Tenthrède du mélèze
- Nom commun anglais : Larch sawfly
- Nom scientifique : Pristiphora erichsonii (Hartig)
- Règne : Animalia
- Embranchement : Arthropoda
- Classe : Insecta
- Ordre : Hymenoptera
- Famille : Tenthredinidae
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Liste partielle des synonymes :
- Holocneme erichsoni (Hartig)
- Lygaeonematus erichsoni Konow
- Nematus erichsonii Dahlbom
- Nematus leachei
- Nematus notablis (Konow)
- Tenthredo erichsonii Hartig
Renseignements généraux et importance
L’aire de répartition d’origine de la tenthrède du mélèze, ainsi que son émergence en tant que ravageur forestier au Canada, sont complexes et méconnus. Les divers synonymes scientifiques de l’insecte témoignent de la confusion parmi les taxonomistes quant à ses origines. Les premiers documents scientifiques faisant référence à cet insecte datent de 1835 en Europe du Nord. Au cours des 50 années suivantes, on y note des infestations limitées et irrégulières. Des collectes ultérieures de l’insecte en Sibérie et au Japon laissent entendre qu’il était répandu à travers les forêts de mélèze d’Eurasie. On estime que la tenthrède du mélèze a été introduite en Grande-Bretagne à la fin du 19e siècle, car le mélèze n’est pas une essence indigène en Grande-Bretagne. Au début du 20e siècle, une infestation prolongée a provoqué de graves dommages à de nombreux sites à travers l’Angleterre, l’Écosse et le pays de Galles.
Le premier signalement confirmé de la présence de la tenthrède du mélèze en Amérique du Nord remonte à 1880 au Massachusetts. En quelques années, l’insecte s’est manifesté dans le nord-est des États-Unis et au Canada. Au début du 20e siècle, d’importantes infestations se sont produites à l’ouest des Grands Lacs. En 40 ans, la tenthrède était présente partout où l’on trouvait du mélèze (Larix) d’un bout du pays à l’autre. Au Canada, les dommages les plus importants et durables ont touché les provinces des Prairies et des Maritimes.
L’apparition soudaine et, à l’évidence, la propagation d’infestations de tenthrède vers l’ouest depuis leur point de découverte en Amérique du Nord, en plus de la gravité atypique des infestations, ont permis aux entomologistes de conclure que la tenthrède du mélèze a été introduite en Amérique du Nord. On considérait que l’absence de prédateurs naturels en Amérique du Nord par rapport à l’Europe était la preuve des origines étrangères de l’insecte. Cependant, l’analyse des anneaux de croissance indique une diminution continue de la croissance des mélèzes à plusieurs endroits en Amérique du Nord depuis le 18e siècle. En effet, ces données constituent une preuve indirecte que la tenthrède du mélèze en est responsable. L’identification de souches distinctes de la tenthrède au Canada laisse entendre que des souches à la fois indigènes et introduites involontairement sont à l’origine des infestations enregistrées au cours du 20e siècle.
Aire de répartition et hôtes
Que la tenthrède du mélèze ait été introduite en Amérique du Nord pendant la période coloniale ou qu’elle y ait toujours été présente, elle est désormais holarctique. Elle est présente dans les forêts de mélèze circumpolaires du nord d’Eurasie et d’Amérique du Nord. Au Canada, on a signalé sa présence sur le mélèze laricin (Larix laricina), le mélèze de l’Ouest (L. occidentalis), le mélèze subalpin (L. lyallii) et d’autres espèces exotiques de mélèze d’origine eurasienne.
Parties de l'arbre affectées
La tige et les aiguilles des jeunes pousses sont affectées durant la ponte des œufs, tandis que les larves en développement se nourrissent principalement des « touffes » qui se développent des bourgeons des années précédentes.
Symptômes et signes
La tenthrède adulte femelle dépose ses œufs dans des entailles pratiquées dans la surface inférieure des jeunes pousses, ce qui entrave la croissance d’un côté de la pousse et provoque l’enroulement caractéristique des pousses atteintes. Les larves nouvellement écloses sont d’une couleur blanc crémeux, passant au vert brillant à mesure qu’elles se nourrissent. Au cours de leur développement, la couleur du corps s’assombrit, passant à un vert grisâtre sur la partie supérieure et à un blanc sur la partie inférieure. Elles n’ont aucune marque distincte et la tête est de couleur noire. Elles atteignent une longueur de 16 millimètres une fois rendue au dernier stade larvaire.
Les principaux dommages sont provoqués par les larves qui se nourrissent librement en groupes sur les touffes provenant des pousses des années précédentes. La cime entière de l’arbre peut être défoliée en une saison.
Cycle de vie
La tenthrède du mélèze produit une génération par année et hiverne dans un cocon dans le sol. Les adultes émergent pendant une période prolongée, allant de la fin mai jusqu’au milieu de l’été, de sorte que l’on peut trouver des tenthrèdes à divers stades larvaires pendant la plus grande partie de l’été. La reproduction se fait par parthénogenèse thélytoque, soit le processus par lequel des femelles sont produites sans fécondation. Des tenthrèdes mâles sont rares. Au moyen d’un ovipositeur en forme de scie, les femelles coupent une double rangée d’entailles sur les jeunes pousses pour y déposer leurs œufs. Les œufs éclosent après environ 10 jours. Les larves sont très grégaires et s’alimentent en groupes tout au long de la saison. Elles créent d’abord des entailles dans les aiguilles pour ensuite se nourrir à la base des bourgeons. Lorsqu’elles sont menacées elles peuvent dégager une gouttelette de résine et adopter une position de défense caractérisée par un redressement de l’arrière du corps en forme de S. Les larves se nourrissent pendant environ trois semaines, comportant quatre ou cinq stades, après quoi elles tombent au sol et s’enfouissent dans le sol ou la litière et se tissent un cocon. Certaines d’entre elles peuvent demeurer au stade de cocon pendant deux ans ou plus.
Dommages
Le mélèze est un conifère à feuilles caduques qui perd et voit repousser tout son feuillage chaque année. C’est pourquoi il résiste bien aux défoliations occasionnelles par la tenthrède du mélèze, car les dommages surviennent plus tard dans la saison, après une certaine période de croissance. En Eurasie, la tenthrède du mélèze est rare et de graves dommages provoqués par celle-ci le sont aussi. Cependant, en Amérique du Nord, des infestations récurrentes et prolongées ont entraîné une réduction considérable de la croissance et, dans les cas les plus sévères, la mortalité des arbres.
Prévention et répression
Les stratégies de répression d’un ravageur particulier varient suivant plusieurs facteurs, notamment :
- le niveau de la population du ravageur (c’est-à-dire le nombre de ravageurs présents sur l’hôte ou les hôtes affectés);
- les dommages prévus ou toute autre conséquence négative résultant de l’activité du ravageur sur l’hôte, les biens ou l’environnement;
- la compréhension du cycle de vie du ravageur, de ses divers stades de développement, de même que des divers agents biotiques et non biotiques qui affectent les niveaux de ses populations;
- le nombre de spécimens hôtes touchés (un seul arbre hôte, un petit groupe d’arbres hôtes, une plantation, une forêt);
- la valeur attribuée à l’hôte ou aux hôtes compte tenu des coûts rattachés aux approches de lutte contre le ravageur;
- la prise en considération des diverses approches de lutte de nature sylvicole, mécanique, chimique, biologique et naturelle, de même que les avantages et désavantages de chacune.
L’acquisition d’information sur chacun de ces facteurs est nécessaire aux prises de décisions relatives à l’application de l’une ou l’autre des stratégies de lutte contre un ravageur. Ces facteurs devront être soigneusement mis en balance par rapport aux coûts et avantages avant qu’on entreprenne toute action contre un ravageur particulier.
En raison de la longue période d’alimentation de la tenthrède du mélèze, ainsi que la tolérance relative des mélèzes aux défoliations occasionnelles, les pesticides sont peu pratiques. La plupart des infestations importantes de tenthrède au Canada étaient attribuées à l’absence relative d’ennemis naturels, de parasitoïdes, de prédateurs et de maladies par rapport aux forêts d’Eurasie. Un programme de lutte biologique a été mis en œuvre au début du 20e siècle pour introduire en Amérique du Nord des prédateurs naturels d’Eurasie.
Au début du 20e siècle, une espèce de guêpe parasite (Mesoleius tenthredinis) en provenance d’Angleterre a été introduite avec succès en Ontario. Des introductions subséquentes de la guêpe au Manitoba, en Colombie-Britannique et dans les provinces des Maritimes ont entraîné une généralisation de sa répartition, de forts taux de parasitisme et une diminution considérable des populations de tenthrède. La tenthrède a toutefois fini par développer la capacité d’encapsuler les œufs de la guêpe, s’immunisant ainsi contre ses attaques. Les populations de tenthrède se sont ensuite redressées à de fortes densités. À la fin des années 1950, une différente souche de ce parasitoïde en provenance d’Allemagne a été introduite et est devenue la souche dominante.
Une deuxième espèce de guêpe parasite venue d’Europe, Olesicampe benefactor, a été introduite au Manitoba et en Saskatchewan dans les années 1960. Les populations de celle-ci ont augmenté rapidement, mais se sont propagées lentement, de sorte qu’on les a recueillies au Manitoba et introduites avec succès ailleurs au Canada et aux États-Unis. Cette guêpe s’est établie en tant que principal agent de lutte contre la tenthrède du mélèze.
Les pesticides homologués pour lutter contre la tenthrède du mélèze dans des situations particulières peuvent changer d’une année à l’autre. Ainsi, pour connaître les produits actuellement homologués et pour obtenir des renseignements quant à leur usage contre ce ravageur, veuillez consulter la base de données Information sur les produits antiparasitaires de Santé Canada. Tout produit homologué devrait être appliqué en fonction de la taille de la population et seulement lorsque nécessaire et au stade de vie indiqué. Il est recommandé également de consulter un professionnel local en arboriculture. Les pesticides peuvent être toxiques pour les humains, les animaux, les oiseaux, les poissons et d’autres insectes utiles. Veuillez, par conséquent, appliquer les produits homologués uniquement en cas de besoin et conformément aux indications inscrites sur l’étiquette du fabricant. Dans certaines juridictions et dans certaines situations, seul un professionnel autorisé peut appliquer des pesticides. Il est recommandé de consulter les autorités locales compétentes pour déterminer les réglementations locales en vigueur.
Photos
Œufs fraîchement pondus de la tenthrède du mélèze sur un rameau de mélèze laricin.
Jean-Paul Laplante
Une pousse de mélèze laricin de l'année en cours s'est recourbée en raison de blessures infligées lors de la ponte par la femelle adulte de la tenthrède du mélèze.
Paul Benoît
Une colonie de larves de la tenthrède du mélèze se nourrissant d'aiguilles de mélèze laricin.
Jean-François Mouton
Gros plan d'un rameau de mélèze laricin endommagée par la tenthrède du mélèze pendant la ponte. Les œufs découpés dans les fentes du rameau ont éclos et les larves ont émergé.
Thérèse Arcand
Une pousse de mélèze de l'année en cours s'est recourbée en un point d'interrogation en raison de blessures infligées pendant la ponte par la femelle adulte de la tenthrède du mélèze.
Christian Hébert
Références sélectionnées
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