Maladie hollandaise de l'orme
- Nom de la maladie en anglais : Dutch elm disease
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Nom des agents pathogènes :
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Ophiostoma ulmi
(Buisman) Nannf.
- Ophiostoma novo-ulmi Brasier
- Ophiostoma ulmi (Buisman) Nannf.
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Ophiostoma ulmi
(Buisman) Nannf.
- Règne : Fungi
- Embranchement : Ascomycota
- Classe : Sordariomycetes
- Ordre : Ophiostomatales
- Famille : Ophiostomaceae
Renseignements généraux et importance
La maladie hollandaise de l'orme, ainsi appelée parce que la maladie a été décrite pour la première fois aux Pays-Bas, est causée par les agents pathogènes fongiques Ophiostoma ulmi et O. novo-ulmi. Elle affecte plusieurs espèces d'ormes (Ulmus) en Europe et en Amérique du Nord et est propagée par des scolytes qui attaquent les ormes. La maladie a été découverte pour la première fois au Canada, au Québec, en 1944. On suppose qu'O. ulmi est arrivé dans des caisses en bois d'orme infectées qui ont été utilisées pour emballer des machines en provenance d'Europe au début de la Seconde Guerre mondiale. Un deuxième pathogène plus virulent, O. novo-ulmi, a été introduit au Canada plus récemment et est devenu le pathogène dominant responsable de la maladie hollandaise de l'orme. Le pathogène et la maladie qui en résulte se sont depuis propagés au Canada et causent des dommages importants aux ormes dans la majeure partie du pays. Les coûts économiques associés à la gestion des arbres touchés et à la perte de valeur d'agrément qui se produit lorsque les arbres de boulevard sont enlevés sont considérables. Les villes touchées dans les provinces où la maladie est présente mènent des activités de lutte pour ralentir la propagation de la maladie. Dans les provinces actuellement exemptes de la maladie hollandaise de l’orme, des efforts concertés sont déployés pour empêcher l’établissement de l’agent pathogène dans ces zones.
Aire de répartition et hôtes
La maladie hollandaise de l'orme est présente dans la majeure partie du Canada, à l'exception des provinces de l'Alberta et de la Colombie-Britannique. L'orme d'Amérique (Ulmus americana), l'orme liège (U. thomasii) et l'orme rouge (U. rubra) sont tous très vulnérables à la maladie et cette dernière peut être trouvée dans l'aire de répartition naturelle de ces hôtes au Canada et aux États-Unis. L'orme de Sibérie (U. pumila) et l'orme de Chine (U. parviflora), introduits, sont modérément résistants à la maladie. Bien que la recherche à ce sujet soit encore en cours, l'Asie de l'Est est probablement l'aire de répartition indigène des agents pathogènes.
Parties de l'arbre affectées
Tissus vasculaires des rameaux, des branches et du tronc.
Symptômes et signes
Les premiers symptômes de la maladie sont le jaunissement et le brunissement des feuilles des branches d'orme infectées, suivis d'un flétrissement et d'une défoliation. À mesure que l'agent pathogène se propage dans l'arbre, le flétrissement et le nombre de branches mortes augmentent. L'agent pathogène peut se propager le long du tronc principal, du point d'infection jusqu'aux racines, tuant finalement l'arbre. Le flétrissement initial peut être visible au cours de la première année d'infection et les arbres peuvent mourir en 1 à 4 ans.
Une coupe transversale d'une branche infectée révèle des anneaux sombres dans l'aubier externe et des tissus xylémiques décolorés. Les signes de l'état sexuel d'O. novo-ulmi sont des périthèces noirs à long col (base globuleuse, 75 à 140 micromètres de large, col de 19 à 36 micromètres à la base, 9 à 14 micromètres à l'extrémité et 230 à 640 micromètres de long), qui produisent des ascospores (hyalines, unicellulaires, en forme de segment orange, 4,5 à 6,0 micromètres sur 1,0 à 1,5 micromètre). Ces structures fongiques sont présentes dans les galeries des coléoptères.
Cycle de la maladie
L'agent pathogène est transporté d'arbre en arbre par l'intermédiaire de spores qui adhèrent à l'extérieur des scolytes de l'orme. Il existe trois espèces de scolytes qui sont attirées par les ormes morts ou mourants et agissent comme vecteurs : le scolyte de l'orme indigène (Hylurgopinus rufipes), le scolyte européen de l'orme (Scolytus multistriatus) et le scolyte asiatique de l'orme (S. schevyrewi). Ces deux dernières espèces ne sont pas originaires d'Amérique du Nord et ont été introduites accidentellement d'Europe. L'agent pathogène dépend de ces coléoptères pour sa dispersion sur de longues distances. Ces coléoptères creusent des galeries dans les ormes où ils s'accouplent, excavent des galeries et pondent leurs œufs. Au cours du processus d'infestation par le scolyte, l'agent pathogène s'établit dans l'arbre lorsque les spores attachées au scolyte sont libérées et déplacées par la sève qui coule dans les tissus vasculaires de l'arbre. Après son établissement dans l'arbre, l'agent pathogène se propage dans les tissus vasculaires, puis vers la tige principale et les racines. Une fois l'agent pathogène présent dans les racines, il est possible que l'infection soit transmise à d'autres ormes par des greffes de racines. Les coléoptères deviennent adultes sous l'écorce de l'arbre malade où les spores de l'agent pathogène adhèrent au scolyte adulte et l'agent pathogène est ensuite propagé par ces derniers lorsqu’ils émergent et se déplacent vers les arbres voisins.
Dommages
Lorsque le tissu vasculaire d'une branche est obstrué par les thylles, le transport de l'eau est inhibé et le feuillage de la branche affectée jaunit, se flétrit et tombe. Le pathogène produit également une toxine, la cérato-ulmine, qui contribue au flétrissement. En conséquence, des branches mortes apparaissent dans la couronne de l'arbre, par ailleurs saine. Au fur et à mesure que l'infection progresse vers le bas de l'arbre, d'autres branches sont infectées et lorsque le pathogène pénètre dans le tronc principal, il peut descendre pour infecter le système racinaire. À ce stade, l'arbre succombe à l'infection et meurt. Chez les hôtes très vulnérables, la mort peut survenir dans l'année suivant l'infection, bien que cela prenne plus de temps chez les hôtes plus résistants. En ce qui concerne les impacts écologiques, la maladie hollandaise de l'orme a entraîné une grande diminution dans la prévalence de l'orme dans toute son aire de répartition naturelle dans l'est et le centre du Canada. Les effets les plus dévastateurs ont été observés sur les populations d'ormes d'Amérique, dont 95 % ont été tuées par la maladie. Cependant, on trouve encore quelques ormes jeunes et d'âge moyen dans la nature, mais ces ormes relativement peu nombreux n'atteignent souvent pas la taille qu'ils avaient avant l'introduction de la maladie, car les arbres plus âgés sont souvent attaqués de préférence par un ou plusieurs scolytes de l'orme. La maladie hollandaise de l'orme a également eu un impact significatif sur les ormes urbains. À Montréal, près de 90 % des ormes de la ville ont succombé à la maladie entre 1970 et 1980, et Toronto avait perdu 80 % de sa population d'ormes dès 1976. Les ormes jouent un rôle important comme arbres d'ombrage dans de nombreuses zones urbaines et de nombreuses villes de l'Ouest canadien s'efforcent activement soit d'empêcher l'introduction de cette maladie dans leurs populations d'ormes urbains, soit de réduire les pertes d'arbres là où la maladie s'est établie.
Prévention et répression
Les stratégies de répression d’un ravageur particulier varient suivant plusieurs facteurs, notamment :
- le niveau de la population du ravageur (c'est-à-dire le nombre de ravageurs présents sur l'hôte ou les hôtes affectés);
- les dommages prévus ou toute autre conséquence négative résultant de l'activité du ravageur et du niveau de sa population sur l'hôte, les biens ou l'environnement;
- la compréhension du cycle de vie du ravageur, de ses divers stades de développement, de même que des divers agents biotiques et non biotiques qui affectent les niveaux de ses populations;
- le nombre de spécimens hôtes touchés (un seul arbre hôte, un petit groupe d’arbres hôtes, une plantation, une forêt);
- la valeur attribuée à l'hôte ou aux hôtes compte tenu des coûts rattachés aux approches de lutte contre le ravageur;
- la prise en considération des diverses approches de lutte de nature sylvicole, mécanique, chimique, biologique et naturelle, de même que de les avantages et désavantages de chacune.
L’acquisition d’information sur chacun de ces facteurs est nécessaire aux prises de décisions relatives à l’application de l’une ou l’autre des stratégies de lutte contre un ravageur. Ces facteurs devront être soigneusement mis en balance par rapport aux coûts et avantages avant qu’on entreprenne toute action contre un ravageur particulier.
Pour empêcher la propagation des scolytes vers de nouveaux arbres hôtes, les villes ont imposé des interdictions d’élagage pendant la période d’activité des scolytes. Les dates des interdictions d’élagage peuvent être obtenues sur les sites Web des villes. La lutte active doit être maintenue dans les villes où la maladie est présente afin de maintenir la population de l’agent pathogène aussi faible que possible et de minimiser les pertes d’arbres. Si des arboriculteurs urbains remarquent des branches mortes, les branches affectées doivent être enlevées et le matériel infecté brûlé pour détruire le champignon et les scolytes vivant dans les tissus des branches. Du point de vue de la sécurité publique, il est également important que ces branches mortes, ou ces arbres morts, soient enlevés pour éviter que le public ne soit blessé en cas de chute d’une branche morte. Il est recommandé de privilégier des espèces d’ormes plus résistantes, comme l’orme de Sibérie, pour les plantations d’agrément.
Pour empêcher l’établissement du pathogène dans les villes exemptes de la maladie, il faut respecter les règles relatives au transport du bois de chauffage et les mettre en oeuvre afin d’empêcher le déplacement involontaire sur de longues distances des coléoptères porteurs du pathogène. En Alberta, l’organisme Society to Prevent Dutch Elm Disease (STOPDED) fournit du matériel de sensibilisation pour éduquer le public et empêcher l’établissement du pathogène dans la région.
Dans les villes exemptes de la maladie hollandaise de l’orme, des arboristes devraient être formés pour identifier les arbres symptomatiques. Du matériel provenant des arbres symptomatiques devrait être collecté et la présence du pathogène confirmée en laboratoire. Si la présence du pathogène est confirmée, les arbres infectés devraient être éliminés le plus rapidement possible pour empêcher l’établissement d’une population du pathogène dans la ville. Un programme de piégeage des scolytes, centré autour de la zone où le pathogène a été détecté pour la première fois, devrait également être lancé afin de comprendre la répartition du pathogène. Si les arbres tués par la maladie hollandaise de l’orme ne sont pas éliminés, ils deviendront une source d’inoculum du pathogène qui sera ensuite distribué par la progéniture des scolytes attirés par les arbres morts, réduisant ainsi la probabilité d’une éradication réussie. Au fur et à mesure que les arbres sont remplacés dans le paysage, il convient de privilégier les espèces d’arbres résistants au pathogène. Des efforts sont également en cours pour développer des ormes résistants à la maladie.
Si l'agent pathogène n'est pas éradiqué avec succès, une stratégie de gestion à long terme sera nécessaire. Les activités de gestion comprennent des relevés annuels pour éliminer les arbres infectés et l'enlèvement des arbres morts dangereux. La protection des arbres de grande valeur peut être assurée par l'injection d'un fongicide approuvé dans la tige par un applicateur autorisé. Les pesticides homologués pour lutter contre les agents pathogènes qui causent la maladie hollandaise de l’orme dans des situations particulières peuvent changer d'une année à l'autre. Ainsi, pour connaître les produits actuellement homologués et pour obtenir des renseignements quant à leur usage contre ce ravageur, veuillez consulter la base de données Information sur les produits antiparasitaires de Santé Canada. Tout produit homologué devrait être appliqué en fonction de la taille de la population et seulement lorsque nécessaire et au stade de vie indiqué. Il est recommandé également de consulter un professionnel local en arboriculture. Les pesticides peuvent être toxiques pour les humains, les animaux, les oiseaux, les poissons et d’autres insectes utiles. Veuillez, par conséquent, appliquer les produits homologués uniquement en cas de besoin et conformément aux indications inscrites sur l’étiquette du fabricant. Dans certaines juridictions et certaines situations, seul un professionnel autorisé peut appliquer des pesticides. Il est recommandé de consulter les autorités locales compétentes pour déterminer les réglementations locales en vigueur.
Les coûts économiques associés à la maladie hollandaise de l'orme sont élevés. Dans les zones exemptes de la maladie, il convient de mener des actions de sensibilisation auprès du public, car éviter l'introduction de la maladie est la première étape pour protéger les ormes urbains. Si un orme malade est découvert dans une nouvelle zone, tous les efforts doivent être faits pour éradiquer la maladie. Les activités d'éradication sont dispendieuses, mais les coûts des activités de gestion à plus long terme, en plus de la perte coûteuse d'ormes, sont plus élevés.
Photos
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