Grand hylésine des pins
- Nom commun anglais : Pine shoot beetle
- Autre(s) nom(s) commun(s) : Blastophage destructeur du pin, hylésine du pin
- Nom scientifique : Tomicus piniperda (L.)
- Règne : Animalia
- Embranchement : Arthropoda
- Classe : Insecta
- Ordre : Coleoptera
- Famille : Curculionidae
-
Liste partielle des synonymes :
- Blastophagus piniperda Eichoff
- Myelophilus piniperda Eichoff
Renseignements généraux et importance
Le grand hylésine des pins est l'un des insectes forestiers les plus répandus et un ravageur commun de l’Europe de l’ouest à l'est de la Chine et au Japon. Des rapports à travers cette aire de répartition révèlent des variations considérables dans ses habitudes, sa saisonnalité et la nature des dommages causés. En Amérique du Nord, il a été découvert pour la première fois aux États-Unis, en Ohio, en 1992. Il a probablement été introduit dans des matériaux d'emballage en bois plusieurs années auparavant. Il a été découvert peu après dans plusieurs autres États entourant les Grands Lacs et dans le sud de l'Ontario et du Québec. Il s'est depuis répandu dans la plupart des forêts de l'est des États-Unis, mais pas aussi largement dans l'est du Canada. Le grand hylésine des pins est considéré comme un ravageur primaire dans les plantations d'arbres de Noël où les adultes détruisent les pousses vivantes des arbres vulnérables. Il est également un ravageur secondaire car il colonise les arbres affaiblis et récemment abattus dans lesquels il produit sa couvée.
Aire de répartition et hôtes
Le grand hylésine des pins est largement répandu et commun dans son aire de répartition naturelle, de la côte atlantique de l'Europe au Japon et à Hong Kong en Asie, et de la limite forestière de la Fennoscandie à l'Afrique du Nord. Il a été introduit en Amérique du Nord et se trouve actuellement dans la majeure partie du nord-est des États-Unis, du Wisconsin au Maine et au sud jusqu'au Missouri et à la Virginie. Au Canada, le grand hylésine des pins est établi dans le sud de l'Ontario et du Québec.
Ce coléoptère attaque de nombreuses espèces de pins (Pinus) dans son aire de répartition naturelle, mais le pin sylvestre (P. sylvestris) semble être l'hôte principal en Europe et préféré aux pins indigènes en Amérique du Nord. Certaines espèces de pins d'Amérique du Nord plantées en Europe ont été attaquées, notamment le pin tordu latifolié (P. contorta) et le pin de Monterey (P. radiata). En Chine, les plantations de pins du Yunnan (P. yunnanensis) sont particulièrement vulnérables. En Amérique du Nord, la plupart des pins semblent être des hôtes propices à l'achèvement du cycle biologique et à l'alimentation sur des pousses par les grands hylésines adultes. Cependant, la femelle adulte semble plus sélective quant à l'endroit où elle pond ses œufs, choisissant certaines espèces de pins comme le pin gris (P. banksiana) uniquement lorsqu'elle n'a pas de choix préféré comme le pin sylvestre ou des arbres fraîchement tombés disponibles.
Parties de l'arbre affectées
Pousses en développement (branches). Les grands hylésines des pins adultes creusent des galeries dans les pousses vivantes des pins hôtes, provoquant leur flétrissement et leur rupture. Les adultes creusent des galeries pour leur couvée sous l'écorce des arbres, introduisant souvent des champignons responsables du bleuissement, qui infectent le système vasculaire des arbres. Les larves creusent des galeries d'alimentation dans le tissu du phloème sous l'écorce, compromettant la translocation de l'eau et des nutriments, ce qui entraîne le dépérissement des branches.
Symptômes et signes
Les grands hylésines des pins adultes minent les pousses de l’année courante des pins sains tout au long de l'été et de l'automne, laissant des tubes de résine au point d'entrée près de la base de la pousse. Les pousses endommagées deviennent jaune-rouge et se courbent. Elles finissent par tomber de l'arbre et s'accumulent sur le sol. L'élimination de pousses entières par les adultes provoque un éclaircissement notable de la couronne de l'arbre, en particulier au sommet.
La présence de poussière de bois brune et blanche dans les fissures de l'écorce près du point d'entrée indique que les galeries d'œufs ont été creusées avec succès dans les arbres abattus ou affaiblis. Le retrait de l'écorce révèle des galeries d'œufs longitudinales le long du grain du bois; par conséquent, on les trouve verticalement sur les arbres debout et horizontalement sur les arbres tombés. Le grand hylésine des pins peut introduire des champignons causant un bleuissement, ce qui entraîne une coloration du bois caractéristique sous l'écorce. Les larves sont dépourvues de pattes, courbées, au corps blanc et à la tête brune. Les larves qui s’alimentent creusent des galeries sinueuses perpendiculaires à la galerie d'œufs et chacune d'elles se termine par une loge pupale sous l'écorce. Les larves matures mesurent 4 à 5 millimètres de long. Les pupes ressemblent aux adultes par leur forme mais sont blanches. Les adultes sortent en rongeant l'écorce, laissant des groupes de trous ronds, chacun d'environ 1,5 millimètre de diamètre. Les adultes mesurent 3 à 5 millimètres de long, sont brun clair à l'émergence, devenant brun foncé. Les arbres sur pied utilisés pour la couvée présentent un dépérissement important des branches et une mort éventuelle à mesure que le système vasculaire est progressivement endommagé.
Cycle de vie
Le grand hylésine des pins produit une génération par an. Les adultes émergent de leurs sites d'hivernage sous l'écorce extérieure des tiges inférieures des pins lorsque les températures printanières sont supérieures à 10 °C. Il est l'un des premiers scolytes à voler au printemps en Amérique du Nord. Les adultes volent bien et peuvent se déplacer sur des distances considérables à la recherche de nouveaux arbres hôtes, qu'ils localisent en détectant les odeurs de l'hôte (composés volatils des plantes). Les adultes peuvent se nourrir brièvement de feuillage, mais colonisent rapidement les souches fraîchement coupées, les grumes et les arbres vivants stressés. Les coléoptères sont monogames, les deux sexes creusant des galeries de couvée sous l'écorce. Les femelles pondent leurs œufs individuellement de chaque côté de la galerie tandis que le mâle adulte enlève les excréments. Une fois la ponte terminée, les adultes se retirent de la galerie. Ils peuvent recommencer à se nourrir de pousses en préparation de l'établissement de nouvelles couvées.
Les larves se nourrissent dans le phloème en creusant des galeries séparées et sinueuses de 2,5 à 10,0 centimètres de long, perpendiculaires aux galeries d'œufs. Elles terminent leur développement larvaire à la fin de mai ou en juin et leur pupaison se déroule à l'extrémité de la galerie d'alimentation. En juillet, de nouveaux adultes émergent par des trous de sortie individuels, qu'ils rongent à travers l'écorce. Les adultes volent ensuite vers les arbres vivants où ils commencent leur maturation en se nourrissant dans les pousses de pin de l’année courante, en creusant au milieu de la moelle des pousses. Chaque adulte peut détruire jusqu'à six pousses saines au cours de cette alimentation de maturation. Les adultes sortent de ces pousses après les premières températures sous le point de congélation à la fin de l'automne et descendent de l'arbre jusqu'aux sites d'hivernage sous l'écorce à la base de l'arbre. Les sites d'hivernage préférés se trouvent juste au-dessus de la couche d'humus, où ils sont protégés par la couverture de neige. Cependant, les grands hylésines hivernants peuvent être trouvés sur les troncs d'arbres jusqu'à 0,5 mètre au-dessus du niveau du sol lorsque les populations sont plus abondantes. Dans les climats plus chauds, les adultes peuvent rester dans les pousses pendant l’hiver, bien que cela soit rare.
Dommages
Les craintes initiales selon lesquelles le grand hylésine des pins envahirait les forêts naturelles de pins en Amérique du Nord ne se sont pas concrétisées. Dans la plupart des cas, les dommages se sont limités aux pins sylvestres stressés et aux pins gris indigènes plantés sur des sites pauvres. Les dommages économiques les plus importants sont causés par les grands hylésines des pins adultes qui minent les jeunes pousses des arbres. Les pousses endommagées jaunissent et se déforment, finissant par se casser, ce qui affecte la croissance et l'apparence des arbres importants dans les pépinières et les plantations d'arbres de Noël. Les dommages secondaires sont causés par les adultes qui colonisent les arbres stressés et récemment tombés et établissent une couvée sous l'écorce. Les larves qui se nourrissent construisent des galeries dans le tissu du phloème sous l'écorce, provoquant le dépérissement des branches des arbres vivants et la mort éventuelle des arbres.
Prévention et répression
L’association évidente du grand hylésine des pins avec les arbres fraîchement abattus, les souches et les arbres stressés poussant sur des sites pauvres fournit des stratégies claires de prévention et de répression. L’éclaircis des arbres non vigoureux, le remplacement d’espèces non indigènes comme le pin sylvestre, la coupe des souches au niveau du sol et l’élimination des chablis sont toutes des pratiques sylvicoles visant à assainir les peuplements et à prévenir l’augmentation des populations de grands hylésines des pins. Les niveaux de population peuvent être évalués à l’aide d’outils de surveillance tels que des pièges appâtés, qui capturent les adultes en vol, et des « billes d’appât » (billes de pin fraîchement coupées placées au début du printemps avant le premier vol des adultes avant que les températures n’atteignent 10 °C) pour concentrer la colonisation du grand hylésine des pins. Ces billes d’appât donnent une indication des densités locales de ravageurs et les billes infestées peuvent être déchiquetées ou brûlées pour détruire les couvées avant leur émergence.
À la suite de la découverte du grand hylésine des pins dans les années 1990, des mesures réglementaires (quarantaine) ont été mises en place par les organismes gouvernementaux canadiens et américains. L’objectif était de réduire les déplacements accidentels du grand hylésine des pins, notamment via le marché des arbres de Noël. Toutefois, ces mesures réglementaires ont maintenant été levées en raison du faible risque apparent d’introduction du grand hylésine des pins dans les forêts de pins indigènes et de l’argument selon lequel les coûts associés à la réglementation dépassent les avantages de tout dommage futur différé qui pourrait en résulter.
Les stratégies de répression d’un ravageur particulier varient suivant plusieurs facteurs, notamment :
- le niveau de la population du ravageur (c'est-à-dire le nombre de ravageurs présents sur l'hôte ou les hôtes affectés);
- les dommages prévus ou toute autre conséquence négative résultant de l'activité du ravageur et du niveau de sa population sur l'hôte, les biens ou l'environnement;
- la compréhension du cycle de vie du ravageur, de ses divers stades de développement, de même que des divers agents biotiques et non biotiques qui affectent les niveaux de ses populations;
- le nombre de spécimens hôtes touchés (un seul arbre hôte, un petit groupe d’arbres hôtes, une plantation, une forêt);
- la valeur attribuée à l'hôte ou aux hôtes compte tenu des coûts rattachés aux approches de lutte contre le ravageur;
- la prise en considération des diverses approches de lutte de nature sylvicole, mécanique, chimique, biologique et naturelle, de même que de les avantages et désavantages de chacune.
L’acquisition d’information sur chacun de ces facteurs est nécessaire aux prises de décisions relatives à l’application de l’une ou l’autre des stratégies de lutte contre un ravageur. Ces facteurs devront être soigneusement mis en balance par rapport aux coûts et avantages avant qu’on entreprenne toute action contre un ravageur particulier.
Les pesticides homologués pour lutter contre le grand hylésine des pins dans des situations particulières peuvent changer d'une année à l'autre. Ainsi, pour connaître les produits actuellement homologués et pour obtenir des renseignements quant à leur usage contre ce ravageur, veuillez consulter la base de données Information sur les produits antiparasitaires de Santé Canada. Tout produit homologué devrait être appliqué en fonction de la taille de la population et seulement lorsque nécessaire et au stade de vie indiqué. Il est recommandé également de consulter un professionnel local en arboriculture. Les pesticides peuvent être toxiques pour les humains, les animaux, les oiseaux, les poissons et d’autres insectes utiles. Veuillez, par conséquent, appliquer les produits homologués uniquement en cas de besoin et conformément aux indications inscrites sur l’étiquette du fabricant. Dans certaines juridictions et certaines situations, seul un professionnel autorisé peut appliquer des pesticides. Il est recommandé de consulter les autorités locales compétentes pour déterminer les réglementations locales en vigueur.
Photos
Références sélectionnées
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