Brûlure bactérienne
- Nom de la maladie en anglais : Fire blight
- Autres noms de la maladie : Feu bactérien
- Nom de l'agent pathogène : Erwinia amylovora (Burrill, 1882) Winslow et al., 1920 emend. Hauben et al., 1998
- Règne : Bacteria
- Embranchement : Proteobacteria
- Classe : Gammaproteobacteria
- Ordre : Enterobacterales
- Famille : Erwiniaceae
Renseignements généraux et importance
Erwinia amylovora, l'un des agents pathogènes des plantes les plus étudiés, est une entérobactérie à Gram négatif importante historiquement, car elle a été la première bactérie à être reconnue comme pathogène chez les plantes. La brûlure bactérienne, causée par E. amylovora, est une maladie destructrice qui affecte gravement la pomoculture et les espèces indigènes de rosacées.
Au cours des deux dernières décennies, des progrès importants ont été réalisés dans la compréhension d’E. amylovora et de la brûlure bactérienne, notamment en ce qui concerne la diversité génétique et génomique, les interactions hôte-pathogène, la résistance de l’hôte et la répression de la maladie.
Aire de répartition et hôtes
Erwinia amylovora affecte les membres de la famille des rosacées (Rosaceae). La plupart de ses hôtes naturels appartiennent à la sous-famille des pommiers (Maloideae), qui comprend les pommiers (Malus) et les poiriers (Pyrus). Certains hôtes appartiennent également à la sous-famille des rosacées (Rosoideae), comme les fraisiers (Fragaria) et les framboisiers (Rubus), ainsi qu'à la sous-famille des fruits à noyau (Amygdaloideae), qui comprend les cerisiers et les pruniers (Prunus).
Au Canada, les principaux hôtes d'E. amylovora comprennent le sorbier (Sorbus), le pommier, le cerisier de Virginie (Prunus virginiana), le poirier, l’aubépine (Crataegus), l’amélanchier à feuilles d’aulne (Amelanchier alnifolia) et la spirée blanche (Spirea alba).
On pense que cette bactérie destructrice des cultures est originaire d'Amérique du Nord. En 2024, la brûlure bactérienne s'est propagée dans la plupart des pays producteurs de fruits à pépins du monde, à l'exception notable de l'Australie et de certaines régions d'Amérique du Sud. Des infestations récentes de brûlure bactérienne ont eu lieu en Corée et en Chine.
Parties de l'arbre affectées
Feuilles, branches, écorce, fleurs et fruits des hôtes vulnérables.
Symptômes et signes
Erwinia amylovora est une bactérie courte, en forme de bâtonnet, aux extrémités arrondies et entourée de nombreux flagelles. L'infection par E. amylovora affecte les feuilles, les pousses, les branches, l'écorce, les fleurs et les fruits du pommier, du poirier et de nombreuses autres plantes de la famille des rosacées. Tous les symptômes se manifestent à la surface et sont généralement faciles à reconnaître.
Au printemps, les fleurs infectées flétrissent et brunissent brusquement. Les symptômes observés sur les fleurs comprennent un aspect « imbibé d'eau » du réceptacle floral, de l'ovaire et des pédoncules. Les tissus affectés prennent une couleur gris-vert terne une à deux semaines après la chute des pétales, finissant par se flétrir et noircir. En cas de forte humidité, des gouttelettes opaques blanches ou ambrées de suintement bactérien apparaissent souvent sur les tissus infectés. L'écorce des branches et des tiges devient rougeâtre et semble gorgée d'eau à la limite de l'infection qui progresse, puis se fissure et noircit. Le bois sous l'écorce développe des stries de décoloration noire. Les rameaux et les feuilles infectés brunissent et semblent brûlés par le feu, d'où le nom commun de la maladie. Une forme caractéristique de rameaux avec un crochet à une extrémité, souvent appelée « bâton de berger », peut se former lorsque l'extrémité d'une pousse se flétrit. Les feuilles des pousses affectées noircissent souvent le long de leurs nervures médianes.
Les jeunes fruits infectés paraissent aqueux ou huileux et exsudent des gouttelettes d'un mucus clair, laiteux ou ambré. Ils deviennent ensuite coriaces et prennent des teintes brunes ou noires, selon l'espèce. Les fruits flétris et coriaces restent généralement attachés à l'arbre.
Cycle de la maladie
La brûlure bactérienne se propage généralement par des bactéries qui hivernent dans les chancres résiduels présents sur la tige principale, les branches ou les rameaux infectés. Au printemps, à l'ouverture des fleurs, ces chancres libèrent un exsudat bactérien qui se propage par la pluie, la rosée abondante ou le brouillard porté par le vent et infecte les fleurs et les jeunes feuilles. La brûlure bactérienne peut également être propagée par des pollinisateurs comme les abeilles, les insectes suceurs et broyeurs, les insectes foreurs et les outils de taille contaminés. Les conditions optimales pour l'infection et le développement de la maladie sont des températures chaudes (24 à 28 °C) et une humidité élevée.
La bactérie peut pénétrer dans un arbre hôte par les fleurs, les feuilles ou les blessures de la tige. Dans les fleurs, les bactéries se multiplient rapidement dans le nectar, puis pénètrent dans les tissus floraux. De là, elles se propagent aux branches voisines. Outre les fleurs, la bactérie peut également pénétrer par les stomates et les lenticelles. Les lésions causées par l'alimentation des insectes ou les dommages physiques, comme les coupures causées par des outils de taille infectés, sont également très vulnérables à l'infection.
Une fois que la bactérie pénètre dans le xylème ou le parenchyme cortical de la plante, elle provoque des lésions noires et nécrotiques pouvant produire un exsudat bactérien visqueux. Cet exsudat chargé de bactéries peut se propager à d'autres parties de la même plante et provoquer des infections secondaires ou infecter de nouvelles plantes par l'intermédiaire les éclaboussures de pluie, les oiseaux ou les insectes.
Les extrémités des jeunes branches peuvent être infectées par les stomates ou par des blessures causées par la taille, les insectes ou la grêle, qui constituent autant de points d'entrée courants. Un exsudat bactérien peut apparaître en l’espace de trois jours sur les rameaux infectés. Les fruits peuvent également être infectés par des blessures causées par les insectes. Des chancres finissent par se former à partir des infections des branches. À partir du point d'infection initial, l'agent pathogène se propage dans le système vasculaire de l'arbre, atteignant finalement les racines ou le point de greffe. Une fois les racines atteintes, l'arbre ou l'arbuste meurt souvent. Une taille et une fertilisation excessives, notamment à l’azote, peuvent favoriser la formation de gourmands (pousses verticales à croissance rapide et faiblement attachées au tronc ou aux branches; aussi appelées pousses adventives) et d'autres pousses estivales, augmentant ainsi la vulnérabilité de l'arbre. La brûlure bactérienne se propage rapidement par temps chaud et humide, mais entre en dormance en hiver lorsque les températures baissent.
Dommages
La brûlure bactérienne est l'une des maladies les plus destructrices pour les arbres fruitiers en Amérique du Nord. La maladie se manifeste de façon sporadique et imprévisible, avec des infestations occasionnelles atteignant des proportions épidémiques. On estime que les pertes de production fruitière dues à la brûlure bactérienne coûtent annuellement environ 100 millions de dollars aux États-Unis (il n'existe pas de statistiques correspondantes pour le Canada). La capacité d'E. amylovora à former des biofilms réduit l'efficacité des pesticides à base de cuivre, ce qui souligne la nécessité de stratégies alternatives de lutte contre la maladie.
La brûlure bactérienne provoque diverses blessures, notamment le dépérissement des rameaux et des branches, des chancres, ainsi que le noircissement et le flétrissement des feuilles et des fruits. Les infections graves peuvent entraîner une perte de croissance importante, une baisse du rendement fruitier et, dans les cas extrêmes, la mort de l'arbre ou de l'arbuste entier. L'impact socio-économique de la brûlure bactérienne est considérable, affectant non seulement la production fruitière commerciale, mais aussi les arbres d'ornement en milieu urbain. Sur le plan écologique, la maladie peut réduire la biodiversité dans les zones touchées où les espèces de rosacées sont dominantes.
Prévention et répression
Pour réduire les risques de brûlure bactérienne chez les arbres d'ornement, il est conseillé de les planter dans des sols bien drainés au pH modéré (entre 5,5 et 6,5). Certains cultivars peuvent être sélectionnés en raison de leur résistance à la brûlure bactérienne. De plus, il faut éviter les apports excessifs d'azote (comme certains engrais à gazon). Si un arbre est atteint, il faut éliminer le bois infecté avant que la maladie ne se propage, car il est souvent possible de sauver les parties non touchées de l'arbre. Les rameaux et branches infectés doivent donc être taillés à au moins 30 centimètres au-delà des derniers signes visibles d'infection par E. amylovora. Tous les outils de jardinage utilisés pour la taille doivent être désinfectés afin d'éviter toute propagation du pathogène à d'autres arbres vulnérables. Assurez-vous que les arboriculteurs font de même s'ils élaguent votre ou vos arbres.
Dans les vergers, il est essentiel d'inspecter régulièrement les arbres et les arbustes afin de détecter rapidement les nouvelles infections. Bien qu'il n'existe aucun remède contre la brûlure bactérienne, sa propagation et son impact peuvent être réduits grâce à des approches de lutte intégrée. Celles-ci comprennent :
- la sélection des cultivars et des porte-greffes pour leur résistance à la maladie;
- le choix judicieux du site;
- la gestion de la vigueur des arbres et du verger en général;
- la gestion de la charge fruitière et de la croissance végétative des arbres du verger;
- l'éclaircis chimique pendant la floraison;
- la gestion du microclimat du verger;
- la lutte contre les autres insectes et maladies du verger;
- une taille soignée et opportune;
- et l'application de pesticides homologués au moment opportun.
De plus amples renseignements sur ces différentes approches sont disponibles sur le site Web d'Agriculture et Agroalimentaire Canada : Lutte intégrée contre le feu bactérien sur les pommiers et les poiriers au Canada.
La recherche sur les agents de lutte biologique a débuté il y a plus de 100 ans et se poursuit dans de nombreux pays, notamment dans les régions où la brûlure bactérienne entraîne des pertes économiques importantes. Plusieurs produits commerciaux à base d'agents de lutte biologique bactérienne ont été développés pour contribuer à la lutte contre la brûlure bactérienne.
Les stratégies de répression d’un ravageur particulier varient suivant plusieurs facteurs, notamment :
- le niveau de la population du ravageur (c'est-à-dire le nombre de ravageurs présents sur l'hôte ou les hôtes affectés);
- les dommages prévus ou toute autre conséquence négative résultant de l'activité du ravageur sur l'hôte, les biens ou l'environnement;
- la compréhension du cycle de vie du ravageur, de ses divers stades de développement, de même que des divers agents biotiques et non biotiques qui affectent les niveaux de ses populations;
- le nombre de spécimens hôtes individuels touchés (un seul arbre hôte, un petit groupe d’arbres hôtes, une plantation, une forêt);
- la valeur attribuée à l'hôte ou aux hôtes compte tenu des coûts rattachés aux approches de lutte contre le ravageur;
- l’examen des diverses approches de lutte de nature sylvicole, mécanique, chimique, biologique et naturelle, ainsi que de leurs avantages et de leurs inconvénients respectifs.
L’acquisition d’information sur chacun de ces facteurs est nécessaire aux prises de décisions relatives à l’application de l’une ou l’autre des stratégies de lutte contre un ravageur. Il convient ensuite de soupeser soigneusement les coûts et les avantages avant d'entreprendre toute mesure de lutte contre un organisme nuisible donné..
Les pesticides homologués pour être utilisés contre E. amylovora dans certaines situations particulières peuvent changer d'une année à l'autre. Ainsi, pour connaître les produits actuellement homologués et pour obtenir des renseignements quant à leur usage contre ce ravageur, veuillez consultez la base de données Information sur les produits antiparasitaires de Santé Canada. Tout produit homologué devrait être appliqué en fonction de la taille de la population et seulement lorsque nécessaire et au stade de vie indiqué. Il est recommandé également de consulter un professionnel local en arboriculture. Les pesticides peuvent être toxiques pour les humains, les animaux, les oiseaux, les poissons et d’autres insectes utiles. Veuillez, par conséquent, appliquer les produits homologués uniquement en cas de besoin et conformément aux indications inscrites sur l’étiquette du fabricant. Dans certaines administrations et dans certaines situations, seul un professionnel autorisé peut appliquer des pesticides. Il est recommandé de consulter les autorités locales compétentes pour déterminer les réglementations locales en vigueur.
Photos
Sorbier décoratif présentant des symptômes de la maladie de la brûlure bactérienne causée par Erwinia amylovora, notamment des feuilles et des rameaux secs et fanés.
André Carpentier
Bibliographie sélective
Beer, S.V. et Norelli, J.L. 1977. Fire blight epidemiology: factors affecting release of Erwinia amylovora by cankers. Phytopathology, 67(11), 1119-1125. https://doi.org/10.1094/phyto-67-1119
Holtappels, M., Noben, J.P., Van Dijck, P. et Valcke, R. 2018. Fire blight host-pathogen interaction: proteome profiles of Erwinia amylovora infecting apple rootstocks. Scientific Reports, 8(1), 11689. https://doi.org/10.1038/s41598-018-30064-x
Johnson, K.B. 2000. Fire blight of apple and pear. The Plant Health Instructor, 2015, 43-69. https://doi.org/10.1094/PHI-I-2000-0726-01
Malnoy, M., Martens, S., Norelli, J.L., Barny, M.-A., Sundin, G.W., Smits, T.H.M. et Duffy, B. 2012. Fire blight: applied genomic insights of the pathogen and host. Annual Review of Phytopathology, 50(1), 475-494. https://doi.org/10.1146/annurev-phyto-081211-172931
Norelli, J.L., Jones, A.L. et Aldwinckle, H.S. 2003. Fire blight management in the twenty-first century: using new technologies that enhance host resistance in apple. Plant Disease, 87(7), 756-765. https://doi.org/10.1094/PDIS.2003.87.7.756
Puławska, J., Mikiciński, A. et Sobiczewski, P. 2024. The history of fire blight biocontrol with Gram-negative bacteria and bacteriophages. Journal of Plant Pathology, 106(3), 839-851. https://doi.org/10.1007/s42161-023-01554-3
Rezzonico, F., Emeriewen, O.F., Zeng, Q., Peil, A., Smits, T.H.M. et Sundin, G.W. 2024. Burning questions for fire blight research: I. Genomics and evolution of Erwinia amylovora and analyses of host-pathogen interactions. Journal of Plant Pathology, 106(3), 797-810. https://doi.org/10.1007/s42161-023-01581-0
Thomson, S.V. 1986. The role of the stigma in fire blight infections. Phytopathology, 76(5), 476-482. https://www.apsnet.org/publications/phytopathology/backissues/Documents/1986Articles/Phyto76n05_476.PDF
Van Der Zwet, T. et Keil, H.L. 1979. Fire blight: a bacterial disease of rosaceous plants. United States Department of Agriculture. Agriculture Handbook Number 510. Washington, D.C. 200 p.
Vanneste, J. (2008). Erwinia amylovora (fireblight). CABI Compendium. https://doi.org/10.1079/cabicompendium.21908
Wall, R.E. 1983. Fire blight of wild raspberry on clear-cut forest areas. Canadian Forestry Service, Maritimes Forest Research Centre. Fredericton, New Brunswick. CFS Research Notes 3, 2-3.
Citer cette fiche
Becker, E. 2026. Fire blight Brûlure bactérienne. Dans J.P. Brandt, J.-L. St-Germain, A.C. Skinner, B.C. Callan et V.G. Nealis, éditeurs. Arbres, insectes, acariens et maladies des forêts du Canada. Ressources naturelles Canada, Service canadien des forêts, Administration centrale. Ottawa, Ontario.Détails de la page
- Date de modification :