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Diprion européen de l'épinette

Renseignements généraux et importance

Le diprion européen de l'épinette fait partie d'une famille d'insectes qui utilisent tous leur ovipositeur en forme de scie pour déposer leurs œufs dans les tissus des plantes. Les larves qui éclosent de ces œufs se nourrissent ensuite sur le feuillage de la plante hôte. Le diprion européen de l'épinette est un ravageur introduit des forêts et des épinettes (Picea) en général. Il a été détecté pour la première fois près d'Ottawa, Ontario, en 1922. On ignore comment le diprion a été introduit au Canada, mais la voie la plus probable serait son importation sur des arbres horticoles.

L'insecte est un ravageur principal de l'épinette noire (Picea mariana) et de l'épinette blanche (P. glauca), mais il se nourrit de toutes les espèces d'épinette. Tous les âges des arbres sont susceptibles d'être endommagés par le diprion européen de l'épinette, mais les arbres plus jeunes peuvent succomber plus rapidement. Des infestations de cet insecte ont été observées pour la première fois en 1930 dans la région de la Gaspésie, au Québec, et se sont propagées dans les Maritimes, l'est du Québec et les régions adjacentes des États-Unis avant de s'effondrer à la fin des années 1930 grâce à la combinaison d'un pathogène viral introduit et d'agents de lutte biologique. Aucune infestation significative n'a été enregistrée depuis la fin des années 1940.

Aire de répartition et hôtes

Le diprion européen de l'épinette est observé au Canada, du Manitoba vers l'est jusqu'aux provinces de l'Atlantique, y compris Terre-Neuve-et-Labrador, et peut également être présent en Colombie-Britannique et en Alberta. Aux États-Unis, l'insecte est signalé du Maine à la Caroline du Sud et en Géorgie ainsi qu'au Michigan, au Minnesota et dans l’état de Washington. L'aire de répartition naturelle se situe probablement en Europe centrale et du Nord et en Asie du Nord, s'étendant jusqu'à la Corée et le Japon. On a également relevé son introduction dans les îles britanniques.

Le diprion européen de l'épinette se nourrit de la plupart des espèces d'épinette. Au Canada, l'épinette noire et l'épinette blanche sont les espèces les plus touchées. Cependant, l'épinette blanche est un hôte privilégié et a connu un déclin et une mortalité plus élevés lors des infestations. L'insecte se nourrit aussi du feuillage de l'épinette rouge (P. rubens), l'épinette du Colorado (P. pungens) et l'épinette de Sitka (P. sitchensis). L'épinette de Norvège (P. abies) est le principal hôte de l'aire de répartition indigène.

Parties de l'arbre affectées

Aiguilles

Symptômes et signes

Les œufs du diprion européen de l'épinette sont vert pâle, mesurent 0,5 à 1,9 millimètres de long et sont pondus dans des aiguilles d'un an. Les larves du diprion européen de l'épinette sont le stade le plus visible, commençant par un jaune pâle passant au vert foncé avec cinq bandes blanches longitudinales à mesure qu'elles deviennent matures. La tête de la larve est noire chez les jeunes stades et brune chez les larves plus âgées. Les larves de l'insecte mesurent 15 à 20 millimètres de long à maturité. Le stade adulte de l'insecte est noir avec des marques jaunes et mesure 4,0 à 9,6 millimètres de long.

Les larves du diprion européen de l'épinette mangent les aiguilles des épinettes infestés. L'insecte préfère le feuillage âgé d'un à trois ans, mais peut manger du nouveau feuillage, surtout lorsqu'il infeste l'épinette blanche, lorsque les arbres sont fortement défoliés.

Les dommages causés par le diprion européen de l'épinette commencent souvent dans la partie inférieure de la couronne et en bordure des peuplements. Les larves plus jeunes peuvent être difficiles à voir, mais deviennent plus visibles à mesure qu'elles vieillissent. L'insecte produit de gros excréments vert vif qui peuvent s'accumuler dans le feuillage ou sur la litière.

Cycle de vie

Le diprion européen de l'épinette compte une à trois générations par an en Amérique du Nord, deux générations étant plus courantes au Canada. La première génération émerge de mai à juin et les femelles pondent leurs œufs individuellement dans les aiguilles. Ces œufs éclosent après environ 10 jours et nécessitent environ 40 jours pour terminer leur développement. Une fois que les larves ont fini de se nourrir, elles tombent au sol et se transforment en pupe dans le sol sous l'arbre. La deuxième génération émerge de juillet à août et il peut y avoir un chevauchement des générations sur les mêmes plants. L'insecte hiverne dans la litière ou sous terre, au pied des arbres, sous forme de pupe, et peut résister à des températures aussi basses que -27oC. Certains individus peuvent passer un deuxième été sous terre sous forme de pupe et émerger au cours du troisième été pour pondre des œufs. L'insecte est principalement parthénogénique; cependant, les mâles sont produits à des taux très faibles (1 mâle pour 1 200 femelles) mais rarement observés.

Les populations de diprions européens de l'épinette sont régulées par l'action combinée d'un agent pathogène viral et de deux ou trois parasitoïdes introduits. Les infestations de l'espèce étaient courantes dans les années 1930, mais sont rarement observées aujourd'hui.

Dommages

L'alimentation du diprion européen de l'épinette entraîne la défoliation des vieilles aiguilles. Cela réduit la capacité photosynthétique de l'arbre et peut éventuellement entraîner une mortalité car les épinettes sont incapables de remplacer ce feuillage. Lorsque les vieilles aiguilles ne sont pas disponibles, les larves peuvent aussi consommer de jeunes aiguilles. Les jeunes arbres peuvent être plus sensibles aux dommages causés par le diprion européen de l'épinette en raison de la pénurie de vieilles aiguilles. Les arbres plus vieux peuvent subir une défoliation importante chaque année pendant de nombreuses années avant de succomber. Les arbres qui ont été défoliés par le diprion européen de l'épinette peuvent connaître une réduction de la croissance en hauteur qui peut persister après la fin de la défoliation. Des ravageurs secondaires, comme les scolytes, peuvent parfois s'attaquer aux arbres affaiblis par la défoliation du diprion européen de l'épinette, entraînant la mortalité des arbres.

Les infestations de diprion européen de l'épinette dans les années 1930 constituait à l'époque le principal problème de santé des forêts. La réponse comprenait l'importation et le lâcher de 26 insectes prédateurs et parasites différents au Canada pour lutter contre le ravageur. Le contrôle a finalement été atteint grâce à la découverte accidentelle et à l'introduction d'un agent pathogène viral qui a rapidement supprimé les infestations à la fin des années 1930. Les populations de ce ravageur ont depuis été régulées à de faibles niveaux par l'action combinée d'une mouche parasite et d'une guêpe parasite introduites au Canada dans le cadre du programme de lutte biologique. Cet effet a été démontré dans les années 1970, lorsque des programmes de pulvérisation aérienne contre la tordeuse des bourgeons de l'épinette (Choristoneura fumiferana) ont également tué les deux espèces parasites, entraînant une résurgence temporaire du diprion européen de l'épinette au Nouveau-Brunswick. Le virus a toutefois repris le dessus et a mis fin à l’infestation.

Prévention et répression

Les stratégies de répression d’un ravageur particulier varient suivant plusieurs facteurs, notamment :

L’acquisition d’information sur chacun de ces facteurs est nécessaire aux prises de décisions relatives à l’application de l’une ou l’autre des stratégies de lutte contre un ravageur. Ces facteurs devront être soigneusement mis en balance par rapport aux coûts et avantages avant qu’on entreprenne toute action contre un ravageur particulier.

Le diprion européen de l'épinette est un ravageur introduit. Les dernières infestations significatives ont été relevées dans les années 1930, bien que des défoliations occasionnelles puissent être observées là où les populations locales connaissent des infestations de courte durée. Ces infestations sont régulées par l'introduction d'ennemis naturels et d'une maladie virale. Les oiseaux et les petits mammifères peuvent aussi s'attaquer aux larves et aux cocons, tout comme d'autres prédateurs invertébrés.

Les infestations de diprions européens de l'épinette sont rares et de courte durée. La plupart des arbres peuvent subir une défoliation pendant plusieurs années sans mortalité. Sur les petits arbres, les larves peuvent être enlevées à la main.

Photos

Femelle adulte du diprion européen de l’épinette (vue dorsale) sur une aiguille d'épinette blanche.
Mâle adulte du diprion européen de l'épinette épinglé avec son cocon d'où il est sorti après la pupaison. Les mâles ont une coloration similaire à celle des femelles, mais ont des antennes plumeuses (en forme de plumes).
Diprion européen de l'épinette adulte pondant ses œufs sur une aiguille d'épinette blanche.
Larve mature de diprion européen de l'épinette sur une épinette blanche.
Larves de diprion européen de l’épinette se nourrissant d’aiguilles d’épinette blanche.
Cocon de diprion européen de l'épinette reposant dans le sol minéral exposé d’une forêt d'épinettes noires.
Œufs de diprion européen de l'épinette déposés individuellement dans des fentes pratiquées dans les aiguilles d'épinette blanche.
Jeunes épinettes blanches poussant en plein air et gravement défoliée par le diprion européen de l'épinette lors de l'infestation des années 1930 au Québec.
Forêt d'épinettes mature défoliée par le diprion européen de l'épinette lors de l'infestation des années 1930 au Québec.

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Citer cette fiche

MacQuarrie, C.J.K. 2024. Diprion européen de l'épinette. Dans J.P. Brandt, B.I. Daigle, J.-L. St-Germain, A.C. Skinner, B.C. Callan et V.G. Nealis, éditeurs. Arbres, insectes, acariens et maladies des forêts du Canada. Ressources naturelles Canada, Service canadien des forêts, Administration centrale. Ottawa, Ontario.