Papillon satiné
- Nom commun anglais : Satin moth
- Nom scientifique : Leucoma salicis (L.)
- Règne : Animalia
- Embranchement : Arthropoda
- Classe : Insecta
- Ordre : Lepidoptera
- Famille : Erebidae
-
Liste partielle des synonymes :
- Stilpnotia salicis Linnaeus
Renseignements généraux et importance
Le papillon satiné est une espèce introduite originaire d’Europe et d’Asie. Lors de son introduction initiale au Canada, l’insecte s’attaquait principalement aux espèces de peupliers (Populus) et de saules (Salix) non indigènes. Cependant, depuis son introduction, il a atteint des niveaux d’infestation sur plusieurs espèces de peupliers indigènes en Colombie-Britannique, en Alberta, en Ontario et dans l’Est du Canada. Les facteurs à l’origine de ce changement de comportement sont incertains.
Aire de répartition et hôtes
Les premiers signalements du papillon satiné en Amérique du Nord remontent à 1920 et proviennent des environs de Boston, au Massachusetts, et du sud-ouest de la Colombie-Britannique. En 1930, il a été détecté dans les provinces maritimes. L’insecte est actuellement présent dans le sud et le centre de la Colombie-Britannique et de l’Alberta, dans le sud et le nord-ouest de l’Ontario, dans le sud du Québec, au Nouveau-Brunswick, dans l’Île-du-Prince-Édouard, en Nouvelle-Écosse et sur l’île de Terre-Neuve. L’insecte est aussi présent dans le nord-est et le nord-ouest des États-Unis. Cet insecte est originaire d’Europe et d’Asie.
Le papillon satiné préfère les espèces de peupliers et de saules non indigènes, ainsi que les croisements hybrides avec les saules non indigènes. Il se nourrit également de tous les peupliers indigènes du Canada.
Parmi les hôtes indigènes du papillon satiné se trouvent le peuplier faux-tremble (Populus tremuloides), le peuplier deltoïde (P. deltoides), le peuplier de l’Ouest (P. trichocarpa), le peuplier baumier (P. balsamifera) et le peuplier à grandes dents (P. grandidentata). Les hôtes spécifiques introduits sont le peuplier blanc (P. alba), le peuplier noir (P. nigra), et le peuplier de Lombardie (P. nigra var. italica).
Parties de l'arbre affectées
Symptômes et signes
Les papillons satinés sont d’un blanc pur avec des reflets satinés. Ils ont une envergure d’environ 35 à 50 millimètres. Bien que la tête, le thorax et l’abdomen du mâle et de la femelle soient noirs, ils sont densément couverts de longs poils blancs satinés, ce qui les fait paraître blancs. Les yeux, les antennes et les pattes sont noirs; toutefois, ces dernières semblent rayées en raison de touffes de poils blancs. Les larves matures (appelées « chenilles ») mesurent entre 34 et 50 millimètres de long. Les œufs sont pondus sur les feuilles, les branches et le tronc des arbres. Ils sont déposés en masses ovales de 150 à 200 œufs vert clair, disposés en une ou deux couches. Les œufs sont recouverts d’une sécrétion blanche et luisante. Les larves nouvellement écloses se nourrissent de feuilles qui deviennent squelettiques. Les chenilles sont couvertes de poils clairsemés brun-jaune et ont une tête noire à noir bleuté. Le dos des larves est noir avec une rangée de grandes taches blanches espacées de manière régulière au centre, et une étroite ligne tiretée le long de chaque côté. Les larves présentent également une rangée transversale de tubercules brun-rougeâtre proéminents sur le dessus de chaque segment du corps. Chaque tubercule porte une touffe de poils brun jaunâtre. Les larves muent généralement sur la face inférieure des branches, où l’on peut trouver leur enveloppe de peau. Les larves hivernantes se trouvent dans les crevasses de l’écorce ou sous l’écorce détachée. Les pupes sont d’un noir brillant, mesurent 15 à 20 millimètres de long et sont recouvertes de quelques poils jaunâtres. Le cocon est constitué de soie blanche filée. On peut les trouver dans des feuilles enroulées, attachés à des brindilles ou dans des crevasses d’écorce.
Cycle de vie
Le papillon satiné se reproduit une fois par année. Il passe généralement l’hiver sous forme de larve de troisième stade dans des endroits abrités sur le tronc ou les branches de l’hôte, où il tisse des couvertures soyeuses (hibernaculum). Les larves de troisième stade sortent des sites d’hivernage vers la mi-mai et commencent à se nourrir des feuilles émergentes. Elles continuent à s’alimenter jusqu’à la mi-juin ou la fin juin, soit jusqu’à ce qu’elle ait atteint sa maturité. La pupaison a lieu dans des cocons faiblement tissés à l’intérieur de feuilles enroulées, sur des brindilles ou dans des crevasses de l’écorce. Les papillons adultes émergent au bout de 10 à 14 jours, généralement entre le début juillet et la mi-juillet. Après leur émergence, les papillons s’accouplent et les femelles pondent des œufs sur les feuilles, les branches et les troncs. Les papillons mâles volent bien, et bien que les femelles puissent voler, elles le font rarement. Environ 14 jours plus tard, les œufs éclosent et les larves commencent à s’alimenter de feuilles, ce qui entraîne leur squelettisation. Les larves s’alimentent généralement pendant environ deux semaines et muent deux fois avant d’hiverner.
Dommages
L’insecte peut provoquer d’importantes défoliations sur les peupliers hybrides et les saules. Cependant, lorsque les populations sont élevées, celles-ci diminuent après une période de deux ou trois ans. Les répercussions sont donc généralement peu importantes. Ce sont les infestations dans les forêts de trembles et de peupliers indigènes qui sont plus préoccupantes. Lorsque les infestations persistent pendant plusieurs années consécutives, la défoliation par le papillon satiné peut avoir une incidence importante sur la croissance des arbres touchés. Une défoliation par le papillon satiné suivie par une infestation d’un autre ravageur de peupliers ou par une perturbation abiotique, comme la sécheresse, peut provoquer la mort de certains arbres.
Dans l’aire de répartition naturelle de l’insecte, en Europe et en Asie, de graves infestations se produisent occasionnellement en Scandinavie et un peu partout au sud, jusqu’à la région méditerranéenne. Le papillon satiné est considéré comme l’un des ravageurs les plus nuisibles en Europe. En Chine, on considère l’insecte comme un ravageur important dans les plantations de peupliers.
Prévention et répression
Les stratégies de répression d’un ravageur particulier varient suivant plusieurs facteurs, notamment :
- les niveaux de la population (c’est-à-dire, le nombre de ravageurs présents sur l’hôte ou les hôtes affectés);
- les dommages prévus ou toute autre conséquence négative résultant de l’activité du ravageur et du niveau de sa population sur l’hôte, les biens ou l’environnement);
- la compréhension du cycle de vie du ravageur, de ses divers stades de développement, de même que des divers agents biotiques et non biotiques qui affectent les niveaux de ses populations;
- le nombre de spécimens hôtes touchés (un seul arbre hôte, un petit groupe d’arbres hôtes, une plantation, une forêt);
- la valeur attribuée à l’hôte ou aux hôtes compte tenu des coûts rattachés aux approches de lutte contre le ravageur;
- la prise en considération des diverses approches de lutte de nature sylvicole, mécanique, chimique, biologique et naturelle, de même que les avantages et désavantages de chacune.
L’acquisition d’information sur chacun de ces facteurs est nécessaire aux prises de décisions relatives à l’application de l’une ou l’autre des stratégies de lutte contre un ravageur. Ces facteurs devront être soigneusement mis en balance par rapport aux coûts et avantages avant qu’on entreprenne toute action contre un ravageur particulier.
Au cours des premières décennies qui ont suivi la détection du papillon satiné au Canada, plusieurs parasites européens ont été élevés puis lâchés en nature, dans le cadre de mesures de lutte biologique contre l’insecte. Il s’agissait notamment d’une espèce de mouche, Compsilura concinnata (Meig.) [Diptera : Tachinidae], et de trois espèces de guêpes parasites : Apanteles solitarius (Ratz.) [Hymenoptera : Braconidae], Meteorus versicolor (Wesm.) [Hymenoptera : Braconidae] et Trichomalopsis hemiptera (anciennement Eupteromalus nidulans [Thom.]) (Hymenoptera : Pteromalidae). Ces parasites ont été lâchés à Terre-Neuve, au Nouveau-Brunswick, en Nouvelle-Écosse et en Colombie-Britannique. Seules les trois espèces de guêpes parasites se sont établies dans ces provinces et continueraient à parasiter le papillon satiné. Apanteles solitarius s’est également répandu au Québec avec le papillon satiné.
En ce qui concerne les arbres d’ornement de plus petite taille, les méthodes mécaniques de lutte contre le papillon satiné font preuve d’une efficacité certaine, car elles permettent d’éliminer les masses d’œufs sur les feuilles, les branches et les troncs. Au printemps, il est possible d’enlever les colonies de jeunes larves à la main et de les détruire. De l’eau sous pression peut servir à déloger les larves des feuilles. Toutefois, si on ne les empêche pas de remonter sur l’arbre, une défoliation pourrait se produire à nouveau.
Si les mesures de lutte contre le papillon satiné ne conviennent pas, des insecticides peuvent être appliqués durant l’été ou au printemps, lorsque les larves se nourrissent des jeunes feuilles émergentes (stade de squelettisation des feuilles). La surveillance des papillons blancs qui volent de façon très visible autour des arbres hôtes, en juillet, peut aider à juger la nécessité et le bon moment pour appliquer des insecticides. De plus, l’observation d’un nombre élevé de masses d’œufs facilement visibles sur les arbres ou de larves en train de se nourrir sur les feuilles peut permettre de décider si une application de pesticides est nécessaire. Les insecticides de contact ou stomacaux homologués devraient s’avérer efficaces. Les pesticides homologués pour lutter contre le papillon satiné dans des situations particulières peuvent changer d’une année à l’autre. Ainsi, pour connaître les produits actuellement homologués et pour obtenir des renseignements quant à leur usage contre ce ravageur, veuillez consulter la base de données Information sur les produits antiparasitaires de Santé Canada. Tout produit homologué devrait être appliqué en fonction de la taille de la population et seulement lorsque cela est nécessaire et seulement au stade de vie indiqué. Il est recommandé également de consulter un professionnel local en arboriculture. Les pesticides chimiques peuvent être toxiques pour les humains, les animaux, les oiseaux, les poissons et d’autres insectes utiles. Veuillez, par conséquent, appliquer les produits homologués uniquement en cas de besoin et conformément aux indications inscrites sur l’étiquette du fabricant. Dans certaines juridictions et dans certaines situations, seul un professionnel autorisé peut appliquer des pesticides. Il est recommandé de consulter les autorités locales compétentes pour déterminer les réglementations locales en vigueur.
Photos
Une larve mature de papillon satiné sur une feuille de peuplier faux-tremble partiellement consommée.
Thérèse Arcand
Larves de papillon satiné nouvellement écloses sur une feuille de peuplier hybride. La masse d'œufs est visible dans la partie supérieure de la photo.
Thérèse Arcand
Accouplement de papillons satinés mâles et femelles sur une feuille de peuplier blanc.
Thérèse Arcand
Papillon satiné adulte nouvellement émergé à côté de son enveloppe pupale sur un peuplier faux-tremble.
Thérèse Arcand
Pupe de papillon satiné attachée à une feuille de peuplier blanc. Notez également la peau qui a été retirée lors de la dernière mue, adjacente à la pupe.
Thérèse Arcand
Références sélectionnées
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