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Charançon de la racine du fraisier

Renseignements généraux et importance

Le charançon de la racine du fraisier est un coléoptère introduit qui se nourrit d'une grande variété de plantes. Les charançons adultes se nourrissent des parties aériennes des plantes. À l'état larvaire, il se nourrit des racines de ces mêmes plantes. Comme son nom l'indique, il s'agit d'un ravageur des fraises. Cependant, le charançon de la racine du fraisier affecte également les conifères dans les pépinières. Cela est préjudiciable car les infestations dans les pépinières peuvent entraîner d'importantes pertes économiques. Plus récemment, on l'a trouvé dans des forêts naturelles de feuillus, mais l'impact de ce charançon envahissant et d'autres espèces apparentées n'est pas clair.

Aire de répartition et hôtes

Le charançon de la racine du fraisier est originaire d'Europe. Il a été découvert pour la première fois au Canada à la fin du XIXe siècle et a été associé à l'agriculture. Il est maintenant répandu dans une grande partie du Canada, principalement dans les régions tempérées et dans la partie la plus au sud de la zone boréale. Il a cependant été observé au Yukon et dans les Territoires du Nord-Ouest. Il est considéré comme un généraliste, car il se nourrit d'une large gamme d'arbres, d'arbustes et de plantes hôtes. Les dommages causés par les larves et les charançons adultes ont été signalés sur le sapin (Abies), l'épinette (Picea), le thuya (Thuja) et la pruche (Tsuga). Des adultes ont également été observés se nourrissant d'érables (Acer), de bouleaux (Betula), d’ostryer (Ostrya) et de tilleuls (Tilia). On ne sait pas si les larves se nourrissent des racines de ces dernières espèces hôtes feuillues.

Parties de l'arbre affectées

Les adultes se nourrissent de feuilles et d'aiguilles.

Les larves se nourrissent de racines.

Symptômes et signes

Les dommages causés aux arbres par le charançon de la racine du fraisier ne sont pas immédiatement apparents, à moins que les populations ne soient suffisamment importantes pour provoquer la mort des arbres. On peut trouver des preuves d'infestation en creusant à la base des arbres affaiblis et en observant l'absence de racines fines. D'autres éléments probants sont l'écorce arrachée des plus grosses racines et des tiges sous la surface du sol. Les adultes se nourrissent d'aiguilles, de feuilles et de rameaux, mais les dommages sont souvent peu visibles, sauf si les populations sont élevées. Les dommages causés par l'alimentation sur les feuilles et les aiguilles apparaissent sous forme d'entailles ou d'irrégularités sur la marge des feuilles ou des aiguilles. Les adultes sont surtout actifs la nuit et tombent généralement au sol s'ils sont dérangés pendant qu'ils se nourrissent.

Les œufs du charançon de la racine du fraisier sont pondus individuellement dans le sol. Les petits œufs ovales (0,25 millimètre de diamètre) sont d'un blanc laiteux au moment de la ponte. Ils prennent une couleur brun pâle en vieillissant. Les larves récemment écloses mesurent environ 0,5 millimètre de long, sont de couleur blanc crème et se trouvent dans le sol, à proximité des racines de l'hôte. Les larves matures mesurent jusqu'à 10 millimètres de long et environ 3 millimètres de diamètre, elles sont en forme de C, couvertes de minuscules poils et de couleur blanc crème avec une tête brun pâle. Les mandibules (pièces buccales masticatrices) des larves sont généralement d'un brun plus foncé que le reste de la tête. Les pupes se trouvent dans des loges de terre. Elles ont à peu près la même taille que les adultes et sont d'un blanc crémeux. Elles ont des yeux, des coussinets alaires, des pattes et des antennes noirs bien visibles. Les charançons adultes ont un museau, sont de couleur brun foncé à noire et ne volent pas. Ils mesurent environ 5 à 6 millimètres de long et 2 à 3 millimètres de large. Le thorax et l'abdomen des charançons sont profondément creusés et les élytres sont soudés (ces charançons ne peuvent pas voler). Ils sont striés (marqués de lignes parallèles, fines et imprimées) et couverts de soies jaunâtres, fines et éparses. Les antennes des charançons adultes sont segmentées et poilues, coudées et se rétrécissent jusqu'à un léger élargissement à leur extrémité.

Cycle de vie

Dans son aire de répartition européenne d'origine, il y a un débat sur la présence de femelles et de mâles chez le charançon de la racine du fraisier. Par exemple, Warner et Negley (1976, voir références ci-dessous) indiquent que les deux sont présents dans sa zone d'origine. Cependant, dans une partie de la littérature originale écrite en allemand (c'est-à-dire Jahn, 1941; Holdhaus, 1929; Holdhaus et Lindroth, 1939; voir les références ci-dessous), seules les femelles de cette espèce particulière d'Otiorhynchus ont été signalées et la reproduction est asexuée. Quoi qu'il en soit, seuls les charançons femelles à reproduction asexuée (parthénogénétique) se sont répandus plus largement ailleurs en Europe et en Asie. En Amérique du Nord, seules des femelles ont été introduites et la reproduction est asexuée. Il y a une génération par an. Les adultes sortent du sol pendant une période prolongée de fin mai à début juillet. Après s'être nourries du feuillage pendant 4 à 5 semaines, les femelles pondent 60 à 70 œufs en moyenne, à partir de juillet. La plupart des adultes vivent environ deux mois, mais un petit pourcentage peut vivre et continuer à pondre jusqu'à 10 mois. La production d'œufs semble être plus élevée pour les charançons se nourrissant de fraisiers (150 à 200 œufs) que pour ceux se nourrissant de conifères. Les œufs éclosent au bout de 14 à 16 jours. Les larves se trouvent dans la zone d'enracinement peu profonde des semis et des jeunes arbres. Elles continuent à se développer à la fin de l'été et au début de l'automne. L'insecte se déplace plus profondément dans le sol avant l'hiver et passe généralement l'hiver sous forme de larves. Lorsque le sol dégèle au printemps, les larves recommencent à se nourrir jusqu'à la maturité. La pupaison a lieu entre la fin du printemps et le début de l'été, plus près de la surface du sol.

Dommages

Le charançon de la racine du fraisier est considéré avant tout comme un ravageur agricole. Il cause des dommages importants aux fraises, aux canneberges, aux groseilles, à la luzerne et au trèfle. Cependant, les effets néfastes de cet insecte sont également largement reconnus dans les pépinières. Les dommages causés par le charançon aux semis et aux jeunes arbres ont un impact négatif sur la production de semis en foresterie et dans les pépinières qui cultivent des arbres d'ornement. Pendant les infestations, les semis et les petits arbres mesurant jusqu'à 2 mètres de hauteur peuvent être tués ou gravement endommagés. Les dommages les plus graves touchent le système racinaire des arbres affectés, ce qui diminue l'efficacité de l'absorption de l'eau, affecte la vigueur générale de l'hôte et diminue la qualité esthétique des arbres (ce qui est essentiel pour la valeur des arbres d'ornement).

Des études récentes ont montré que le charançon de la racine du fraisier a été largement observé dans les forêts de feuillus de l'est de l'Amérique du Nord, mais ses répercussions écologiques et économiques ne sont pas bien comprises.

Prévention et répression

Les stratégies de répression d’un ravageur particulier varient suivant plusieurs facteurs, notamment :

L’acquisition d’information sur chacun de ses facteurs est nécessaire aux prises de décisions relatives à l’application de l’une ou l’autre des stratégies de lutte contre un ravageur. Ces facteurs devront être soigneusement mis en balance par rapport aux coûts et avantages avant qu'on entreprenne toute action contre un ravageur particulier.

Les stades larvaires du charançon de la racine du fraisier se nourrissent dans le sol et sont difficiles à contrôler avec les pesticides conventionnels. Les nématodes entomopathogènes des familles Heterorhabditidae et Steinernematidae constituent une approche prometteuse pour lutter contre les larves. Les nématodes sont des vers microscopiques et certaines espèces de nématodes sont parasites d'une large gamme d'insectes vivant dans le sol. Un certain nombre d'espèces de nématodes sont disponibles commercialement comme agents de biocontrôle au Canada. Les sols chauds et humides sont plus propices à l'efficacité des nématodes. Les applications à la fin du mois d'août et au début du mois de septembre sont idéales, car les larves sont plus petites et plus proches de la surface du sol, et le sol est généralement humide en raison des pluies de fin d'été.

Les adultes sont un peu plus faciles à contrôler car ils ne sont pas dans le sol et sont exposés dans les arbres hôtes. La lutte contre les adultes doit être programmée pour coïncider avec le pic d'émergence (fin juin-début juillet) afin d'empêcher la ponte des œufs. Plus d'une application de pesticide peut être nécessaire, en fonction du nombre de charançons adultes et de la durée de l'émergence, et doit être effectuée la nuit lorsque les charançons se nourrissent activement. Une surveillance attentive des adultes est nécessaire pour déterminer le bon moment et le bon nombre d'applications.

Les pesticides homologués pour être utilisés contre le charançon de la racine du fraisier dans des situations particulières peuvent changer d'une année à l'autre. Ainsi, pour connaître les produits actuellement homologués et pour obtenir des renseignements quant à leur usage contre ce ravageur, veuillez consultez la base de données Information sur les produits antiparasitaires de Santé Canada. Tout produit homologué devrait être appliqué en fonction de la taille de la population et seulement lorsque nécessaire et au stade de vie indiqué. Il est recommandé également de consulter un professionnel local en arboriculture. Les pesticides peuvent être toxiques pour les humains, les animaux, les oiseaux, les poissons et d’autres insectes utiles. Veuillez, par conséquent, appliquer les produits homologués uniquement en cas de besoin et conformément aux indications inscrites sur l’étiquette du fabricant. Dans certaines juridictions et dans certaines situations, seul un professionnel autorisé peut appliquer des pesticides. Il est recommandé de consulter les autorités locales compétentes pour déterminer les réglementations locales en vigueur.

Photos

Plants d'épinette blanche dont l'écorce est enlevée près du collet par les larves du charançon des racines du fraisier.
Un plant d'épinette dont l'écorce a été enlevée près du collet par les larves du charançon des racines du fraisier.
Vue rapprochée d'un plant d'épinette dont l'écorce a été enlevée près du collet par les larves du charançon des racines du fraisier.
Adulte ténéral (à gauche), adultes matures (deuxième à partir de la gauche et de la droite) et larve (entre deux adultes matures) du charançon de la racine du fraisier.
Charançon de la racine du fraisier adulte sur une feuille.
Charançon de la racine du fraisier adulte sur une feuille (vue dorsale).
Plants d’épinette endommagés ou tués par le charançon des racines du fraisier.
Un plant d'épinette déterré montrant l’écorce enlevée près du collet par des larves de charançon des racines du fraisier.

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Citer cette fiche

Brandt, J.P. 2024. Charançon de la racine du fraisier. Dans J.P. Brandt, B.I. Daigle, J.-L. St-Germain, A.C. Skinner, B.C. Callan et V.G. Nealis, éditeurs. Arbres, insectes, acariens et maladies des forêts du Canada. Ressources naturelles Canada, Service canadien des forêts, Administration centrale. Ottawa, Ontario.