Diprion du sapin
- Nom commun anglais : Balsam fir sawfly
- Autre(s) nom(s) commun(s) : Tenthrède du sapin, mouche à scie du sapin
- Nom scientifique : Neodiprion abietis (Harris)
- Règne : Animalia
- Embranchement : Arthropoda
- Classe : Insecta
- Ordre : Hymenoptera
- Famille : Diprionidae
Renseignements généraux et importance
Le diprion du sapin est un ravageur indigène des forêts de conifères du Canada. Cet insecte peut causer des dommages graves et localisés, mais la mortalité des arbres ne survient généralement qu'en combinaison avec des dommages causés par d'autres insectes ou d'autres facteurs de stress comme la sécheresse. Les arbres défoliés par le stade larvaire de l'insecte ont une vigueur et une croissance réduites. Les infestations de l'insecte se produisent généralement tous les 10 ans et durent de trois à cinq ans. Les tendances récentes montrent des infestations plus longues et plus dommageables, en particulier dans les forêts aménagées et les plantations, ce qui préoccupe l'industrie forestière et les producteurs d'arbres de Noël.
La dénomination commune des diprions, soit « mouches à scie », fait référence à l’ovipositeur en forme de scie dont l’adulte femelle se sert pour couper des entailles sur le feuillage de l’arbre hôte pour y déposer ses œufs. Les œufs non fécondés deviennent des mâles. Les diprions adultes ressemblent à leurs cousines ailées, les abeilles et les guêpes, avec des ailes membraneuses mais une « taille » plus large entre le thorax et l'abdomen.
Aire de répartition et hôtes
Le diprion du sapin est originaire d'Amérique du Nord et on le retrouve partout au Canada, aux États-Unis et vers le sud jusqu'au nord du Mexique. La première infestation de cet insecte consignée au Canada a eu lieu en 1927 en Saskatchewan. Des infestations récentes ont eu lieu dans l'est du Canada, en particulier au Nouveau-Brunswick et à Terre-Neuve-et-Labrador.
La diprion du sapin se nourrit des aiguilles des jeunes sapins baumiers (Abies balsamea) et des sapins semi-matures. Les larves défolient également l'épinette blanche (Picea glauca), l'épinette noire (P. mariana) et le mélèze laricin (Larix laricina).
Parties de l'arbre affectées
Symptômes et signes
Les larves de diprion du sapin ressemblent superficiellement aux larves de papillons de nuit et de papillons (chenilles). Les deux groupes ont trois paires de pattes segmentées sur leur thorax et un nombre variable de fausses pattes non segmentées, ou protubérances charnues en forme de pattes, sur la partie inférieure de leurs segments abdominaux. La différence est que les larves de diprion n'ont pas de fausses pattes ou, plus souvent, six fausses pattes ou plus sur les segments abdominaux, tandis que les chenilles en ont cinq paires ou moins. La variation et le chevauchement importants dans l'apparence des espèces de diprions apparentées rendent l'identification difficile à moins que les caractéristiques de plusieurs stades de vie ne puissent être observées.
Les jeunes larves éclosent à partir d'œufs déposés dans le nouveau feuillage de l'année précédente et commencent à se nourrir en groupes communautaires de 30 à 100 individus. Ces groupes ne consomment initialement que les pourtours extérieurs des aiguilles et laissent des filaments centraux distinctifs non consommés attachés aux brindilles.
Au début de l'été, les premiers signes évidents d'infestation sont la défoliation et les aiguilles jaunes, partiellement consommées et mourantes. La couleur jaune vire progressivement au rouge à mesure que les aiguilles sèchent. Les arbres défoliés ont des extrémités de branches vertes caractéristiques et des aiguilles rouges vers l'intérieur de l'arbre. Après une défoliation importante, les aiguilles rouges tombent au sol, laissant les arbres nus à l'exception du feuillage actuel. Lors d'une infestation, on sent une forte odeur caractéristique de résine de sapin baumier lorsque les aiguilles sont mangées. On trouve des cocons de diprion du sapin parmi le feuillage restant et le long des branches des arbres attaqués. Les cocons de couleur beige sont ovales et mesurent environ 6 sur 3 millimètres.
Les larves du premier stade mesurent environ 2,5 millimètres de long, tandis que les larves adultes peuvent atteindre 20 millimètres avant la pupaison. Les premier et deuxième stades sont de couleur vert clair et ne présentent aucune autre marque. Les troisième à cinquième (ou sixième) stades sont vert foncé avec trois bandes longitudinales plus foncées sur toute la longueur de leur corps. Les adultes émergent des extrémités des cocons. Les adultes ressemblent un peu à une petite guêpe avec quatre ailes transparentes; ils ne piquent cependant pas. Les femelles adultes mesurent de 6 à 8 millimètres de long, ont un corps brun et des antennes en forme de perle contenant de 18 à 20 segments. Les mâles adultes sont légèrement plus petits, mesurant de 4 à 5 millimètres de long, ont un corps noir et des antennes noires en forme de plume avec de 21 à 23 segments. Les larves de diprion du sapin ont un mécanisme de défense particulier lorsqu'elles sont provoquées : elles redressent la tête, régurgitent une gouttelette de terpénoïdes (matière végétale résineuse) et tamponnent cette matière collante sur tout ce qui les menace.
Cycle de vie
Le diprion du sapin ne produit qu'une seule génération par an. L'insecte hiverne sous forme d'œufs dans des fentes découpées le long des bords des aiguilles. Les larves du premier stade éclosent de juin à la mi-juillet. Le développement des diprions du sapin mâles et femelles diffère. Les femelles ont cinq ou six stades de développement larvaire et cette période dure généralement 35 jours. Les mâles ont cinq stades et terminent leur développement en environ 30 jours. Tout au long de l'été, les larves se nourrissent sur les arbres hôtes et en août, lorsqu'elles sont matures, elles tissent un cocon. La pupaison à l'intérieur des cocons dure environ trois à quatre semaines. Les adultes sortent des cocons à la fin d'août ou en septembre, s'accouplent et les femelles fécondées utilisent leur ovipositeur en forme de scie pour découper des fentes le long des bords des aiguilles actuelles, puis déposent un seul œuf dans chaque fente. Les femelles adultes pondent généralement 35 œufs.
Dommages
La mort d'un arbre peut survenir après trois à cinq années consécutives de défoliation grave. Cependant, les populations de diprions s'effondrent généralement avant que cela ne se produise. Les arbres fortement défoliés présentent une réduction de leur taux de croissance et de leur productivité pendant 13 à 18 ans après l'effondrement d'une infestation. Les arbres affaiblis sont plus vulnérables aux attaques secondaires de ravageurs. De plus, les peuplements qui ont subi une défoliation importante présentent un risque d'incendie potentiellement plus élevé en raison des amoncellements d'aiguilles mortes et sèches sur le sol de la forêt.
Depuis 1990, l’est du Canada a connu plusieurs infestations graves dans des régions où l’industrie forestière a investi massivement dans des pratiques sylvicoles telles que l’éclaircie précommerciale. L’éclaircie consiste généralement à éliminer les arbres affaiblis, supprimés ou endommagés afin de permettre aux arbres de plus grande valeur de pousser et d’avoir plus de lumière du soleil pour les arbres du peuplement final. Ces peuplements aménagés de sapins baumier composés d’arbres d’âge jeune à moyen à croissance plus ouverte sont particulièrement vulnérables à la défoliation par le diprion du sapin. Les cycles de défoliation par les insectes sont inhabituellement longs et les densités d’insectes sont plus élevées dans ces peuplements aménagés que dans les peuplements non aménagés. La mortalité des larves due aux prédateurs naturels, aux agents pathogènes et aux parasites dans les peuplements éclaircis est généralement plus faible, ce qui contribue probablement à la longueur des cycles de défoliation. Lorsque les populations de diprions atteignent des niveaux d’infestation, les peuplements non éclaircis de sapin baumier à croissance dense sont également attaqués et défoliés.
Prévention et répression
Les stratégies de répression d’un ravageur particulier varient suivant plusieurs facteurs, notamment :
- le niveau de la population du ravageur (c'est-à-dire le nombre de ravageurs présents sur l'hôte ou les hôtes affectés);
- les dommages prévus ou toute autre conséquence négative résultant de l'activité du ravageur et du niveau de sa population sur l'hôte, les biens ou l'environnement;
- la compréhension du cycle de vie du ravageur, de ses divers stades de développement, de même que des divers agents biotiques et non biotiques qui affectent les niveaux de ses populations;
- le nombre de spécimens hôtes touchés (un seul arbre hôte, un petit groupe d’arbres hôtes, une plantation, une forêt);
- la valeur attribuée à l'hôte ou aux hôtes compte tenu des coûts rattachés aux approches de lutte contre le ravageur;
- la prise en considération des diverses approches de lutte de nature sylvicole, mécanique, chimique, biologique et naturelle, de même que de les avantages et désavantages de chacune.
L’acquisition d’information sur chacun de ces facteurs est nécessaire aux prises de décisions relatives à l’application de l’une ou l’autre des stratégies de lutte contre un ravageur. Ces facteurs devront être soigneusement mis en balance par rapport aux coûts et avantages avant qu’on entreprenne toute action contre un ravageur particulier.
Avant les infestations persistantes et de grande ampleur survenues dans les années 1990 dans l’est du Canada, les infestations de diprions du sapin étaient de courte durée et contrôlées naturellement par des agents pathogènes, des parasites et des prédateurs. Les peuplements forestiers éclaircis réduisent la probabilité de croisement entre les populations de diprions du sapin et, par conséquent, la propagation des agents naturels de lutte biologique. La persistance récente des infestations et la perte de peuplements précieux ont incité à lutter rapidement contre les populations de diprions du sapin.
Un agent pathogène naturel présent dans les populations de diprions du sapin est un virus spécifique à l'hôte appelé virus de la polyédrose nucléaire. À mesure qu'une infestation se développe, ce virus se multiplie dans la population de diprions du sapin et agit comme un moyen de lutte naturel. La pulvérisation de ce virus sur des arbres, des plantations et des peuplements individuels exposera rapidement les insectes au virus, accélérant ainsi l'effondrement. Les larves consomment le virus à partir du feuillage pulvérisé. L'application du virus lorsque les larves sont jeunes lui donnera le temps de se multiplier à l'intérieur du corps de l’insecte et de provoquer la mortalité, sauvant ainsi des arbres et des peuplements de grande valeur.
Les pesticides homologués pour lutter contre le diprion du sapin dans des situations particulières peuvent changer d'une année à l'autre. Ainsi, pour connaître les produits actuellement homologués et pour obtenir des renseignements quant à leur usage contre ce ravageur, veuillez consulter la base de données Information sur les produits antiparasitaires de Santé Canada. Tout produit homologué devrait être appliqué en fonction de la taille de la population et seulement lorsque nécessaire et au stade de vie indiqué. Il est recommandé également de consulter un professionnel local en arboriculture. Les pesticides peuvent être toxiques pour les humains, les animaux, les oiseaux, les poissons et d’autres insectes utiles. Veuillez, par conséquent, appliquer les produits homologués uniquement en cas de besoin et conformément aux indications inscrites sur l’étiquette du fabricant. Dans certaines juridictions et certaines situations, seul un professionnel autorisé peut appliquer des pesticides. Il est recommandé de consulter les autorités locales compétentes pour déterminer les réglementations locales en vigueur.
Photos
Nouvelle pousse de sapin montrant de nombreuses aiguilles porteuses de cicatrices de ponte
Thérèse Arcand
Adultes femelle et mâle à proximité de leur cocon respectif (longueur : 6 à 8 mm et 4 à 5 mm, respectivement)
Thérèse Arcand
Rameau de sapin défolié : 1) le feuillage de l'année est intact, 2) celui d'un an est rongé et rougi et 3) celui de deux ans est disparu
Thérèse Arcand
Références sélectionnées
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