Longicorne brun de l'épinette
- Nom commun anglais : Brown spruce longhorn beetle
- Nom scientifique : Tetropium fuscum (Fabricius)
- Règne : Animalia
- Embranchement : Arthropoda
- Classe : Insecta
- Ordre : Coleoptera
- Famille : Cerambycidae
Renseignements généraux et importance
Le longicorne brun de l’épinette n’est pas indigène du Canada. Sa découverte remonte à 1999, au parc Point Pleasant près de Halifax, en Nouvelle-Écosse. Il est fort probablement arrivé au Canada, dissimulé dans des matériaux d’emballage ligneux importés de l’Europe. Des recherches menées en Nouvelle-Écosse révèlent qu’il préfère s’attaquer aux épinettes matures et vivantes affichant un taux de croissance réduit et peu de vigueur. D’ailleurs, les taux de survie du longicorne sont les plus élevés sur ces mêmes arbres. Il s’attaque parfois aux arbres sains, mais ses taux de développement et de survie sont fortement réduits, à moins que l’arbre ne soit stressé par d’autres facteurs (par exemple : dommages causés par le vent).
Aire de répartition et hôtes
En Amérique du Nord, le longicorne brun de l’épinette se présente uniquement en Nouvelle-Écosse, ainsi qu’à un endroit isolé dans les environs de Calhoun, au Nouveau-Brunswick, Canada. Il se propage principalement sur l’épinette rouge (Picea rubens), mais aussi sur l’épinette blanche (P. glauca), l’épinette noire (P. mariana) et l’épinette de Norvège (P. abies). Son habitat d’origine est discontinu. L’insecte se trouve en Europe, de la Scandinavie à la Turquie, au Japon et en Sibérie occidentale. Dans son habitat d’origine, l’hôte principal est l’épinette de Norvège. Rares ont été les signalements de sa présence dans d’autres essences de conifères, telles que le pin sylvestre (Pinus sylvestris), le sapin pectiné (Abies alba) et le mélèze (Larix), ainsi que sur les espèces non-indigènes de l’épinette bleue du Colorado (Picea pungens) et l’épinette de Sitka (P. sitchensis). Les signalements de sa présence dans les trois dernières essences doivent être interprétés avec prudence, car les sources sont désuètes et non accompagnées d’autres renseignements complémentaires. L’insecte préfère s’attaquer aux arbres matures ou surannés dont le diamètre est supérieur à 30 centimètres.
Parties de l'arbre affectées
Écorce interne et bois externe du tronc
Symptômes et signes
Les signes les plus évidents d’infestation par le longicorne sont la présence de résine le long du tronc et des trous dans l’écorce de forme ovale, de 4 à 6 millimètres de diamètre (d’où émergent les longicornes adultes). Les arbres peuvent présenter une cime verte et saine, ou clairsemée et desséchée selon le nombre de fois que l’arbre a été infesté. Si leur écorce est arrachée, il est possible d’observer des réseaux de galeries notant la présence des larves qui s’alimentent du tissu phloémien. Par conséquent, l’aubier se verra légèrement rayé et les galeries seront remplies d’excréments. Il est également possible que des loges pupales se présentent dans l’aubier à une profondeur de 2 à 4 centimètres. En coupe longitudinale, elles apparaissent en forme de L.
Les larves ont un corps légèrement aplati. Elles n’ont aucune patte, sont de couleur blanc crémeux et mesurent environ 15 à 25 millimètres. Les adultes ont un corps aplati qui varie de 10 à 15 millimètres. La couleur de la tête et du thorax varie de brun foncé à noir, et les élytres (couvertures alaires) peuvent être brun jaunâtre, brunes ou brun rougeâtre. Les élytres portent souvent une bande brun clair, près du thorax. Les antennes sont brun rougeâtre et mesurent environ la moitié de la longueur du corps. Les pattes sont brun foncé.
Ce ravageur introduit est d’apparence similaire à l’espèce indigène du Canada, soit le longicorne cannelle (Tetropium cinnamopterum). Il est nécessaire d’avoir recours à un spécialiste afin de parvenir à une identification positive.
Cycle de vie
Au printemps, les femelles pondent des œufs dans l’écorce d’arbres sur pied ou récemment abattus. Les œufs sont généralement pondus individuellement, mais ils sont parfois pondus en grappes pouvant compter jusqu’à dix œufs. Les œufs éclosent après 10 à 14 jours, et les jeunes larves creusent l’écorce jusqu’au phloème pour se nourrir. Là, elles produisent un réseau de galeries irrégulières remplies d’excréments ressemblant à de la sciure de bois. Après environ deux mois, les larves terminent leur croissance. Au stade larvaire, l’insecte hiverne habituellement sous l’écorce ou dans l’aubier, dans des loges pupales en forme de L caractéristique. La transformation des larves en pupes se fait au printemps et prend environ 14 jours. La durée de vie des adultes est d’environ deux semaines, et on peut les observer de juin à août. Les mâles comme les femelles volent très bien. Bien que le longicorne soit limité à la Nouvelle-Écosse et au Nouveau-Brunswick, cet insecte produirait vraisemblablement une génération par année sur la majeure partie de l’aire de répartition de l’épinette au Canada.
Le champignon Ophiostoma tetropii est souvent associé au longicorne brun de l’épinette; dans un hôte infecté, il se trouve à l’intérieur des galeries creusées par l’insecte. La pathogénicité du champignon ainsi que son rôle dans le cycle de vie du longicorne sont méconnus.
Comme ce ravageur est étroitement apparenté au longicorne cannelle, il se voit attaqué par certains des mêmes prédateurs naturels de ce dernier, dont deux espèces de guêpe (Rhimphoctona macrocephala [Ichneumonidae] et Wroughtonia occidentalis [Braconidae]). Les pics se retrouvent eux aussi parmi les prédateurs qui se nourrissent de cet insecte.
Dommages
Au Canada, les dommages aux arbres que cause ce ravageur sont actuellement limités. Des recherches menées en Nouvelle-Écosse ont montré que les épinettes rouges et les épinettes blanches affichant un taux de croissance réduit et peu de vigueur sont plus vulnérables aux infestations du longicorne brun de l’épinette, ainsi qu’aux risques de mortalité, que les arbres plus vigoureux et à croissance rapide. À l’avenir, les changements climatiques pourraient provoquer un plus grand nombre d’épinettes déracinées ou stressées par les sécheresses, les rendant ainsi plus vulnérables aux infestations et à l’établissement du longicorne. Dans son habitat d’origine, il s’attaque généralement aux arbres affaiblis ou récemment abattus, et il a parfois atteint des niveaux d’infestation lorsque de grands nombres d’épinettes ont été affaiblis par le vent ou par d’autres défoliateurs. En Europe, les infestations peuvent persister pendant une décennie et causer des dommages dans de vastes étendues de forêts de conifères, le plus souvent chez les épinettes de Norvège âgées de plus de 50 ans.
Prévention et répression
Les stratégies de répression d’un ravageur particulier varient suivant plusieurs facteurs, notamment :
- le niveau de la population du ravageur (c’est-à-dire le nombre de ravageurs présents sur l’hôte ou les hôtes affectés;
- les dommages prévus ou toute autre conséquence négative résultant de l’activité du ravageur sur l’hôte, les biens ou l’environnement;
- la compréhension du cycle de vie du ravageur, de ses divers stades de développement, de même que des divers agents biotiques et non biotiques qui affectent les niveaux de ses populations;
- le nombre de spécimens hôtes touchés (un seul arbre hôte, un petit groupe d’arbres hôtes, une plantation, une forêt);
- la valeur attribuée à l’hôte ou aux hôtes compte tenu des coûts rattachés aux approches de lutte contre le ravageur;
- la prise en considération des diverses approches de lutte de nature sylvicole, mécanique, chimique, biologique et naturelle, de même que les avantages et désavantages de chacune.
L’acquisition d’information sur chacun de ces facteurs est nécessaire aux prises de décisions relatives à l’application de l’une ou l’autre des stratégies de lutte contre un ravageur. Ces facteurs devront être soigneusement mis en balance par rapport aux coûts et avantages avant qu’on entreprenne toute action contre un ravageur particulier.
Le taux de propagation du longicorne brun de l’épinette a été plutôt lent. Cette lenteur pourrait s’expliquer par des erreurs d’accouplement avec le longicorne cannelle (lequel utilise la même phéromone), et en raison de la régulation par les prédateurs naturels.
Le maintien d’une forêt saine et vigoureuse grâce à des activités d’aménagement forestier appropriées constitue l’un des meilleurs moyens de ralentir la propagation et l’établissement du longicorne brun de l’épinette. Ces activités comprennent, entre autres : l’enlèvement des arbres arrachés par le vent, des arbres brisés et des arbres affaiblis ou endommagés; la coupe ou la destruction (brûlage ou déchiquetage) des arbres infestés qui montrent des signes et des symptômes de la présence du longicorne; le traitement des bois ronds à la fin de l’automne ou au début de l’hiver afin de réduire le risque de propagation.
L’imposition de contrôles réglementaires par l’Agence canadienne d’inspection des aliments (ACIA) constitue une stratégie de gestion visant à empêcher l’expansion de l’aire de répartition du longicorne brun de l’épinette. Ces contrôles visent à limiter le déplacement de produits de l’épinette à l’extérieur des zones réglementées. Il existe d’excellents moyens de prévenir la propagation du longicorne. À titre d’exemple, en renseignant autant de personnes que possible sur les signes et symptômes d’infestation et en signalant les observations du longicorne. L’interdiction du déplacement du bois de chauffage est particulièrement importante pour limiter la propagation du longicorne brun de l’épinette et d’autres ravageurs forestiers envahissants.
L’utilisation de pesticides pour lutter contre les coléoptères qui se nourrissent du phloème et du bois des arbres, comme le longicorne brun de l’épinette, s’avère difficile. Les pesticides homologués pour lutter contre le longicorne brun de l’épinette dans des situations particulières peuvent changer d’une année à l’autre. Ainsi, pour connaître les produits actuellement homologués et pour obtenir des renseignements quant à leur usage contre ce ravageur, veuillez consulter la base de données Information sur les produits antiparasitaires de Santé Canada. Tout produit homologué devrait être appliqué en fonction de la taille de la population et seulement lorsque nécessaire et au stade de vie indiqué. Il est recommandé également de consulter un professionnel local en arboriculture. Les pesticides peuvent être toxiques pour les humains, les animaux, les oiseaux, les poissons et d’autres insectes utiles. Veuillez, par conséquent, appliquer les produits homologués uniquement en cas de besoin et conformément aux indications inscrites sur l’étiquette du fabricant. Dans certaines juridictions et dans certaines situations, seul un professionnel autorisé peut appliquer des pesticides. Il est recommandé de consulter les autorités locales compétentes pour connaître les réglementations locales en vigueur.
Photos
Galeries larvaires du longicorne brun de l'épinette sur le bois d'un tronc d'épinette rouge dont l'écorce a été enlevée.
Larve de premier stade du longicorne brun de l'épinette récemment éclos d'un œuf. L'enveloppe vide de l’œuf est visible à gauche.
Un trou de sortie découpé dans l'écorce d'une épinette lorsque le longicorne brun de l'épinette adulte a émergé après la pupaison.
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