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Puceron lanigère du sapin

Renseignements généraux et importance

Les pucerons du genre Adelges représentent un groupe d’insectes de petite taille (les adultes mesurent moins de 2 millimètres) dont le corps mou et piriforme s’apparente aux autres pucerons. Ils tirent leur alimentation des conifères de la famille des pinacées (pin [Pinus], épinette [Picea], sapin [Abies], pruche [Tsuga], mélèze [Larix] et douglas vert [Pseudotsuga menziesii]) présents dans les forêts boréales et tempérées de l’Amérique du Nord et de l’Eurasie. Quand ils s’alimentent, leur corps se couvre d’une substance floconneuse blanche cireuse, d’où leur nom de puceron « lanigère ». Plusieurs espèces de pucerons lanigères originaires de l’Europe et de l’Asie introduites accidentellement en Amérique du Nord sont depuis devenues des ravageurs forestiers.

Les pucerons ont un cycle de vie complexe. Chez certains, le cycle de reproduction peut s’étaler sur deux ans. Dans la première année, les pucerons se reproduisent de manière sexuée sur un hôte primaire (généralement une épinette) avant de se disperser pour se reproduire, dans la deuxième année, de manière asexuée sur un hôte secondaire d’un genre de conifères différent de l’hôte primaire. Après quoi, cette nouvelle génération retourne sur l’hôte primaire pour recommencer le cycle. Il y a aussi un cycle de reproduction d’un an qui n’est qu’asexuée et qui n’a lieu que sur l’hôte secondaire. Ce cycle peut se poursuivre sur plusieurs générations. Les nymphes nouvellement écloses sont dites « mobiles »; souvent, c’est le seul stade actif du cycle de la vie du puceron. Une fois installée dans un emplacement d’alimentation, la nymphe puceron y demeure tout son cycle de vie. À tous les stades du cycle de sa vie, le puceron se nourrit de cette façon : il insère son rostre (stylet) dans les tissus de l’arbre, injecte de la salive puis aspire la nourriture. Sur les hôtes primaires, l’activité d’alimentation induit la formation de galles. Sur les hôtes secondaires, elle provoque la déformation et la perte éventuelles des aiguilles, des rameaux ou les tiges à proximité du site d’alimentation. Dans tous les cas, l’alimentation des pucerons nuit au bon fonctionnement de l’arbre.

Le puceron lanigère du sapin est originaire des forêts d’épinettes et de sapins de l’Europe. La taxonomie de cet insecte et de quelques autres espèces étroitement apparentées en Europe et en Asie fait l'objet de recherches en raison de la complexité de leur cycle de vie, de l'alternance des hôtes et de l'hybridation au sein du complexe d'espèces. Dans son aire d’origine, le puceron lanigère du sapin ne cause que des dommages minimes. L’espèce a été découverte pour la première fois dans les forêts du nord-est de l’Amérique du Nord en 1908, où elle s’est probablement introduite à plusieurs endroits lors du transport de matériel de pépinière, avant 1900. Elle s’est depuis répandue dans tout le nord-est des États-Unis et le Canada atlantique. Le puceron lanigère du sapin a été détecté en Californie en 1928 et est maintenant présent dans tout le nord-ouest du Pacifique. Dans l’Ouest du Canada, ses premiers dommages ont été constatés près de Vancouver en 1958, et il s’est depuis lentement répandu dans la région côtière du sud de la Colombie-Britannique. En 2015, des infestations de l’insecte ont été confirmées dans les forêts intérieures de la Colombie-Britannique, notamment dans les régions d’Okanagan, de Kootenay et de Cariboo. En 2020, dans la même province, ses dommages étaient visibles sur plus de 5 000 hectares de forêt. Dans son aire de répartition nord-américaine, le puceron lanigère du sapin n’est présent que sur son hôte secondaire, le sapin.

Aire de répartition et hôtes

Le puceron lanigère du sapin est originaire de l’Europe et a été introduit au nord-est de l’Amérique du Nord à la fin du 19e siècle. On trouve maintenant l’insecte dans les forêts de haute altitude des Appalaches aux États-Unis, et ce, jusqu’au Tennessee, ainsi que dans le nord des provinces atlantiques du Canada, y compris Terre-Neuve-et-Labrador. Sa présence a récemment été détectée dans le Michigan. À la suite à d’introductions indépendantes, des populations du puceron lanigère du sapin ont été découvertes dans le nord de la Californie en 1928 et se sont ensuite répandues dans le nord-ouest du Pacifique jusqu’à la côte de la Colombie-Britannique, et plus au nord, jusqu’à la forêt pluviale Great Bear. Des populations isolées ont été trouvées récemment dans l’intérieur sud de la Colombie-Britannique, notamment dans les vallées de la Thompson et de l’Okanagan.

Les espèces de sapins d’Amérique du Nord, en particulier le sapin baumier (Abies balsamea), dans l’Est du Canada, et le sapin subalpin (A. lasiocarpa), dans l’Ouest du Canada, sont les plus vulnérables au puceron lanigère du sapin. Quant à eux, le sapin gracieux (A. amabilis) et le sapin grandissime (A. grandis), dans l’Ouest du Canada, le sont moins. Les infestations les plus dommageables se produisent dans les forêts maritimes au climat doux et humide des côtes atlantique et pacifique. Les hivers froids semblent avoir limité l’étendue de l’aire de répartition de l’insecte au nord et à des altitudes élevées, autant au Canada atlantique qu’en Colombie-Britannique. Dans son aire d'origine en Europe, l'insecte se nourrit de sapin pectiné (A. alba).

Parties de l'arbre affectées

L’insecte se nourrit du cortex de l’écorce sur toutes les parties de l’arbre (collets, troncs, branches et petites branches) ainsi que sur les nouveaux bourgeons. Lors d’infestations, les pucerons lanigères du sapin se concentrent sur les troncs et les branches, ce qui provoque généralement une plus grande mortalité.

Symptômes et signes

Le puceron lanigère du sapin adulte est de petite taille (moins de 2 millimètres). Il est non ailé, presque sphérique et de couleur brun rouille à noir violacé. Il n’y a pas de pucerons mâles. L’élément le plus facilement identifiable de la femelle adulte est ses fils blancs d’apparence laineuse, qu’elle produit pour recouvrir son corps et ses œufs. Ceux-ci sont de couleur ambre à brun rouille. Lorsqu’elle vient d’éclore, la minuscule nymphe « mobile » (1 millimètre) a des pattes et des antennes plus longues que durant ses stades de développement ultérieurs. Elle devient rapidement sédentaire sur la zone d’alimentation qu’elle aura sélectionnée. La couverture laineuse observée sur les nœuds des branches, à la base des aiguilles et dans les fissures de l’écorce est l’élément le plus évident de la présence du puceron lanigère du sapin.

Le premier signe d’infestation est la déformation des jeunes pousses. Les aiguilles deviennent rouges et, après quelques années d’infestation, les pousses deviennent gonflées. Ce symptôme, connu sous le nom de « goutte », entraîne le dépérissement des branches à partir de la partie supérieure de la cime. Le faîte de la cime se casse parfois, ce qui donne à l’arbre un aspect d’entonnoir. L’arbre entier peut finir par en mourir.

Cycle de vie

Le puceron lanigère du sapin passe tout son cycle de vie sur un seul sapin hôte, où il se reproduit par parthénogenèse. Il n’y a pas de pucerons mâles et la forme ailée de l’insecte est rare. Multivoltin, il produit deux ou trois générations par an au Canada atlantique, et trois ou quatre générations, en Colombie-Britannique, selon les températures saisonnières locales.

Les pucerons lanigères du sapin hivernent sous forme de nymphe de premier stade qui éclosent à partir des œufs pondus par les pucerons adultes, l’automne précédent. Ces minuscules nymphes mobiles peuvent se déplacer sur plusieurs mètres avant de sélectionner une zone d’alimentation, pour insérer leurs stylets dans le cortex de l’écorce. Elles occuperont cet emplacement pour le reste de leur vie. Les adultes de la première génération arrivent à maturité et pondent en mai, et ceux de la dernière génération, en août. Étant donné qu’au stade de nymphe mobile, leur dispersion naturelle vers les nouveaux arbres est limitée, les populations de pucerons sur les arbres infestés sont souvent très denses. Lorsqu’il y a dispersion, celle-ci se fait généralement par le vent et par le déplacement d’animaux, et parfois sur de longues distances (p. ex., au printemps, lors de la migration d’oiseaux).

Dommages

Le puceron lanigère du sapin infeste toutes les classes d’âge du sapin. Après son introduction dans les années 1940, il a provoqué une mortalité importante du sapin baumier au Canada atlantique. De plus, dans l’est des États-Unis, il a été associé au déclin du sapin de Fraser (Abies fraseri) et du sapin baumier. En Colombie-Britannique, dans les forêts côtières, le puceron lanigère du sapin est un ravageur du sapin gracieux.

Peu après l’établissement d’une quantité importante de pucerons sur l’arbre, celui-ci présentera des dommages apparents dans la partie supérieure de sa cime. Lorsqu’ils se nourrissent, les pucerons injectent dans l’hôte des composés salivaires qui interfèrent avec la translocation normale de son eau et de ses nutriments, ce qui entraîne une distorsion chez les jeunes pousses. Les rameaux gonflent au niveau des nœuds, ce qui provoque le symptôme de la « goutte », élément caractéristique des dommages causés par le puceron. Les aiguilles se décolorent et tombent. Les branches finissent par dépérir, ce qui réduit le profil de la cime. L’arbre infesté subit également des dommages internes, que l’on remarque par ses anneaux de croissance irréguliers et son bois cassant et lignifié, lesquels réduisent la valeur commerciale de la fibre. L’infestation se propage dans l’ensemble de l’arbre et, par conséquent, peut provoquer la mort dans un délai aussi court que de deux à trois ans. Les changements climatiques pourraient permettre à l’insecte, multivoltin, de produire un plus grand nombre de générations par an et limiter la mortalité hivernale, deux facteurs qui devraient entraîner des conséquences plus graves sur la santé des arbres.

Prévention et répression

Les stratégies de répression d’un ravageur particulier varient suivant plusieurs facteurs, notamment :

L’acquisition d’information sur chacun de ces facteurs est nécessaire aux prises de décisions relatives à l’application de l’une ou l’autre des stratégies de lutte contre un ravageur. Ces facteurs devront être soigneusement mis en balance par rapport aux coûts et avantages avant qu’on entreprenne toute action contre un ravageur particulier.

Un vaste programme de lutte biologique contre le puceron lanigère du sapin mené entre les années 1930 et 1980 n’a pas permis de contrôler l’insecte. Il n’y a pas eu de récents efforts visant à introduire d’autres agents ou à déterminer le sort ou l’impact des agents libérés au cours des programmes précédents.

En Colombie-Britannique, les quarantaines visant à limiter les mouvements de matériel de pépinière vivant et d’arbres de Noël semblent avoir ralenti la propagation du puceron lanigère du sapin pendant de nombreuses années, bien que les conditions climatiques en dehors des zones réglementées aient également été un facteur moins favorable à l’insecte. L’expansion récente du puceron lanigère du sapin dans les forêts de l’intérieur indique probablement une amélioration des conditions hivernales pour le puceron et peut rendre plus difficile le contrôle par la quarantaine.

De nombreux insecticides chimiques ont été testés contre le puceron lanigère du sapin. L’application d’insecticides à des concentrations et des volumes relativement élevés a donné de bons résultats dans les vergers à graines, les plantations d’arbres de Noël et les pépinières. Cependant, de tels taux en milieu forestier ne sont pas réalistes.

Les pesticides homologués utilisés contre le puceron lanigère du sapin dans des situations particulières peuvent changer d’une année à l’autre. Ainsi, pour connaître les produits actuellement homologués et pour obtenir des renseignements quant à leur usage contre ce ravageur, veuillez consulter la base de données Information sur les produits antiparasitaires de Santé Canada. Tout produit homologué devrait être appliqué en fonction de la taille de la population et seulement lorsque nécessaire et au stade de vie indiqué. Il est recommandé également de consulter un professionnel local en arboriculture. Les pesticides peuvent être toxiques pour les humains, les animaux, les oiseaux, les poissons et d’autres insectes utiles. Veuillez, par conséquent, appliquer les produits homologués uniquement en cas de besoin et conformément aux indications inscrites sur l’étiquette du fabricant. Dans certaines juridictions et dans certaines situations, seul un professionnel autorisé peut appliquer des pesticides. Il est recommandé de consulter les autorités locales compétentes pour déterminer les réglementations locales en vigueur.

Photos

Rameau de sapin baumier endommagé et gallé, attaqué par le puceron lanigère du sapin.
Gonflement caractéristique des rameaux de sapin baumier après une attaque récente du puceron lanigère du sapin sur la cime de l'arbre.
Gros plan de la cire laineuse blanche recouvrant les pucerons lanigères du sapin sur un tronc de sapin baumier.
Vue aérienne d'une forêt de sapins baumiers mature et endommagée, infestée par le puceron lanigère du sapin depuis plusieurs années.
Un sapin baumier mature avec des aiguilles rouges résultant d'une grave attaque de son tronc par le puceron lanigère du sapin.
Couronnes de sapin baumier endommagées par le puceron lanigère du sapin.
Tronc de sapin baumier recouvert de cire laineuse blanche sécrétée par le puceron lanigère du sapin.
Gros plan de la cime de sapin baumier endommagée par le puceron lanigère du sapin.
Tronc de sapin baumier recouvert d'une cire laineuse blanche sécrétée par le puceron lanigère du sapin. Une partie de l'écorce a été retirée pour montrer les dommages sous-jacents.
Couronnes de sapin baumier affectées par le puceron lanigère du sapin.

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Nealis, V.G. 2024. Puceron lanigère du sapin. Dans J.P. Brandt, B.I. Daigle, J.-L. St-Germain, A.C. Skinner, B.C. Callan et V.G. Nealis, éditeurs. Arbres, insectes, acariens et maladies des forêts du Canada. Ressources naturelles Canada, Service canadien des forêts, Administration centrale. Ottawa, Ontario.