Puceron de l'épinette de Sitka
- Nom commun anglais : Cooley spruce gall adelgid
- Nom scientifique : Adelges cooleyi (Gillette)
- Règne : Animalia
- Embranchement : Arthropoda
- Classe : Insecta
- Ordre : Hemiptera
- Famille : Adelgidae
-
Liste partielle des synonymes :
- Chermes cooleyi Gillette
- Gilletteella cooleyi Gillette
Renseignements généraux et importance
Les pucerons du genre Adelges représentent un groupe d’insectes de petite taille (adultes moins de 2 millimètres) dont le corps mou et piriforme s’apparente aux autres pucerons. Ils tirent leur alimentation des conifères de la famille des Pinacea (pin [Pinus], épinette [Picea], sapin [Abies], pruche [Tsuga], mélèze [Larix] et douglas vert [Pseudotsuga menziesii]) présents dans les forêts boréales et tempérées de l’Amérique du Nord et de l’Eurasie. Quand ils s’alimentent, leur corps se couvre d’une substance floconneuse blanche cireuse. Plusieurs espèces de pucerons originaires de l’Europe et de l'Asie introduites accidentellement en Amérique du Nord sont depuis devenues des ravageurs forestiers.
Les pucerons ont un cycle de vie complexe. Chez certains, le cycle de reproduction peut s’étaler sur deux ans. Dans la première année, les pucerons se reproduisent de manière sexuée sur un hôte primaire (généralement une épinette) avant de se disperser pour se reproduire, dans la deuxième année, de manière asexuée sur un hôte secondaire d’un genre de conifères différent de l’hôte primaire. Après quoi, cette nouvelle génération retourne sur l’hôte primaire pour recommencer le cycle. Il y a aussi un cycle de reproduction d’un an qui n’est qu’asexuée et qui n’a lieu que sur l’hôte secondaire. Ce cycle peut se poursuivre sur plusieurs générations. Les nymphes nouvellement écloses sont dites « mobiles »; souvent, c’est le seul stade actif du cycle de la vie du puceron. Une fois installée dans un emplacement d’alimentation, la nymphe puceron y demeure tout son cycle de vie. À tous les stades du cycle de sa vie, le puceron se nourrit de cette façon : il insère son rostre (stylet) dans les tissus de l’arbre, injecte de la salive puis aspire la nourriture. Sur les hôtes primaires, l’activité d’alimentation induit la formation de galles. Sur les hôtes secondaires, elle provoque la déformation et la perte éventuelle des aiguilles, des rameaux et/ou des tiges à proximité du site d’alimentation. Dans tous les cas, l’alimentation des pucerons nuit au bon fonctionnement de l’arbre.
Le puceron de l’épinette de Sitka est un puceron originaire de l’Ouest de l’Amérique du Nord. Il a été introduit dans l’Est de l’Amérique du Nord, au Royaume-Uni et dans le nord de l’Europe (là où ses hôtes nord-américains ont été introduits). Le puceron de l’épinette de Sitka alterne d’emplacements d’alimentation entre ses hôtes primaires – comme les espèces d’épinettes de l’Ouest – et son hôte secondaire, le douglas vert. Sur les épinettes hôtes primaires, le puceron injecte ses composés salivaires près des points de croissance, ce qui induit la formation de galles sur les arbres. Les nymphes qui se nourrissent à l’intérieur des galles bénéficient autant de protection que des riches éléments nutritifs qu’elles aspirent.
Aire de répartition et hôtes
Le puceron de l’épinette de Sitka est un insecte indigène de l’Ouest de l’Amérique du Nord, que l’on trouve depuis les versants est des Rocheuses jusqu’en Alberta au nord et au Colorado au sud, de même que le long de la côte du Pacifique de la Colombie-Britannique jusqu’en Californie. Il a été introduit dans plusieurs endroits à l’est des Rocheuses et s’est généralement établi dans des forêts où ses hôtes se trouvent. Il s’est aussi introduit au Royaume-Uni et dans le nord de l’Europe là où ses épinettes hôtes nord-américaines et des douglas verts ont été plantés.
Les épinettes hôtes primaires indigènes comptent l’épinette de Sitka (Picea sitchensis), l’épinette d’Engelmann (P. engelmannii), l’épinette du Colorado (P. pungens) et l’épinette blanche (P. glauca). L’hôte secondaire est le douglas vert.
Parties de l'arbre affectées
Des galles se forment sur les nouvelles pousses de l'épinette. Les aiguilles du douglas vert deviennent décolorées et déformées.
Symptômes et signes
En raison de leur taille minuscule, les pucerons sont difficiles à voir à l’œil nu. Les galles de forme conique d’une longueur d’environ 5 centimètres aux extrémités pointues se développent sur les extrémités des nouvelles pousses des épinettes hôtes primaires. Les galles sont d’abord vertes, mais virent éventuellement au rouge pourpre. Le phénomène de dessiccation fait apparaître des ouvertures rondes à la surface des galles. Les galles desséchées peuvent rester pendant des années sur l’arbre. Sur le douglas vert, la présence du floculat laineux blanc indique un emplacement d’alimentation du puceron. Les aiguilles endommagées de l’arbre prennent une teinte décolorée.
Cycle de vie
Dans le cas de la présence simultanée des hôtes épinettes (primaires) et de l’hôte secondaire – le douglas vert – le puceron de l’épinette de Sitka a un cycle de vie de deux ans. Il commence quand les femelles ailées se déplacent du douglas vert, son hôte secondaire, vers une épinette hôte primaire à la fin de l’été. Ces migrants pondent leurs œufs sur l’hôte épinette primaire d’où naîtra une génération de pucerons adultes aptères (sans ailes) des deux sexes. Devenus adultes, ces pucerons se déplacent vers l’intérieur de l’épinette hôte pour s’accoupler. Les pucerons femelles ne pondent qu’un seul œuf, très gros. La femelle issue de cet œuf, appelée « primogyne » ou « mère fondatrice », s’installe alors près d’un bourgeon pour hiverner. Le printemps suivant, la primogyne devenue mature pond une grande quantité d’œufs au moment où les bourgeons commencent à débourrer. Leur activité alimentaire induit la formation de galles sur l’extrémité des pousses en développement. Ces galles servent de chambres d’alimentation à des centaines de nymphes. Les nymphes d’un brun rougeâtre passent par quatre stades à l’intérieur des galles. L’assèchement des galles crée des ouvertures par lesquelles les nymphes sortent pour se diriger vers le feuillage et terminer leur dernier stade qui les transformera en adultes parthénogénétiques femelles ailées. Ces femelles migrent vers l’hôte secondaire, le douglas vert, s’installent sur la face inférieure des aiguilles de l’année courante, pondent leurs œufs, puis meurent.
Les nymphes issues de ces œufs s’installent immédiatement sur leur hôte puis entrent dans un état de dormance physiologique (diapause) pour l’hiver. Le printemps suivant, elles arrivent à leur maturité avant de se reproduire par parthénogenèse (soit sans s’être accouplées) sur quelques générations jusqu’à ce qu’il y ait production de femelles parthénogénétiques ailées. C’est cette nouvelle génération de femelles parthénogénétiques qui migre de nouveau vers une épinette hôte plus tard dans l’été pour ainsi compléter le cycle de vie de deux ans. Dans les régions où il n’y a que seulement leurs hôtes primaires épinettes, comme dans les Prairies canadiennes, le puceron de l’épinette de Sitka ne se reproduit que par parthénogenèse, ce qui ne produit que des femelles parthénogénétiques aptères identiques à elles-mêmes.
Dommages
Le puceron de l’épinette de Sitka n’est pas considéré comme un ravageur important des forêts. Toutefois, dans les vergers à graines d’épinettes, les infestations graves peuvent faire baisser le rendement de même qu’elles peuvent faire diminuer la croissance et la qualité esthétique des épinettes d’ornement.
Prévention et répression
Les stratégies de répression d’un ravageur particulier varient suivant plusieurs facteurs, notamment :
- le niveau de la population du ravageur (c’est-à-dire le nombre de ravageurs présents sur l’hôte ou les hôtes affectés);
- les dommages prévus ou toute autre conséquence négative résultant de l’activité du ravageur et du niveau de sa population sur l’hôte, les biens ou l’environnement;
- la compréhension du cycle de vie du ravageur, de ses divers stades de développement, de même que des divers agents biotiques et non biotiques qui affectent les niveaux de ses populations;
- le nombre de spécimens hôtes touchés (un seul arbre hôte, un petit groupe d’arbres hôtes, une plantation, une forêt);
- la valeur attribuée à l’hôte ou aux hôtes compte tenu des coûts rattachés aux approches de lutte contre le ravageur;
- la prise en considération des diverses approches de lutte de nature sylvicole, mécanique, chimique, biologique et naturelle, de même que les avantages et désavantages de chacune.
L’acquisition d’information sur chacun de ces facteurs est nécessaire aux prises de décisions relatives à l’application de l’une ou l’autre des stratégies de lutte contre un ravageur. Ces facteurs devront être soigneusement mis en balance par rapport aux coûts et avantages avant qu’on entreprenne toute action contre un ravageur particulier.
L’élagage et la destruction des galles encore vertes, du moins avant que les pucerons adultes en émergent, se révèlent des pratiques efficaces dans les pépinières et sur les petits arbres d’ornement. La lutte active n’a généralement été envisagée que dans les vergers à graines ou les pépinières. La nature protectrice de la galle et la présence d’une couche de surface cireuse à tous les stades d’alimentation du puceron éliminent toute possibilité d’un traitement aux pesticides. Du savon insecticide appliqué sur les primogynes au début du printemps peut contribuer, sur une petite échelle, à réduire les populations.
Les pesticides homologués utilisés contre le puceron de l’épinette de Sitka dans des situations particulières peuvent changer d’une année à l’autre. Ainsi, pour connaitre les produits actuellement homologués et pour obtenir des renseignements quant à leur usage contre ce ravageur, veuillez consulter la base de données Information sur les produits antiparasitaires de Santé Canada. Tout produit homologué devrait être appliqué en fonction de la taille de la population et seulement lorsque nécessaire et au stade de vie indiqué. Il est recommandé également de consulter un professionnel local en arboriculture. Les pesticides peuvent être toxiques pour les humains, les animaux, les oiseaux, les poissons et d’autres insectes utiles. Veuillez, par conséquent appliquer les produits homologués uniquement en cas de besoin et conformément aux indications inscrites sur l’étiquette du fabricant. Dans certaines juridictions et dans certaines situations, seul un professionnel autorisé peut appliquer des pesticides. Il est recommandé de consulter les autorités compétentes pour connaître la règlementation locale en vigueur.
Photos
Nymphes du puceron de l’épinette de Sitka se nourrissent à la base des aiguilles de l'épinette. Cette alimentation provoque la formation de galles allongées.
Robert Gagnon
Œufs déposés sur l'épinette à la fin de l'été par des pucerons de l’épinette de Sitka femelles ailées et recouverts de sécrétions blanches et laineuses.
Robert Gagnon
Nymphes du puceron de l’épinette de Sitka se nourrissent à la base des aiguilles de l'épinette. Cette alimentation provoque la formation de galles allongées.
Robert Gagnon
Références sélectionnées
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