Spongieuse
- Nom commun anglais : Spongy moth
- Autre(s) nom(s) commun(s) : Spongieuse nord-américaine
- Nom scientifique : Lymantria dispar (Linnaeus)
- Règne : Animalia
- Embranchement : Arthropoda
- Classe : Insecta
- Ordre : Lepidoptera
- Famille : Erebidae
-
Liste partielle des synonymes :
- Porthetria dispar (Linnaeus)
Renseignements généraux et importance
La spongieuse est un défoliateur eurasien des arbres feuillus. Elle a été introduite accidentellement en Amérique du Nord près de Boston, aux États-Unis, en 1869. Elle s'est depuis établie dans toutes les forêts tempérées de l'est des États-Unis et du Canada. Sa propagation accélérée et la défoliation qu’elle a générée dans les années 1950 ont mené à des applications répétées du pesticide DDT aux États-Unis. Cela a eu des effets négatifs sur l'environnement et a conduit à l'interdiction du DDT.
Des infestations localisées de spongieuses sont apparues au Canada près de la frontière avec les États-Unis, entre Montréal et Kingston, au cours des années 1960 et 1970. Ces infestations ont été considérées comme éradiquées à l’aide de pesticides. Dans les années 1980, de vastes zones de défoliation ont été enregistrées dans le sud-est de l'Ontario et l'éradication de cet insecte dans cette partie du Canada n'était plus considérée comme possible. Toutefois, dans l'ouest du Canada, les nouvelles infestations de spongieuses détectées grâce à une surveillance régulière continuent d’être éradiquées afin d'éviter que la spongieuse ne s'y établisse.
L'Agence canadienne d'inspection des aliments désigne cet insecte sous le nom de spongieuse nord-américaine, malgré son origine européenne et son statut d'espèce exotique envahissante. Ce nom vise à distinguer le statut réglementaire de la sous-espèce européenne de la spongieuse, établie dans l'est de l'Amérique du Nord, des sous-espèces asiatiques qui ne sont pas établies en Amérique du Nord. Ces dernières présentent des différences au niveau biologique ainsi que des provenances qui sont importantes pour les mesures réglementaires.
Aire de répartition et hôtes
La spongieuse est actuellement (2024) établie dans les régions forestières des Grands Lacs et du Saint-Laurent et de la forêt acadienne dans l'est du Canada au sud du 49e parallèle. Elle est fréquemment détectée dans les pièges à phéromone dans les provinces de l'Ouest, mais ne s'y est pas établie. Ceci est le résultat de programmes d'éradication ou de causes naturelles. Aux États-Unis, la spongieuse est présente dans toutes les forêts de l'est, du Maine à la Virginie, et dans les états bordant les Grands Lacs.
Les hôtes principaux de la spongieuse, tant dans son aire d'origine qu'en Amérique du Nord, sont les chênes (Quercus). Cependant, la plupart des autres feuillus communs au Canada, y compris le bouleau (Betula), le peuplier (Populus), l'aulne (Alnus), le saule (Salix), le cerisier (Prunus) et le pommier (Malus), y sont également vulnérables. Lors des infestations, la spongieuse peut se nourrir du feuillage d’une longue liste d'arbres, d'arbustes et même de conifères ornementaux, tels que l'épinette bleue (Picea pungens).
Parties de l'arbre affectées
Feuillage des feuillus et conifères
Symptômes et signes
Les masses d'œufs sont de forme ovale et peuvent atteindre 20 millimètres de long. Elles sont recouvertes de poils de couleur beige déposés par la femelle, ce qui leur donne un aspect mou et spongieux (d'où le nom commun de « spongieuse »). Les chenilles qui éclosent au printemps mesurent 2 à 3 millimètres de long et sont recouvertes de longs poils noirs. Les larves matures mesurent jusqu'à 60 millimètres de long et présentent deux rangées distinctes de grandes taches sur le dos. Les taches sont disposées en cinq paires bleues et six paires rouges de la tête à l'arrière du corps. Le corps est recouvert de nombreux longs poils. Les pupes mesurent jusqu'à 35 millimètres de long. Les femelles ne volent pas mais ont des ailes antérieures entièrement développées, blanches avec de légères bandes plus foncées et une envergure allant de 37 à 62 millimètres. Les mâles sont brun beige avec des marques noires irrégulières sur les ailes et ont une envergure de 37 à 50 millimètres. Les mâles ont des antennes impressionnantes, semblables à des plumes, qui leur permettent de détecter la phéromone de la femelle.
Les masses d'œufs sont souvent bien cachées dans l'habitat, notamment dans les crevasses des roches, sous les structures humaines extérieures et dans les crevasses de l'écorce des arbres. Les petites larves se nourrissent volontiers de feuilles situées plus haut dans la canopée des arbres. Les larves matures sont très visibles. Il s'agit d'une grosse chenille velue qui se rassemble pendant la journée sur les parties ombragées du tronc de l'arbre et les branches inférieures. Les larves quittent souvent l'arbre pour que leur pupaison se déroule dans des endroits abrités, loin de la plante hôte.
Cycle de vie
La spongieuse ne produit qu’une génération par an. Les femelles adultes pondent tous leurs œufs au milieu ou à la fin de l'été, en une ou plusieurs masses, certaines contenant plus de 1000 œufs. Les embryons passent au stade larvaire par temps chaud, mais restent en dormance dans leur sacs ovigères pendant l'hiver.
Les chenilles éclosent au printemps. Elles grimpent au sommet des arbres où elles se laissent planner sur de fils de soie jusqu'à plusieurs centaines de mètres. Finalement, elles s'installent et commencent à se nourrir dans la cime de l'arbre. Au fur et à mesure que les larves grandissent, elles quittent la cime supérieure de l'arbre pendant la journée et se rassemblent sur les branches inférieures. La période d'alimentation dure de six à huit semaines. La pupaison des larves a lieu dans des endroits abrités, souvent loin des arbres hôtes. Lorsque la femelle, incapable de vol, émerge, elle émet une phéromone qui attire les mâles pour qu'ils s'accouplent.
Lorsque la spongieuse envahit de nouvelles zones, des infestations se développent souvent rapidement là où les arbres feuillus (en particulier les chênes) sont abondants. L'intensité et la durée de ces infestations sont très variables en Amérique du Nord. Lorsque la spongieuse a occupé de plus vastes régions forestières dans les années 1980, les infestations se sont synchronisées sur des centaines de kilomètres. La modélisation des schémas historiques d'invasion et des exigences saisonnières de la spongieuse démontre que le changement climatique crée une plus grande zone propice à la spongieuse au Canada, en particulier à l'ouest des Grands Lacs.
Dommages
L'augmentation rapide des populations de spongieuses peut entraîner la défoliation complète des arbres feuillus. Heureusement, les arbres sains peuvent produire leur feuillage à nouveau au cours de la même saison. Si la défoliation ne se produit pas pendant plusieurs années consécutives, la mortalité des arbres ne devrait pas être importante. Pour les quelques conifères vulnérables, comme la pruche du Canada (Tsuga canadensis), les conséquences de la défoliation par la spongieuse peuvent être plus graves. Les longs poils urticants des chenilles de la spongieuse peuvent provoquer des réactions allergiques chez certaines personnes.
Les effets économiques directs des dommages causés par la spongieuse sur la foresterie canadienne sont modestes, car les essences feuillues d'importance commerciale ne sont pas couramment tuées par des défoliations occasionnelles. Pendant les infestations, des années consécutives de défoliation entraînent un certain dépérissement des cimes et une certaine mortalité des arbres. Dans certains cas, cependant, cette mortalité a eu un effet d'éclaircissement et a contribué positivement à une plus grande diversité forestière. Des coûts économiques importants peuvent résulter de la mise en quarantaine des zones infestées, car celle-ci entraîne des barrières commerciales nécessitant des programmes de surveillance et d'éradication, des inspections phytosanitaires et des restrictions sur le déplacement de certains produits du bois et des plantes. Des répercussions socio-économiques significatives résultent également de l'infestation d'arbres d'agrément de grande valeur sur les propriétés privées et dans les parcs publics.
Prévention et répression
Les stratégies de répression d’un ravageur particulier varient suivant plusieurs facteurs, notamment :
- le niveau de la population du ravageur (c'est-à-dire le nombre de ravageurs présents sur l’hôte ou les hôtes affectés);
- les dommages prévus ou toute autre conséquence négative résultant de l'activité du ravageur et du niveau de sa population sur l'hôte, les biens ou l'environnement;
- la compréhension du cycle de vie du ravageur, de ses divers stades de développement, de même que des divers agents biotiques et non biotiques qui affectent les niveaux de ses populations;
- le nombre de spécimens hôtes touchés (un seul arbre hôte, un petit groupe d’arbres hôtes, une plantation, une forêt);
- la valeur attribuée à l'hôte ou aux hôtes compte tenu des coûts rattachés aux approches de lutte contre le ravageur;
- la prise en considération des diverses approches de lutte de nature sylvicole, mécanique, chimique, biologique et naturelle, de même que de les avantages et désavantages de chacune.
L’acquisition d’information sur chacun de ses facteurs est nécessaire aux prises de décisions relatives à l’application de l’une ou l’autre des stratégies de lutte contre un ravageur. Ces facteurs devront être soigneusement mis en balance par rapport aux coûts et avantages avant qu'on entreprenne toute action contre un ravageur particulier.
La pratique de répression à long terme la plus efficace contre la spongieuse est de limiter l'expansion de son aire de répartition en restreignant les voies d'invasion. Les femelles ne volant pas, les nouvelles infestations sont souvent causées par le transport involontaire par l'homme de masses d'œufs déposées sur des structures humaines, telles que des véhicules, des meubles d'extérieur et des équipements de loisirs. L'Agence canadienne d'inspection des aliments (directive D-98-09) restreint les déplacements de ces structures et d'autres marchandises transportables, notamment les arbres de Noël, le matériel de pépinière et le bois de chauffage, en provenance de zones réglementées (infestées), afin de réduire les nouvelles introductions.
Les zones non réglementées du Canada qui sont menacées par de nouvelles introductions de la spongieuse et dont le climat est propice à cet insecte sont surveillées à l'aide de pièges à phéromones afin de détecter les nouvelles infestations. Si ces infestations persistent ou s'étendent, des programmes d'éradication sont mis en œuvre. Aux États-Unis, un programme de ralentissement de la propagation de la spongieuse a combiné des quarantaines (pour réduire le transport de l’insecte sur de longues distances par des personnes) et une éradication agressive des infestations sur de courtes distances le long de la frontière de l’aire de répartition. Ce programme a permis de retarder l'expansion de la spongieuse sur plusieurs fronts pendant de nombreuses années.
De nombreux parasitoïdes d'insectes s'attaquant à la spongieuse dans son aire de répartition d'origine ont été introduits en Amérique du Nord à des fins de lutte biologique. La plupart de ces parasitoïdes sont maintenant courants dans les infestations de spongieuses en Amérique du Nord, mais leur effet sur la dynamique des populations de spongieuses n'est pas encore clair. Un virus d’origine naturelle et un champignon pathogène ont été introduits fortuitement en Amérique du Nord et ont réduit les populations de spongieuses de leurs plus hautes densités. Le champignon pathogène, Entomophaga maimaiga, a été particulièrement efficace pour réduire les populations en deçà des niveaux dommageables. Les petits mammifères prédateurs sont importants lorsque les densités de spongieuses sont faibles, mais ils ne semblent pas empêcher la résurgence des populations.
Les techniques de suppression des infestations et d'éradication des populations naissantes utilisent des applications aériennes ou terrestres d'insecticides. Les phéromones et les pesticides sont définis comme des produits de lutte antiparasitaire et sont réglementés au Canada. Les phéromones et les pesticides homologués pour lutter contre la spongieuse dans des situations particulières peuvent changer d'une année à l'autre. Ainsi, pour connaître les produits actuellement homologués et pour obtenir des renseignements quant à leur usage contre ce ravageur, veuillez consulter la base de données Information sur les produits antiparasitaires de Santé Canada. Tout produit homologué devrait être appliqué en fonction de la taille de la population et seulement lorsque cela est nécessaire et seulement au stade de vie indiqué. Il est également recommandé de consulter un professionnel local en arboriculture. Les pesticides chimiques peuvent être toxiques pour les humains, les animaux, les oiseaux, les poissons et d’autres insectes utiles. Veuillez, par conséquent, appliquer les produits homologués uniquement en cas de besoin et conformément aux indications inscrites sur l'étiquette du fabricant. Dans certaines juridictions et dans certaines situations, seul un professionnel autorisé peut appliquer des pesticides. Il est recommandé de consulter les autorités locales compétentes pour connaître les réglementations locales en vigueur.
Photos
Masse d'œufs de spongieuse recouverte de poils de couleur beige et déposée sur l'écorce d'un chêne rouge.
Thérèse Arcand
Une jeune larve de spongieuse qui a récemment mué. La peau qui a été retirée est visible sous la larve.
Thérèse Arcand
Spongieuse mâle adulte (envergure : 35 à 40 millimètres). Notez la différence de coloration entre les papillons mâles et femelles.
Thérèse Arcand
Pupe de spongieuse sur une feuille de chêne rouge. La peau résultant de la dernière mue est attachée à la pupe.
Thérèse Arcand
Pupe de spongieuse sur une feuille de bouleau gris. La peau résultant de la dernière mue est attachée à la pupe.
Thérèse Arcand
Pupe de spongieuse sur une feuille de chêne rouge. La peau résultant de la dernière mue est attachée à la pupe.
Thérèse Arcand
Spongieuse femelle adulte (envergure : jusqu'à 65 millimètres). Notez la différence de coloration entre les papillons mâles et femelles.
Thérèse Arcand
Une image en gros plan d'œufs de spongieuse recouverts de poils à l'intérieur de la masse d'œufs.
Thérèse Arcand
Gros plan de larves de spongieuses nouvellement écloses montrant leurs nombreux poils et la masse d'œufs de couleur beige visible sous plusieurs d'entre elles.
Thérèse Arcand
Tête d'une larve mature de spongieuse montrant une coloration et des touffes de poils caractéristiques de cette espèce.
Thérèse Arcand
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