Agrile du frêne
- Nom commun anglais : Emerald ash borer
- Nom scientifique : Agrilus planipennis Fairmaire
- Règne : Animalia
- Embranchement : Arthropoda
- Classe : Insecta
- Ordre : Coleoptera
- Famille : Buprestidae
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Liste partielle des synonymes :
- Agrilus feretrius Obenberger
- Agrilus marcopoli Obenberger
Renseignements généraux et importance
L’agrile du frêne est un coléoptère destructif de la famille des buprestidés qui se caractérisent par leurs couleurs vives et iridescentes. La présence de ce coléoptère originaire des forêts tempérées du nord-est de l’Asie a été observée en 2002 dans l’État du Michigan aux États-Unis puis dans le sud de l’Ontario au Canada, mais on pense qu’il aurait été introduit dès les années 1990, transporté par inadvertance dans des matériaux d’emballage en bois. Dès 2024, l'agrile du frêne a été trouvée dans toute l'aire de répartition du frêne (Fraxinus) dans l'est de l'Amérique du Nord, y compris dans le sud de l'Ontario et du Québec, et dans des endroits isolés du Canada atlantique, ainsi que dans les villes de Winnipeg (Manitoba) et de Vancouver (Colombie-Britannique). Il est désormais présent dans tous les États américains situés à l’est du 100e méridien, mais on s’attend à ce qu’il occupe toute l’aire de répartition du frêne, allant du sud-ouest américain jusqu’à la côte du Pacifique. L’agrile du frêne est d’autant inoffensif dans son aire de répartition d’origine qu’il est plutôt rare. En Amérique du Nord toutefois, sa présence produit des effets dévastateurs sur les frênes indigènes, la plupart des frênes mourant 10 ans après avoir été infestés. Les frênes à croissance libre des milieux urbains sont particulièrement vulnérables aux attaques.
L’agrile du frêne est l’un des premiers insectes introduits qui a été en mesure de menacer tout un groupe d’arbres indigènes, comme l’ont fait les agents pathogènes responsables du chancre du châtaignier et de la maladie hollandaise de l’orme. Des impacts écologiques d’importance pourraient être irréversibles.
Aire de répartition et hôtes
L’agrile du frêne est originaire du nord-est de l’Asie comprenant la Chine, la Russie, la Mongolie, le Japon et la Corée. Sur ces territoires, l’agrile n’attaque que les frênes affaiblis ou stressés. Après avoir été introduite au Canada, l’espèce s’est répandue du sud-est de l’Ontario et du Québec jusqu’au Nouveau-Brunswick et en Nouvelle-Écosse, de même qu’à quelques endroits isolés plus à l’ouest du lac Supérieur jusqu’à la ville de Winnipeg au Manitoba. Cet insecte a été détecté récemment sur des frênes dans la ville de Vancouver, en Colombie-Britannique. Il y a peu de variations entre les espèces de frênes dans leur capacité à résister aux attaques de l’agrile.
Parties de l'arbre affectées
Les adultes de l'agrile du frêne se nourrissent des feuilles et causent peu de dommages. Les larves qui minent les tissus vasculaires vivants de l'arbre interrompent la translocation de l'eau et des nutriments et tuent les arbres.
Symptômes et signes
Le vert métallique irisé de l’agrile adulte et sa taille relativement grande (8 à 14 millimètres) attirent plus facilement l’attention que le font d’autres insectes, mais l’agrile du frêne demeure difficile à observer, car il se tient dans la strate supérieure du couvert des arbres. Les adultes causent une certaine défoliation, mais ce sont les larves qui causent le plus de dommages en creusant des galeries sinueuses derrière l’écorce (10 à 50 centimètres de longueur), remplies de sciure de bois et d’excréments. Les larves ont un corps blanc, mince et allongé avec des segments élargis juste derrière la tête. Leur longueur peut atteindre 25 à 30 millimètres. Les trous en forme de D (3 à 4 millimètres de diamètre) dans l'écorce révèlent l'endroit où les adultes ont émergé après la pupaison. Les pics agrandissent souvent ces trous à la recherche de nourriture.
Les feuilles des branches infestées jaunissent avant qu’elles ne se mettent à dépérir. À mesure que l’infestation s’intensifie, des fissures se développent dans l’écorce. Une fois l’arbre affaibli, les attaques s’intensifient. L’arbre meurt généralement au bout de deux à quatre ans.
Cycle de vie
L’agrile du frêne achève son cycle de vie en un an, mais il peut durer deux ans dans des conditions de climat plus frais. L’insecte hiverne dans un arbre hôte principalement sous forme de larve mature (pré-pupe) à l’intérieur de loges qu’il a construit dans l’aubier. Les larves se transforment en pupes au printemps. Les adultes émergent en juin; ils se nourrissent alors de feuilles pendant une à deux semaines, le temps de devenir matures sexuellement. L’envoi de signaux visuels prépare à la période d’accouplement au cours de laquelle les femelles s’accouplent plusieurs fois. Leur capacité de voler peut leur faire parcourir jusqu’à 15 kilomètres. Au moment de pondre leurs œufs, les femelles sont particulièrement attirées par les arbres stressés ou en situation de croissance libre. On pense qu’elles seraient dotées d’une capacité visuelle ou de nature chimique leur permettant de s’orienter vers ces arbres et de les sélectionner. Au cours de leur vie, les femelles pondront de 50 à 90 œufs dans les crevasses d'écorce. Les larves éclosent et pénètrent à travers l’écorce dans le phloème et le cambium, creusant des galeries sinueuses à mesure qu'elles se nourrissent, replies de sciure de bois et d’excréments. Les larves passent par quatre stades, le dernier se terminant à la fin de l'automne. Les larves au dernier stade forment des loges pupales dans l'aubier et passent l'hiver courbées en forme de J.
Dommages
Toutes les espèces de frênes sont vulnérables aux attaques de l’agrile du frêne. Les espèces les plus vulnérables sont le frêne vert (Fraxinus pennsylvanica), le frêne blanc (F. americana) et le frêne noir (F. nigra). Le frêne bleu (F. quadrangulata) semble être l’espèce de frêne indigène la plus résistante. Étant donné la présence importante du frêne dans les paysages urbains et naturels, le haut taux de mortalité qui suit une infestation d’agrile du frêne aura des impacts écologiques et socio-économiques tout aussi importants. Le frêne est un arbre à croissance rapide, capable de bien pousser dans un large éventail de conditions édaphiques et climatiques, en plus d’être résistant en milieu urbain. Il a beaucoup été planté à des fins de restauration d’habitats, de mise en place de brise-vent et de protection d’habitats riverains. La perte considérable de frênes induira des transformations des milieux forestiers à toutes les échelles écosystémiques, depuis le cycle des éléments nutritifs jusqu’au cycle de succession forestière. Cette essence feuillue produit un bois très apprécié pour la fabrication de toute une gamme de produits. Elle sert d’arbre d’agrément autant sur les propriétés publiques que privée.
Dans l’aire de distribution d’origine de l’agrile du frêne, seuls les frênes en situation de stress sont attaqués par l’insecte, c’est pourquoi il est considéré comme un insecte nuisible secondaire. Cela s’apparente à certains de nos buprestidés indigènes, tels que l’agrile du bouleau (Agrilus anxius) qui s’attaque au bouleau (Betula) ou l’agrile du châtaigner (Agrilus bilineatus) qui s’en prend au chêne (Quercus).
Prévention et répression
Les stratégies de répression d’un ravageur particulier varient suivant plusieurs facteurs notamment :
- la densité de population du ravageur (c’est-à-dire le nombre de ravageurs présents sur l’hôte ou les hôtes affectés);
- les dommages prévus ou toute autre conséquence négative résultant de l’activité du ravageur et de la densité de sa population sur l’hôte, les biens ou l’environnement;
- la compréhension du cycle de vie du ravageur, de ses divers stades de développement, de même que des divers agents biotiques et non biotiques qui affectent la densité des populations;
- le nombre de spécimens hôtes touchés (un seul arbre hôte, un petit groupe d’arbres hôtes, une plantation, une forêt);
- la valeur attribuée à l’hôte ou aux hôtes compte tendu des coûts rattachés aux approches de lutte contre le ravageur;
- la prise en considération des diverses approches de lutte de nature sylvicole, mécanique, chimique, biologique et naturelle, de même que les avantages et désavantages de chacune.
L’acquisition d’information sur chacun de ces facteurs est nécessaire aux prises de décisions relatives à l’application de l’une ou l’autre des stratégies de lutte contre un ravageur. Ces facteurs devront être soigneusement mis en balance par rapport aux coûts et avantages avant qu’on entreprenne toute action contre un ravageur particulier.
Les premières tentatives d’éradication de l’agrile du frêne qui consistaient à éliminer les arbres infestés ont été abandonnées une fois que les infestions initiales ont révélé leur ampleur. Le déplacement involontaire de matériel de pépinière, de bois de sciage et de bois de chauffage infestés a favorisé la rapidité de la propagation. La stratégie réglementaire s’est orienté vers le confinement en limitant le déplacement de ces produits forestiers hors des zones infestées.
On a mené une campagne active d’introduction des ennemis naturels de l’agrile du frêne provenant de l’aire d’origine de ce dernier. Mais il faudra attendre vraisemblablement quelques années avant de voir l’impact réel de l’introduction de ces ennemis naturels.
L’élimination des arbres infestées a été l’approche de lutte la plus courante; elle permet de minimiser l’impact et la propagation de l’agrile du frêne. Mais l’efficacité de cette approche dépend de la détection précoce de l’insecte dans une région. Voilà qui pose tout un défi. Le recours aux relevés visuels ne permet pas de détecter une population tant que celle-ci n’est pas bien établie et que les adultes soient capables de se disperser. Les adultes ne semblent pas produire des phéromones à portée élevée rendant inutile l’utilisation de pièges appâtés pour la surveillance. Une méthode opérationnelle consiste à créer des arbres « pièges » en annelant le tronc au printemps pour attirer les femelles qui viennent y déposer leurs œufs; à l’automne ou à l’hiver on enlève l’écorce, exposant ainsi les larves. Cette méthode requiert toutefois beaucoup de main-d’œuvre en plus d’être très couteuse. Une grande partie de l’impact économique rattaché à la lutte initiale contre l’agrile du frêne provient des coûts de l'enlèvement et de l'élimination des arbres infectés, ainsi que le coût de la délimitation des zones de quarantaine et de l'application des restrictions réglementaires, telles que le transport de produits de frêne dont l'écorce est intacte (en particulier le bois de chauffage).
Des graines de frêne de diverses provenances ont été stockées dans différents entrepôts en prévision de la disparition généralisée du frêne sur le territoire.
L’efficacité des insecticides chimiques systémiques a été testée. Ils ont été préférentiellement appliqués par injection sur des arbres individuels. Cette méthode de lutte intensive peut être envisagée étant donné ce qu’il en coûte pour enlever des arbres en milieu urbain. Les pesticides homologués pour lutter contre l’agrile du frêne dans des situations particulières peuvent changer d’une année à l’autre. Ainsi, pour connaître les produits actuellement homologués et pour obtenir des renseignements quant à leur usage contre ce ravageur, veuillez consulter la base de données Information sur les produits antiparasitaires de Santé Canada. Tout produit homologué devrait être appliqué en fonction de la taille de la population et seulement lorsque nécessaire et au stade de vie indiqué. Il est recommandé également de consulter un professionnel local en arboriculture. Les pesticides peuvent être toxiques pour les humains, les animaux, les oiseaux, les poissons et d’autres insectes utiles. Veuillez par conséquent appliquer les produits homologués uniquement en cas de besoin et conformément aux indications inscrites sur l’étiquette du fabricant. Dans certaines juridictions et dans certaines situations, seul un professionnel autorisé peut appliquer des pesticides. Il est recommandé de consulter les autorités locales compétentes pour déterminer les réglementations locales en vigueur.
Photos
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