Longicorne asiatique
- Nom commun anglais : Asian longhorned beetle
- Autre(s) nom(s) commun(s) : Longicorne étoilé, cérambyx d’Asie
- Nom scientifique : Anoplophora glabripennis (Motschulsky)
- Règne : Animalia
- Embranchement : Arthropoda
- Classe : Insecta
- Ordre : Coleoptera
- Famille : Cerambycidae
Renseignements généraux et importance
Le longicorne asiatique est un gros insecte xylophage (mangeur de bois) originaire d’Asie de l’Est. Il est devenu un ravageur important en Chine dans les années 1980 à la suite d’importants efforts de reboisement avec des espèces de feuillus vulnérables. L’insecte a été intercepté pour la première fois dans des emballages en bois au Canada et aux États-Unis, en 1992. Des populations reproductrices du longicorne ont été découvertes à New York, aux États-Unis (1996), à Toronto, au Canada (2003 et 2013), et en Caroline du Nord, aux États-Unis (2020). Des introductions ont eu lieu en Europe depuis 2001, également dans des emballages en bois. La plupart des introductions ont eu lieu dans des milieux urbains. En juin 2020, après 5 années de surveillance sans détection, l’insecte a été déclaré éradiqué au Canada (Toronto et Mississauga).
Le longicorne asiatique s’attaque à un large éventail d’espèces de feuillus en santé. Parmi ces espèces figurent certains des arbres forestiers et urbains les plus courants dans les climats tempérés du Nord. La valeur commerciale et d’agrément de ces espèces d’arbres met en évidence le risque potentiel posé par l’établissement du longicorne asiatique en Amérique du Nord ou en Europe. En effet, les modèles bioéconomiques estiment que le coût de l’enlèvement et du remplacement des arbres infestés par le longicorne asiatique pourrait s’élever à plus de 10 milliards de dollars canadiens et que la perte d’érables commercialisables pour leurs produits du bois et leur sirop pourrait atteindre 800 millions de dollars canadiens par an. Des enquêtes intensives, l’enlèvement et le déchiquetage des arbres infectés, ainsi que des mises en quarantaine strictes et prolongées ont permis d’éradiquer le longicorne asiatique des sites d’introduction initiaux au Canada.
Aire de répartition et hôtes
Le longicorne asiatique, originaire de Chine, de Corée du Nord, de Corée du Sud et de l’Extrême-Orient russe, se nourrit d’une large gamme d’espèces de feuillus. Au Canada, on a constaté le développement complet de l’insecte sur le peuplier (Populus), le saule (Salix), l’érable (Acer), le bouleau (Betula), l’orme (Ulmus) et le frêne (Fraxinus). Des espèces de tilleul (Tilia) ont également subi des dommages par l’insecte. Les érables sont les espèces les plus touchées; cependant, il pourrait s’agir du groupe d’arbres qui prévalait dans les zones d’infestation initiales.
Parties de l'arbre affectées
Les longicornes adultes se nourrissent des feuilles et des rameaux des arbres hôtes. Les larves creusent sous l’écorce des galeries d’alimentation dans l’aubier et le bois de cœur, ce qui interrompt la translocation des ressources et de l’eau dans l’arbre.
Symptômes et signes
Le longicorne asiatique adulte est un insecte de grande taille (20 à 35 millimètres de long) dont les antennes, plus longues que le corps, rendent son apparence unique. Il peut être confondu avec d’autres insectes indigènes de la même famille, soit celle des cérambycidés (Monochamus spp.). Il est possible de le distinguer par sa couleur noir luisant et ses points blancs dispersés, d’où son nom commun chinois « longicorne étoilé ». Les 11 segments des antennes alternent entre le bleu/noir et le bleu/blanc.
Les femelles adultes creusent des trous (d’environ 10 millimètres de largeur) dans l’écorce, provoquant des taches de sève caractéristiques. La plupart de ces trous ont été observées à moins de 3 mètres du sol. Les femelles pondent un seul gros œuf (de 6 à 14 millimètres de diamètre) dans cette cavité. Des trous de sortie ronds (6 à 14 centimètres) indiquent l’endroit où les adultes ont émergé des galeries d’alimentation. Sans formation adéquate, ces signes extérieurs sont difficiles à reconnaître. Les galeries d’alimentation des petites larves s’étendent d’abord perpendiculairement, avant de se tourner vers le haut dans l’aubier et le bois de cœur au fur et à mesure que les larves grandissent. Autour de la base de l’arbre et sur ses plus grosses branches, les adultes qui émergent par les trous de sortie circulaires expulsent au passage de la sciure grossière. Les arbres infestés depuis plusieurs années présentent des branches mortes et un état de décomposition avancé.
Cycle de vie
Dans son aire de répartition d’origine, le longicorne asiatique a besoin d’un an pour compléter une génération. Ce même processus peut prendre plusieurs années dans les régions nordiques, plus fraîches. La période la plus active du longicorne adulte est de mai à juillet. Étant donné sa longue durée de vie, toutefois, il peut être observé pendant les journées chaudes tout au long de la saison de croissance. Bien que les adultes s’accouplent peu après leur émergence, ils passeront deux semaines à s’alimenter sur les rameaux, les pétioles et les nervures des feuilles pour achever leur maturation reproductive. Il arrive fréquemment que le longicorne adulte ponde des œufs sur l’arbre duquel il a émergé, ce qui peut entraîner des attaques répétées sur ce dernier. Il arrive également que l’adulte recherche un autre arbre adéquat, qu’il localise en détectant les substances chimiques (composés organiques volatils) libérées par les arbres. Il s’avère que les arbres stressés par la sécheresse produisent plus de composés volatils qui attirent les coléoptères.
Sur l’écorce de l’arbre hôte, les femelles creusent des trous pour y déposer individuellement ses œufs. Les larves nouvellement écloses se nourrissent d’abord des tissus dégradés autour de la fosse. Elles se déplacent ensuite à travers la couche de cambium et creusent des galeries latérales sous l’écorce. Au fur et à mesure que les larves grandissent, celles-ci creusent des galeries dans l’aubier et le bois de cœur. Toujours sous forme de larves, elles passent généralement l’hiver à l’intérieur de la galerie d’alimentation. Les larves excavent une chambre, près de l’écorce extérieure, où elles passeront au stade de pupe. Une fois adulte, l’insecte creuse un trou circulaire dans l’écorce pour en émerger.
Dommages
Les arbres de toutes les classes de dimension sont vulnérables aux infestations du longicorne asiatique. Si les dommages causés aux rameaux et aux feuilles par les longicornes adultes en phase de maturation sont considérés comme sans conséquence, les galeries forées par les larves causent des dommages importants au cambium, à l’aubier et au bois de cœur, où leur alimentation perturbe les fonctions de translocation essentielles de l’arbre, en plus de compromettre les propriétés structurelles de l’arbre. Les attaques sur un arbre peuvent se produire de manière répétée pendant plusieurs années, provoquant d’abord la mort des branches, puis celle de l’arbre entier.
Prévention et répression
La menace que représente le longicorne asiatique en tant qu’espèce nuisible envahissante a donné lieu à des quarantaines internationales et à des enquêtes intensives. Le Canada a participé activement à l’élaboration d’accords internationaux visant à réduire le risque de déplacement accidentel d’insectes xylophages, tels que le longicorne asiatique, en veillant à ce que les matériaux d’emballage en bois soient conformes aux normes internationales (par exemple, enlèvement complet de l’écorce et traitement du bois avant son utilisation comme emballage d’expédition).
Au Canada et aux États-Unis, la détection du longicorne asiatique a entraîné l’abattage et le déchiquetage de milliers d’arbres infestés et vulnérables. Ces programmes d’éradication réussis ont nécessité plusieurs années d’efforts soutenus. Malgré leur coût considérable, ils ont toutefois permis d’éviter les coûts supplémentaires liés à la réglementation, ainsi que la perte de millions d’arbres.
La menace que représente le longicorne asiatique a donné lieu à plusieurs initiatives de recherche sur les contrôles chimiques, microbiens et biologiques. Le public a joué un rôle essentiel dans l’obtention du consentement à l’enlèvement d’arbres et dans la sensibilisation au déplacement du bois de chauffage (qui pourrait contribuer à la propagation). Étant donné la suppression réussie du longicorne asiatique au Canada, les efforts sont maintenant orientés vers la prévention.
De son éclosion sous forme de larve jusqu’à son émergence une fois adulte, le longicorne asiatique reste caché dans des galeries et des chambres à l’intérieur de l’arbre, à l’abri à la fois de l’environnement et des options de gestion, ce qui rend la détection et le traitement difficiles. En Chine, où l’insecte est un ravageur indigène, on utilise largement les insecticides topiques et systémiques. Les pesticides homologués pour lutter contre le longicorne asiatique dans des situations particulières peuvent changer d’une année à l’autre. Ainsi, pour connaître les produits actuellement homologués et pour obtenir des renseignements quant à leur usage contre ce ravageur, veuillez consulter Information sur les produits parasitaires de Santé Canada. Tout produit homologué devrait être appliqué en fonction de la taille de la population et seulement lorsque cela est nécessaire et au stade de vie indiqué. Il est recommandé également de consulter un professionnel en arboriculture. Les pesticides peuvent être toxiques pour les humains, les animaux, les oiseaux, les poissons et d’autres insectes utiles. Veuillez, par conséquent, appliquer les produits homologués uniquement en cas de besoin et conformément aux indications inscrites sur l’étiquette du fabricant. Dans certaines juridictions et dans certaines situations, seul un professionnel autorisé peut appliquer des pesticides. Il est recommandé de consulter les autorités locales compétentes pour connaître les réglementations locales en vigueur.
Les stratégies de répression d’un ravageur particulier varient suivant plusieurs facteurs, notamment :
- les niveaux de population (c’est-à-dire, le nombre de ravageurs présents sur l’hôte ou les hôtes affectés);
- les dommages prévus ou toute autre conséquence négative résultant de l’activité du ravageur et du niveau de sa population sur l’hôte, les biens ou l’environnement;
- la compréhension du cycle de vie du ravageur, de ses divers stades de développement, de même que des divers agents biotiques et non biotiques qui affectent les niveaux de ses populations;
- le nombre de spécimens hôtes touchés (un seul arbre hôte, un petit groupe d’arbres hôtes, une plantation, une forêt);
- la valeur attribuée à l’hôte ou aux hôtes compte tenu des coûts rattachés aux approches de lutte contre le ravageur;
- la prise en considération des diverses approches de lutte de nature sylvicole, mécanique, chimique, biologique et naturelle, de même que les avantages et désavantages de chacune.
L’acquisition d’information sur chacun de ces facteurs est nécessaire aux prises de décisions relatives à l’application de l’une ou l’autre des stratégies de lutte contre un ravageur. Ces facteurs devront être soigneusement mis en balance par rapport aux coûts et avantages avant qu’on entreprenne toute action contre un ravageur donné.
Photos
Un longicorne asiatique adulte (vue dorsale).
Donald Duerr, USDA Forest Service, www.forestryimages.org
Références sélectionnées
Haack, R.A.; Hérard, F.; Sun, J. et Turgeon, J.J. 2010. Managing invasive populations of Asian longhorned beetle and citrus longhorned beetle: a worldwide perspective. Annual Review of Entomology, 55: 521-546. https://doi.org/10.1146/annurev-ento-112408-085427
Kimoto, T.; Duthie-Holt, M. et Dumouchel, L. 2006. Exotic forest insect guidebook. Agence canadienne d’inspection des aliments, Ottawa, Ontario. 120 p. https://publications.gc.ca/site/fra/9.689640/publication.html
Meng, P.S.; Hoover, K. et Keena, M.A. 2015. Asian longhorned beetle (Coleoptera: Cerambycidae), an introduced pest of maple and other hardwood trees in North America and Europe, Journal of Integrated Pest Management, 6(1): 4. https://doi.org/10.1093/jipm/pmv003
Pedlar, J.H.; McKenney, D.W.; Yemshanov, D. et Hope, E.S. 2020. Potential economic impacts of the Asian longhorned beetle (Coleoptera: Cerambycidae) in eastern Canada. Journal of Economic Entomology, 113(2): 839-850. https://doi.org/10.1093/jee/toz317
Smith, M.T.; Turgeon, J.J.; Groot, P. et Gasman, B. 2009. Asian longhorned beetle Anoplophora glabripennis (Motschulsky): lessons learned and opportunities to improve the process of eradication and management. American Entomologist, 55(1): 21-25. https://doi.org/10.1093/ae/55.1.21a
Turgeon, J. et Smith, M.T. 2013. Anoplophora glabripennis (Motschulsky), Asian longhorned beetle (Coleoptera: Cerambycidae). Pages 82-92 dans P. Mason et D.R. Gillespie, éditeurs. Biological control programmes in Canada 2001-2012. Commonwealth Agricultural Bureau International (CABI). Oxfordshire, Royaume-Uni. 504 p. https://doi.org/10.1079/9781780642574.0082
Turgeon, J.J.; Smith, M.T.; Pedlar, J.; Fournier, R.E.; Orr, M. et Gasman, B. 2022. Tree selection and use by the polyphagous xylophage Anoplophora glabripennis (Coleoptera: Cerambycidae) in Canada. Revue canadienne de recherche forestière, 52(4): 622-643. https://doi.org/10.1139/cjfr-2021-0244