Scolyte asiatique de l’orme
- Nom commun anglais : Banded elm bark beetle
- Nom scientifique : Scolytus schevyrewi Semenov
- Règne : Animalia
- Embranchement : Arthropoda
- Classe : Insecta
- Ordre : Coleoptera
- Famille : Curculionidae
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Liste partielle des synonymes :
- Eccoptogaster emarginatus Wichmann
- Scolytus seulensis Murayama
- Scolytus sinensis Eggers
Renseignements généraux et importance
Le scolyte asiatique de l'orme est originaire d'Asie centrale et du nord-est. Il a été identifié pour la première fois dans l'ouest de l'Amérique du Nord en 2003, mais a probablement été introduit une décennie ou plus auparavant. Il est établi au Canada, de la Colombie-Britannique au Québec, et dans une grande partie des États-Unis contigus. Ses principaux hôtes sont les ormes (Ulmus).
La plus grande menace posée par le scolyte asiatique de l'orme est son potentiel en tant que vecteur de pathogènes fongiques introduits (Ophiostoma ulmi et O. novo-ulmi) responsable de la maladie hollandaise de l'orme, un flétrissement vasculaire aux conséquences catastrophiques sur les ormes en Amérique du Nord et en Europe. Ophiostoma novo-ulmi qui est plus virulent et qui a été introduit plus récemment que O. ulmi, est devenu l'agent pathogène dominant responsable de la maladie hollandaise de l'orme au Canada. Deux autres scolytes vecteurs de ces agents pathogènes sont déjà présents en Amérique du Nord : le scolyte de l'orme (Hylurgopinus rufipes), une espèce indigène, et le scolyte européen de l'orme (Scolytus multistriatus), une espèce introduite. Le scolyte de l'orme est le vecteur le plus commun au Canada, mais il a été remplacé par le scolyte européen de l'orme dans les parties sud de leurs aires de répartition communes et a envahi l'ouest de l'Amérique du Nord en dehors de l'aire de répartition de l'hôte principal, l'orme d'Amérique (U. americana). Le scolyte asiatique de l'orme pourrait remplacer le scolyte européen de l'orme dans l'ouest de l'Amérique du Nord et le scolyte de l'orme indigène dans certaines parties de son aire de répartition. Le scolyte asiatique de l'orme peut transmettre la maladie hollandaise de l'orme, mais n'est pas plus efficace que les deux autres scolytes de l'orme. Le scolyte asiatique de l'orme et le scolyte européen de l'orme sont les seuls vecteurs importants dans l'ouest de l'Amérique du Nord, en dehors de l'aire de répartition naturelle de l'hôte principal, l'orme. Leurs populations peuvent être soutenues, en partie, par les ormes plantés dans les territoires urbains et les parcs.
Comme pour les autres scolytes de l'orme, les femelles adultes du scolyte asiatique localisent et percent l'écorce des arbres stressés, moribonds ou récemment morts, où elles construisent des galeries et pondent leurs œufs. Ce n'est pas le scolyte qui cause la mortalité des arbres, car les arbres qu'il colonise sont déjà morts. Cependant, si les arbres utilisés pour la couvée ont été infectés par l'agent pathogène responsable de la maladie hollandaise de l'orme, les scolytes qui se développent dans ces arbres sont contaminés par les spores de l'agent pathogène. Lorsque ces adultes se déplacent vers des arbres sains pour se nourrir pendant leur maturation, les spores peuvent infecter l'arbre sain via les cicatrices d'alimentation.
Aire de répartition et hôtes
Le scolyte asiatique de l'orme est originaire du Kazakhstan jusqu'à la Mongolie en Asie centrale, vers l'est à travers la Sibérie jusqu'au nord de la Chine et en Corée. Cet insecte a été introduit en Amérique du Nord, y compris au Mexique. Il est plus commun dans l'ouest de l'Amérique du Nord, mais il est maintenant présent au Canada, de la Colombie-Britannique au Québec, et dans la majeure partie des États contigus des États-Unis, de la côte du Pacifique jusqu’à des endroits dispersés dans les États du nord-est. Sa présence n'a pas été confirmée dans le sud-est des États-Unis.
Les principaux arbres hôtes indigènes au Canada et aux États-Unis sont l'orme d'Amérique (U. americana) et l'orme de liège (U. thomasii), d'autres ormes étant vulnérable aux États-Unis. La plupart des ormes introduits en Amérique du Nord sont vulnérables, en particulier le principal hôte en Asie, l'orme de Sibérie (U. pumila), ainsi que l'orme champêtre (U. procera), l'orme blanc européen (U. laevis) et le petit orme (U. minor). Dans son aire de répartition asiatique d'origine, le scolyte asiatique de l'orme est signalé chez plusieurs hôtes feuillus, notamment le saule (Salix), le pois (Caragana), le pommier (Malus) et le cerisier et le prunier (Prunus), mais ceux-ci n’ont pas été enregistrés comme hôtes en Amérique du Nord.
Parties de l'arbre affectées
Les adultes du scolyte asiatique de l'orme se nourrissent dans les fourches des rameaux des ormes vivants. C'est un site courant d'infection par les spores du champignon pathogène. Les femelles creusent des galeries dans l'écorce des arbres moribonds, creusant des galeries dans l'écorce interne où elles pondent leurs œufs. Les larves écloses construisent des tunnels d'alimentation dans le phloème perpendiculairement à la galerie d'œufs.
Symptômes et signes
L'activité alimentaire des adultes dans les fourches des rameaux vivants situés dans la canopée des arbres sains n'est généralement pas évidente, surtout lorsqu'on les regarde depuis le sol. On peut voir de la poussière de forage autour des trous d'entrée percés par l’insecte dans les arbres moribonds. Retirer l'écorce révèle des galeries d'œufs verticales et des tunnels d'alimentation des larves rayonnant vers l'extérieur à partir des galeries. Les galeries d'œufs sont construites verticalement, dans le sens du fil du bois. Les œufs sont pondus le long du bord de la galerie et la femelle retourne à l'entrée et meurt. Les larves qui éclosent creusent des tunnels perpendiculairement à la galerie d'œufs à travers le phloème, se croisant parfois. Les larves sont des larves blanches, sans pattes, à tête brune. Les pupes sont frêles et blanches avec des caractéristiques adultes visibles, notamment des pattes et des antennes. Les adultes mesurent 2,7 à 4,3 millimètres de long et une large bande transversale sombre traverse la couverture de leurs ailes (élytres).
Cycle de vie
En Asie, le scolyte asiatique de l'orme produit annuellement deux à trois générations qui se chevauchent. Des informations limitées sur le sujet au Canada suggèrent qu'il n'y a pas plus de deux générations. Cet insecte hiverne sous forme de larves matures, possiblement sous forme de pupes ou d'adultes, bien que la survie de ces derniers stades soit faible. Les adultes qui émergent au printemps se nourrissent dans les fourches des rameaux des arbres vivants jusqu'à leur maturation complète. C'est la période la plus probable où les spores de l'agent pathogène responsable de la maladie hollandaise de l'orme sont transmises. Les scolytes femelles localisent les arbres stressés ou moribonds grâce aux substances volatiles de l'hôte et percent l'écorce jusqu'au phloème. Il n'y a aucune preuve de phéromones libérées pour déclencher une attaque massive comme chez les autres espèces de scolytes. La femelle est rejointe par un mâle et s'accouple. Les galeries d'œufs sont construites verticalement, dans le sens du fil du bois par les femelles. Les œufs sont ensuite pondus le long du bord de la galerie et la femelle retourne à l'entrée et meurt. Les larves qui éclosent creusent un tunnel perpendiculairement à la galerie d'œufs à travers le phloème. Les larves du dernier stade migrent vers l'écorce externe, forment une loge et se transforment en pupes. Les adultes émergent par des trous creusés dans l'écorce.
Dommages
Les dommages causés aux rameaux des cimes des arbres sains par les adultes qui se nourrissent sont peu visibles, mais sont probablement des sites d'infection par les agents pathogènes responsables de la maladie hollandaise de l'orme. Les couvées sont produites dans les arbres et les grosses branches stressés, moribonds ou déjà morts. La mort de l'arbre est causée par l'agent pathogène fongique transmis et non par le scolyte. La maladie hollandaise de l'orme a causé une mortalité catastrophique chez l'orme, qui était autrefois un arbre feuillu dominant de l'est de l'Amérique du Nord et un arbre d'agrément privilégié en milieu urbain.
Prévention et répression
Le cycle biologique, la zone d'invasion et les habitudes du scolyte asiatique de l'orme sont similaires à ceux du scolyte européen de l'orme, tout comme les stratégies de prévention et de répression. La lutte directe contre la maladie hollandaise de l'orme et les vecteurs du scolyte est coûteuse et souvent insuffisante. Il suffit de quelques scolytes adultes pour transmettre l'agent pathogène et, une fois présent, le taux d'infection s'amplifie rapidement à mesure que les générations suivantes de scolytes sont exposées à davantage d'agents pathogènes et se voient confrontées à un nombre croissant d'arbres mourants disponibles pour leur couvée.
La surveillance des peuplements vulnérables, le maintien de la vigueur des arbres, l'élimination rapide des arbres morts, endommagés et infectés et la prévention du déplacement du bois infecté sont les principales méthodes de prévention et de répression. Des pièges appâtés avec des attractifs génériques pour les scolytes (α-pinène et éthanol) ou avec des leurres commerciaux à base de phéromones utilisés pour le scolyte européen de l'orme peuvent être utilisés pour détecter et surveiller les populations de scolytes asiatique de l'orme. L'élagage des branches infectées s'est avéré efficace, bien qu'il soit plus sujet à retarder plutôt qu’à arrêter la progression de la maladie. Il est important d’éliminer et de détruire les arbres morts et mourants. Les restrictions sur le déplacement du bois de chauffage ou de tout bois avec écorce hors des zones infectées sont également importantes.
Les ormes ont été plantés à grande échelle comme arbres d'agrément urbain en dehors de leur aire de répartition naturelle, où ils peuvent être stressés par les sécheresses saisonnières et les conditions urbaines locales, ce qui les rend plus vulnérables aux attaques du scolyte asiatique de l'orme. Le remplacement des arbres infectés par des espèces non vulnérables est une option. Il semble y avoir une base génétique à la vulnérabilité, donc la collecte de graines de jeunes ormes apparemment résistants à la maladie hollandaise de l'orme serait une étape vers l'établissement de stocks résistants.
Les stratégies de répression d’un ravageur particulier varient suivant plusieurs facteurs, notamment :
- le niveau de la population du ravageur (c'est-à-dire le nombre de ravageurs présents sur l'hôte ou les hôtes affectés);
- les dommages prévus ou toute autre conséquence négative résultant de l'activité du ravageur et du niveau de sa population sur l'hôte, les biens ou l'environnement;
- la compréhension du cycle de vie du ravageur, de ses divers stades de développement, de même que des divers agents biotiques et non biotiques qui affectent les niveaux de ses populations;
- le nombre de spécimens hôtes touchés (un seul arbre hôte, un petit groupe d’arbres hôtes, une plantation, une forêt);
- la valeur attribuée à l'hôte ou aux hôtes compte tenu des coûts rattachés aux approches de lutte contre le ravageur;
- la prise en considération des diverses approches de lutte de nature sylvicole, mécanique, chimique, biologique et naturelle, de même que de les avantages et désavantages de chacune.
L’acquisition d’information sur chacun de ces facteurs est nécessaire aux prises de décisions relatives à l’application de l’une ou l’autre des stratégies de lutte contre un ravageur. Ces facteurs devront être soigneusement mis en balance par rapport aux coûts et avantages avant qu’on entreprenne toute action contre un ravageur particulier.
Les phéromones et les pesticides sont définis comme des produits antiparasitaires et sont réglementés au Canada. Les produits homologués pour lutter contre le scolyte asiatique de l'orme dans des situations particulières peuvent changer d'une année à l'autre. Ainsi, pour connaître les produits actuellement homologués et pour obtenir des renseignements quant à leur usage contre ce ravageur, veuillez consulter la base de données Information sur les produits antiparasitaires de Santé Canada. Tout produit homologué devrait être appliqué en fonction de la taille de la population et seulement lorsque nécessaire et au stade de vie indiqué. Il est recommandé également de consulter un professionnel local en arboriculture. Les pesticides peuvent être toxiques pour les humains, les animaux, les oiseaux, les poissons et d’autres insectes utiles. Veuillez, par conséquent, appliquer les produits homologués uniquement en cas de besoin et conformément aux indications inscrites sur l’étiquette du fabricant. Dans certaines juridictions et certaines situations, seul un professionnel autorisé peut appliquer des pesticides. Il est recommandé de consulter les autorités locales compétentes pour déterminer les réglementations locales en vigueur.
Références sélectionnées
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