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Diprion de LeConte

Renseignements généraux et importance

Le diprion de LeConte est originaire de l'est de l'Amérique du Nord. Les dommages importants causés par l'insecte étaient rares jusque dans les années 1930. Les dommages se sont accrus suite à la plantation massive de pins au Canada et aux États-Unis. Le diprion est alors devenu l'un des insectes les plus destructeurs, attaquant les jeunes plantations de pins durs (p. ex., pin rouge [Pinus resinosa], pin sylvestre [P. sylvestris] et pin gris [P. banksiana]) au Nouveau-Brunswick, au Québec et en Ontario. La découverte d'un nucléopolyédrovirus naturel spécifique du diprion de LeConte a mené au succès de l'un des premiers programmes de lutte biologique à produire et à appliquer un agent pathogène naturel contre un insecte forestier nuisible.

La dénomination commune des diprions, soit « mouches à scie » fait référence à l’ovipositeur en forme de scie de la femelle adulte, qui est utilisé pour couper des fentes dans le feuillage de l’arbre hôte et y déposer des œufs. Les diprions adultes ressemblent aux abeilles et aux guêpes aux ailes membraneuses qui leur sont apparentées. Ils s’en distinguent par une « taille » plus large entre le thorax et l'abdomen.

Aire de répartition et hôtes

Le diprion de LeConte est présent dans tout l'est de l'Amérique du Nord, de l'Ontario à l'Île-du-Prince-Édouard au Canada, et dans tous les États principalement à l'est des Grandes Plaines aux États-Unis, jusqu'en Floride, au sud. Les principaux hôtes sont la plupart des espèces de pins durs indigènes et introduites, dont beaucoup sont couramment cultivées dans les plantations. Au Canada, il s'agit du pin rouge et du pin gris, qui sont indigènes, ainsi que du pin sylvestre, qui a été introduit. Ces espèces et d'autres pins, tels que le pin à courtes feuilles (P. echinata), le pin à encens (P. taeda), le pin à longues feuilles (P. palustris), le pin d’Elliott (P. elliottii), le pin de Virginie (P. virginiana) et le pin mugo introduit (P. mugo), sont les hôtes préférés du diprion de LeConte aux États-Unis.

Parties de l'arbre affectées

Le diprion de LeConte est un défoliateur qui se nourrit ouvertement du feuillage plus âgé. Il est capable de consommer des aiguilles de pin de toutes les classes d’âge. Si les arbres sont complètement dépouillés de leur feuillage, les diprions peuvent endommager les pousses là où l'écorce est tendre.

Symptômes et signes

Les larves de diprion de LeConte présentent une ressemblance superficielle aux larves de papillons de nuit et de papillons (chenilles). Les deux groupes ont trois paires de pattes segmentées sur leur thorax et un nombre variable de fausses pattes non segmentées (prolongements charnus ressemblant à des pattes) sous leurs segments abdominaux. Les larves du diprion se distinguent de celles-ci, car elles n'ont aucune fausse patte ou six paires de fausses pattes ou plus sous leurs segments abdominaux. Les chenilles ont cinq paires de fausses pattes ou moins. Des variations et des chevauchements importants dans l'apparence des espèces apparentées de diprion rendent l'identification difficile, à moins que les caractéristiques puissent être observées sur plusieurs stades de vie.

Les œufs translucides apparaissent sous forme de taches décolorées alignées sur le bord des aiguilles de pin à la fin juin. Les larves nouvellement écloses sont blanchâtres et ont une tête brune. Elles deviennent rapidement jaunes à vert pâle. Les petites larves mangent les bords extérieurs des aiguilles de pin, laissant la partie centrale, laquelle se mettra à sécher et à ressembler à de la paille. Les larves matures mesurent environ 25 millimètres de long, sont jaune pâle à foncé et ont une tête brun rougeâtre. Il y a quatre à huit rangées de points noirs sur chaque segment s'étendant le long du corps. Les larves plus âgées défolient complètement les pousses et parfois des arbres entiers. Les diprions de LeConte adultes mesurent de 5 à 10 millimètres de long et possèdent des antennes segmentées bien visibles. Les femelles sont robustes, avec tête et thorax rouges, un abdomen noir et des antennes dentelées. Les mâles sont entièrement noirs, avec des antennes plumeuses (en forme de plumes).

Comme c'est le cas avec de nombreux diprions, les larves du diprion de LeConte se nourrissent des pousses de pin de façon ouverte et grégaire. Ces colonies de larves et les dommages concentrés que leur alimentation génère sont des preuves évidentes d’une infestation.

Cycle de vie

Il y a une seule génération par année au Canada et jusqu'à trois en Floride, aux États-Unis. Au Canada, les femelles adultes du diprion de LeConte pondent des œufs blanchâtres translucides (1,8 de long par 0,6 millimètres de large) de manière individuelle dans les fentes qu'elles ont découpées dans une aiguille de pin à la fin de juin et au début de juillet. Plusieurs œufs peuvent être déposés en ligne le long d’une seule aiguille. Plus de 100 œufs peuvent être pondus à la fois par un seul diprion femelle. Les œufs non fécondés deviennent des mâles. Les larves émergent au bout de 2 à 3 semaines. Les larves se nourrissent de manière grégaire et communiquent entre elles au moyen de phéromones pour maintenir la structure de la communauté. Elles préfèrent les sites d’alimentation sur les pousses extérieures les plus exposées de l’arbre. Si elles sont menacées, les larves soulèvent les parties avant et arrière de leur corps dans une posture défensive et régurgitent un produit chimique pour décourager les prédateurs. L'alimentation se poursuit jusqu'à la fin de l'été.

Une fois matures, les larves tombent au sol et tissent un cocon brun rougeâtre ressemblant à du papier dans la couche supérieure du sol. La pupaison n’a pas lieu immédiatement car elles entrent dans une dormance physiologique (diapause) pour l'hiver. Elles reprennent leur développement et se transforment en pupes au printemps suivant. Une partie de cette population hivernante peut rester en diapause pendant plus d'un an. Une population de diprions qui se nourrissent activement peut être composée de plus d'une génération d'individus. Les adultes forment un trou circulaire en mordant le bout du cocon pour s'en échapper, après quoi ils s'accouplent et se reproduisent.

Dommages

Les arbres de moins de 3 mètres de haut sont particulièrement vulnérables au diprion de LeConte. Même une densité relativement faible de diprions peut complètement défolier et tuer les petits arbres, en particulier dans les plantations de pins rouges et de pins gris. Une défoliation modérée freine la croissance et crée des pousses terminales multiples, réduisant ainsi la valeur de la plantation.

Prévention et répression

Le diprion de LeConte n'est devenu un ravageur important que lors des plantations à grande échelle de pins au début du 20e siècle. Les arbres exposés dans les pépinières et les milieux ornementaux sont les plus vulnérables. En tant qu’insecte indigène, il a cependant de nombreux ennemis naturels. Ces ennemis réagissent souvent rapidement aux infestations et réduisent les niveaux de population dommageables. Un nucléopolyédrovirus naturel (Lecontvirus) a été découvert en 1950 et développé comme agent de contrôle. Il s'agit du seul produit viral utilisé couramment au Canada et il s'est révélé efficace comme traitement foliaire contre cet insecte dans des contextes commerciaux à petite échelle. Lorsque seules quelques colonies sont présentes sur les petits arbres, les insectes peuvent être cueillis à la main et détruits.

Il est recommandé de promouvoir la vigueur des arbres et de sélectionner des sites de croissance favorables, loin des arbres de l'étage dominant, afin d'encourager une poussée rapide des jeunes pins, bien que les diprions préfèrent également les situations ouvertes et exposées. Le fait d’éviter les zones présentant des conditions d'humidité et de nutriments marginales est un élément sylvicole important de l’aménagement des plantations de pins.

Les stratégies de répression d’un ravageur particulier varient suivant plusieurs facteurs, notamment :

L’acquisition d’information sur chacun de ses facteurs est nécessaire aux prises de décisions relatives à l’application de l’une ou l’autre des stratégies de lutte contre un ravageur. Ces facteurs devront être soigneusement mis en balance par rapport aux coûts et avantages avant qu'on entreprenne toute action contre un ravageur particulier.

Les pesticides homologués pour être utilisés contre le diprion de LeConte dans des situations particulières peuvent changer d'une année à l'autre. Ainsi, pour connaître les produits actuellement homologués et pour obtenir des renseignements quant à leur usage contre ce ravageur, veuillez consultez la base de données Information sur les produits antiparasitaires de Santé Canada. Tout produit homologué devrait être appliqué en fonction de la taille de la population et seulement lorsque nécessaire et au stade de vie indiqué. Il est recommandé également de consulter un professionnel local en arboriculture. Les pesticides peuvent être toxiques pour les humains, les animaux, les oiseaux, les poissons et d’autres insectes utiles. Veuillez, par conséquent, appliquer les produits homologués uniquement en cas de besoin et conformément aux indications inscrites sur l’étiquette du fabricant. Dans certaines juridictions et dans certaines situations, seul un professionnel autorisé peut appliquer des pesticides. Il est recommandé de consulter les autorités locales compétentes pour déterminer les réglementations locales en vigueur.

Photos

Mâle adulte du diprion de LeConte au repos sur une aiguille de pin rouge (vue dorsale). Les mâles sont entièrement noirs, avec des antennes plumeuses (en forme de plumes).
Les petites larves de diprion de LeConte mangent les bords extérieurs des aiguilles de pin, laissant la partie centrale, qui sèche pour ressembler à de la paille.
Une pousse de pin rouge dont la plupart des aiguilles de deuxième année ont été mangées. Quelques larves de diprion de LeConte se nourrissent d'aiguilles dans la partie inférieure de la photo.
Femelle adulte du diprion de LeConte au repos sur une aiguille de pin rouge (vue dorsale). Notez la tête et le thorax rouges de la femelle.
Vues latérale (en haut) et dorsale (en bas) de deux larves matures de diprion de LeConte sur des aiguilles de pin rouge.
Cocons de diprion de LeConte : le plus grand contient une femelle; le plus petit contient un mâle.
Accouplement de diprion de LeConte (vue dorsale). La femelle, plus grande, est à gauche et le mâle, plus petit, à droite.
Accouplement de diprions de LeConte (vue latérale). La femelle, plus grande, est à gauche et le mâle, plus petit, à droite.
Une colonie de diprion de LeConte se nourrissant de manière grégaire d'aiguilles de pin sylvestre.
Gros plan d'une colonie de diprion de LeConte se nourrissant de manière grégaire d'aiguilles de pin sylvestre.
Gros plan d'une colonie de diprion de LeConte se nourrissant de manière grégaire d'aiguilles de pin rouge.
Une colonie de diprion de LeConte se nourrissant de manière grégaire d'aiguilles d'une pousse de pin rouge.
Deux jeunes larves de diprion de LeConte sur une aiguille de pin rouge.
Gros plan des œufs de diprion de LeConte pondus en rangée dans des fentes découpées le long des bords des aiguilles de pin rouge.
Jeune plantation de pins rouges où une défoliation grave causée par le diprion de LeConte a entraîné la mortalité des arbres.
Œufs de diprion de LeConte pondus en rangée dans des fentes pratiquées le long des bords des aiguilles de pin.
Un jeune pin rouge tué à la suite d'une défoliation causée par le diprion de LeConte.
Branche de pin rouge dépouillée de ses aiguilles de deuxième année par des larves de diprion de LeConte.
Une colonie de diprion de LeConte se nourrissant de manière grégaire d'aiguilles de pin rouge.
Jeune pin rouge défolié par le diprion de LeConte.

Références sélectionnées

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Citer cette fiche

Nealis, V.G. 2024. Diprion de LeConte. Dans J.P. Brandt, B.I Daigle, J.-L. St-Germain, A.C. Skinner, B.C. Callan et V.G. Nealis, éditeurs. Arbres, insectes, acariens et maladies des forêts du Canada. Ressources naturelles Canada, Service canadien des forêts, Administration centrale. Ottawa, Ontario.