européen de l'orme se reproduit dans une grande variété d'hôtes feuillus, notamment l'aulne (Alnus), le saule (Salix), le peuplier (Populus), le chêne (Quercus) et certains arbres fruitiers. Aucune de ces dernières espèces n'est vulnérable à la maladie hollandaise de l'orme. Les signalements nord-américains de cet insecte à l'ouest de l'aire de répartition indigène de l'orme d’Amérique proviennent probablement de populations de scolytes qui doivent persister sur les ormes d'agrément et d'autres essences d'arbres. Les signalements canadiens de cet insecte à l'extérieur de l'aire de répartition des ormes indigènes, en particulier plusieurs signalements en Colombie-Britannique, proviennent de pièges utilisés dans les relevés de routine des scolytes et n'incluent donc pas de renseignements sur les hôtes associés.
Parties de l'arbre affectées
Les adultes du scolyte européen de l'orme se nourrissent discrètement dans les fourches des petits rameaux des ormes sains. C'est le site habituel d'infection par les agents pathogènes. Les adultes creusent des galeries dans l'écorce des parties inférieures des arbres moribonds et récemment morts et pondent leurs œufs dans des galeries dans l'écorce interne. Les larves éclosent en creusant des tunnels dans le phloème.
Symptômes et signes
Les adultes mesurent 2,2 à 3,9 millimètres de long, ont un thorax noir et des élytres brun rougeâtre sur les ailes. La présence de sciure rouge sur la surface de l'écorce autour des trous dans la partie inférieure des troncs et des grosses branches des arbres moribonds témoigne de la colonisation. En retirant l'écorce, on découvre des galeries d'œufs à ramification unique de 2,5 à 5,5 centimètres qui suivent le fil du bois. Les galeries d'œufs se distinguent de celles des autres scolytes par leur forme horizontale ou en V dans le sens contraire des fibres du bois. Les galeries d'alimentation des larves du scolyte européen de l'orme rayonnent perpendiculairement aux galeries d'œufs, serpentent dans le sens contraire des fibres du bois, se croisent rarement et forment un motif en éventail. En revanche, les galeries d'alimentation des larves du scolyte de l'orme indigène sont perpendiculaires aux galeries d'œufs et parallèles au fil du bois. Les trous ronds dans l'écorce causés par les adultes émergents du scolyte européen de l'orme peuvent être regroupés selon un motif de « trous de tir ».
Cycle de vie
Le scolyte européen de l'orme produit deux générations par an au Canada et trois plus au sud, aux États-Unis. Ils hivernent sous forme de larves, de pupes ou parfois d'adultes sous l'écorce de l'arbre dans lequel il se sont développés. Les adultes qui émergent au printemps se nourrissent de rameaux d'arbres sains. Les dommages sont légers, mais si les scolytes transportent des spores du champignon responsable de la maladie hollandaise de l'orme, les arbres sains peuvent être infectés par les cicatrices d'alimentation. Les arbres sains sont exploités par le scolyte pour se nourrir pendant la maturation, mais sont rarement colonisés pour la reproduction. Les femelles matures identifient les arbres moribonds dans lesquels pondre leurs œufs en utilisant un mélange de composés organiques volatils libérés par les arbres mourants. Les femelles colonisatrices libèrent ensuite une phéromone d'agrégation qui attire les mâles et d'autres femelles, ce qui entraîne des attaques massives, qui surmontent les défenses déjà affaiblies des arbres. Le scolyte européen de l'orme est monogame. La femelle forme une chambre nuptiale sous l'écorce où elle est rejointe par un mâle et s'accouple. La femelle fécondée creuse une galerie d'œufs dans le phloème, parallèlement au grain du bois. Les œufs sont pondus dans des niches le long des côtés de la galerie d'œufs. Les tunnels d'alimentation des larves sont perpendiculaires à la galerie d'œufs, dans le sens contraire du grain du bois. Ils se croisent rarement et deviennent plus grands à mesure que les larves progressent à travers cinq stades de vie et procédant à la pupaison dans une chambre située dans l'aubier extérieur. Les adultes émergent directement de ces chambres et volent vers des arbres sains pour terminer leur maturation en se nourrissant de rameaux vivants. Ils recherchent ensuite un arbre affaibli pour initier la génération suivante.
Dommages
Les dommages causés par l'alimentation aux rameaux des cimes supérieures des arbres sains sont discrets, mais offrent des possibilités d'infection par le pathogène responsable de la maladie hollandaise de l'orme. Le couvain est produit dans les arbres et les grosses branches qui sont moribonds ou déjà morts. La mort de l'arbre est causée par le pathogène transmis et non par le scolyte. La maladie hollandaise de l'orme a causé une mortalité catastrophique chez l'orme, qui était autrefois un feuillu dominant de l'est de l'Amérique du Nord et un arbre d'agrément privilégié en milieu urbain.
Prévention et répression
L'impact dramatique de la maladie hollandaise de l'orme et la difficulté de la contrôler directement ont donné lieu à de nombreux essais de lutte chimique visant à supprimer les scolytes de l'orme qui transmettent la maladie, ainsi qu'à l'introduction d'agents de lutte biologique tels que les nématodes et les insectes parasitoïdes. L'efficacité de ces interventions est difficile à évaluer. Il suffit de quelques scolytes adultes pour transmettre l'agent pathogène et une fois présents, le taux d'infection s'amplifie rapidement à mesure que les générations suivantes de scolytes sont exposées aux spores de l'agent pathogène et qu'un nombre croissant d'arbres mourants sont disponibles pour leur couvée. La conclusion générale est que la réduction des populations de scolytes généralement obtenue grâce à ces interventions de lutte n'a eu que peu d'impact sur la transmission de la maladie hollandaise de l'orme.
Les principales méthodes de prévention et de répression consistent à surveiller les peuplements vulnérables, à entretenir la vigueur des arbres, à éliminer rapidement les arbres morts, endommagés ou infectés et à empêcher le déplacement du bois infecté (par exemple, le bois de chauffage). Des pièges à phéromones sont utilisés pour surveiller la présence de scolytes de l'orme et, dans certains cas, pour tenter de supprimer la population par piégeage de masse. L'assainissement actif est probablement la pratique la plus efficace. L'élagage des branches infectées s'est avéré efficace s'il est maintenu avec diligence, bien qu'une telle approche soit plus susceptible de retarder plutôt que d'arrêter la progression de la maladie. L'élimination et la destruction des arbres morts et mourants sont nécessaires. Il est important de restreindre le déplacement du bois de chauffage ou de tout bois avec écorce hors des zones infectées, car il s'agit d'une voie courante de transmission des scolytes et des pathogènes.
Les ormes infectés dans les zones d'agrément peuvent être remplacés par des essences non vulnérables. Il semble y avoir une base génétique à la vulnérabilité, donc la collecte de graines de jeunes ormes apparemment résistants à la maladie hollandaise de l'orme serait une étape vers l'établissement de stocks résistants.
Les stratégies de répression d’un ravageur particulier varient suivant plusieurs facteurs, notamment :
- le niveau de la population du ravageur (c'est-à-dire le nombre de ravageurs présents sur l'hôte ou les hôtes affectés);
- les dommages prévus ou toute autre conséquence négative résultant de l'activité du ravageur et du niveau de sa population sur l'hôte, les biens ou l'environnement;
- la compréhension du cycle de vie du ravageur, de ses divers stades de développement, de même que des divers agents biotiques et non biotiques qui affectent les niveaux de ses populations;
- le nombre de spécimens hôtes touchés (un seul arbre hôte, un petit groupe d’arbres hôtes, une plantation, une forêt);
- la valeur attribuée à l'hôte ou aux hôtes compte tenu des coûts rattachés aux approches de lutte contre le ravageur;
- la prise en considération des diverses approches de lutte de nature sylvicole, mécanique, chimique, biologique et naturelle, de même que de les avantages et désavantages de chacune.
L’acquisition d’information sur chacun de ces facteurs est nécessaire aux prises de décisions relatives à l’application de l’une ou l’autre des stratégies de lutte contre un ravageur. Ces facteurs devront être soigneusement mis en balance par rapport aux coûts et avantages avant qu’on entreprenne toute action contre un ravageur particulier.
Les phéromones et les pesticides sont définis comme des produits antiparasitaires et sont réglementés au Canada. Les produits homologués pour lutter contre le scolyte européen de l'orme dans des situations particulières peuvent changer d'une année à l'autre. Ainsi, pour connaître les produits actuellement homologués et pour obtenir des renseignements quant à leur usage contre ce ravageur, veuillez consulter la base de données Information sur les produits antiparasitaires de Santé Canada. Tout produit homologué devrait être appliqué en fonction de la taille de la population et seulement lorsque nécessaire et au stade de vie indiqué. Il est recommandé également de consulter un professionnel local en arboriculture. Les pesticides peuvent être toxiques pour les humains, les animaux, les oiseaux, les poissons et d’autres insectes utiles. Veuillez, par conséquent, appliquer les produits homologués uniquement en cas de besoin et conformément aux indications inscrites sur l’étiquette du fabricant. Dans certaines juridictions et certaines situations, seul un professionnel autorisé peut appliquer des pesticides. Il est recommandé de consulter les autorités locales compétentes pour déterminer les réglementations locales en vigueur.
Photos
Références sélectionnées
Allen, E.A. et Humble, L.M. 2002. Nonindigenous species introductions: a threat to Canada’s forests and forest economy. Revue canadienne de phytopathologie, 24, 103-110. https://www.tandfonline.com/doi/epdf/10.1080/07060660309506983?needAccess=true [Consulté en octobre 2024]
Davis, R.S. 2011. Elm bark beetles and Dutch elm disease. Utah Pests Fact Sheet. ENT-147-11. 3 p. https://digitalcommons.usu.edu/cgi/viewcontent.cgi?article=1895&context=extension_curall [Consulté en octobre 2024]
Martín, J.A.; Domínguez, J.; Solla, A.; Brasier, C.M.; Webber, J.F.; Santini, A.; Martínez-Arias, C.; Bernier, L. et Gil, L. 2023. Complexities underlying the breeding and deployment of Dutch elm disease resistant elms. New Forests, 54, 661-696. https://doi.org/10.1007/s11056-021-09865-y
Martín, J.A.; Sobrino-Plata, J.; Rodríguez-Calcerrada, J.; Collada, C. et Gil, L. 2019. Breeding and scientific advances in the fight against Dutch elm disease: Will they allow the use of elms in forest restoration? New Forests, 50, 183-215. https://doi.org/10.1007/s11056-018-9640-x
Santini, A. et Faccoli, M. 2015. Dutch elm disease and elm bark beetles: a century of association. iForest, 8(2), 126-134. https://doi.org/10.3832/ifor1231-008
Smith, S.M. et Hulcr, J. 2015. Scolytus and other economically important bark and ambrosia beetles. Pages 495-531 dans F.E. Vega et R.W. Hofstetter, éditeurs. Bark beetles: biology and ecology of native and invasive species. Elsevier, Amsterdam. https://doi.org/10.1016/B978-0-12-417156-5.00012-5
Van Driesche, R.G.; LaForest, J.H.; Bargeron, C.T.; Reardon, R.C. et Herhily, M. 2013. Forest pest insects in North America: a photographic guide. USDA-Forest Service, Forest Health Technology Enterprise Team. FHTET 2012-02. 702 p. https://www.fs.usda.gov/foresthealth/technology/pdfs/Forest_Pest_Insects_Photo_Guide_508.pdf [Consulté en octobre 2024]